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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 12-XII-2008. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n°2 en si bémol majeur op. 82. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie nº6 en si mineur « Pathétique » op. 74. Nicholas Angelich, piano ; London Philharmonic Orchestra, direction : Vladimir Jurowski.

Excepté qu’elles sont toutes deux en si, et encore pas le même, on ne voit pas bien ce qui rapproche les deux œuvres inscrites au concert ce soir. Mais pour curieuse qu’elle soit, cette programmation n’en est pas moins consistante, et la venue du London Philharmonic, plus rare sous nos contrées que son cousin le London Symphony, intéressante. Et de fait, ce concert, de fort bon niveau, s’est avéré plus intéressant que passionnant, tout en nous inspirant plus d’une fois la fameuse question «mais pourquoi ?».

Le concerto de Brahms fut le plus «sans histoire» du concert, grâce à une belle entente entre chef et pianiste, et une balance piano orchestre toujours juste. Deux points absolument cruciaux dans une œuvre qui supporte mal tout déséquilibre. s’y montra plus fin que puissant, soignant ses phrasés, animant son discours sans le forcer. On aurait aimé un son un peu plus charpenté dans le médium et le grave, défaut que l’orchestre reprit à son compte, plus à cause d’un déficit sonore des contrebasses cachées dans un coin de la scène (problème typique de la scène du Théâtre des Champs-Élysées), alors que les violoncelles, placés en plein centre furent remarquables avec une mention spéciale pour Kristina Blaumane, dont le solo dans l’Andante fut un vrai grand moment de musique. Le chef dirigea cette partition assez proprement, avec une belle ampleur, mais sans imagination particulière, et des phrasés parfois un peu secs, notamment dans les fugato. L’orchestre s’y montra d’une précision sans faute, en même temps qu’il produisit une sonorité «passe partout» pas spécialement brahmsienne.

La Symphonie «Pathétique», à l’orchestration plus volumineuse, fut, comme il se doit, plus animée et expressivement contrastée. Le chef a essayé de fuir tout effet facile, et il a bien raison, sans toutefois éviter quelques effets curieux qui nous ont ici où là laissés perplexes. Comme ces sommets de crescendo exacerbés, c’est à dire détachés du reste du crescendo, bien souvent accompagné par des timbales écrasant tout le reste de l’orchestre. Bien curieux effet dont la justification expressive nous a échappé («mais pourquoi ?» nous sommes nous dit). De même, nous avons été surpris par un legato bouillie des cors dans l’Allegro con grazia alors qu’ils se sont montrés parfaitement capables d’articuler ailleurs. Là encore «mais pourquoi ?», sinon une bien curieuse volonté du chef. Le spectaculaire troisième mouvement, Allegro molto vivace, fut mené de main de maître en même temps qu’il nous déçut légèrement, par une neutralité expressive qui ne nous souleva pas de notre siège. Et comme souvent dans le finale, le chef n’osa pas retenir son tempo, le jouant ainsi sur un rythme classique, pour un résultat classique et fort correct.

Le LPO montra d’incontestables parentés avec son cousin LSO, avec des qualités et défauts presque identiques. Une précision d’ensemble sans faute, un équilibre des pupitres sans reproche, une virtuosité individuelle de bon niveau. Mais un ensemble de cordes impersonnel (excepté le superbe solo de violoncelle déjà mentionné) manquant légèrement de puissance dans les grands tutti, et une attitude flegmatique toute britannique les empêchant de se «remuer» quand il le faut (quel contraste visuel et sonore avec les cordes des Philharmoniques de Vienne et de Berlin par exemple). Quoique sur ce dernier point, reconnaissons que Valery Gergiev a un peu réveillé la belle au bois dormant du LSO dans ces derniers concerts Prokofiev.

Il est évident à l’écoute de ce concert, que , chef trentenaire encore jeune, muni d’une très efficace technique gestuelle, sait parfaitement transmettre ses volontés à un orchestre qui le suit ainsi comme un seul homme. Il fait sans doute partie des meilleurs chefs de sa génération, en même temps qu’il est assez typique de ces générations de chefs qui se succèdent depuis un certain temps, chefs qui savent incontestablement «faire» mais dont on se demande parfois s’ils savent «pourquoi ils le font». Car une grande interprétation ne doit pas se contenter de poser les notes dans le bon ordre, aussi bien soit-il, mais doit répondre aux questions fondamentales «pourquoi cette œuvre existe ?», «pourquoi est elle construite ainsi ?» etc., et bien souvent sur ces questions là, nous repartons bredouille de la salle de concert. Ce qui s’est passé ce soir, dans un concert, certes, de très bon niveau, ce qui est toujours ça de pris, mais où il manque quelque chose pour le transcender.

Crédit photographique : © Sheila Rock

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 12-XII-2008. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n°2 en si bémol majeur op. 82. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie nº6 en si mineur « Pathétique » op. 74. Nicholas Angelich, piano ; London Philharmonic Orchestra, direction : Vladimir Jurowski.

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