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Bénédicte Tauran, Mozart avec bonheur !

La Scène, Opéra, Opéras

Fribourg. Aula de l’Université. 31-XII-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Finta Giardiniera, opéra en trois actes sur un livret attribué à Giuseppe Petrosellini. Mise en scène : Gisèle Sallin. Décors et costumes : Jean-Claude de Bemels. Lumières : Serge Simon. Avec : Diana Petrova, Sandrina (Violante) ; Bénédicte Tauran, Arminda ; Inès Schaffer, Serpetta ; Brigitte Bailleys, Don Ramiro ; Avi Klemberg, Il conte Belfiore ; Jean-Francis Monvoisin, Don Anchise, Le Podestat ; René Perler, Nardo (Roberto). OPUS Bern, direction : Laurent Gendre.

La Finta Giardiniera

A lui seul, le nom de Mozart attire le public. C’est grâce à sa réputation universelle et non avec la notoriété de La Finta Giardiniera, opéra rarement joué, qu’il remplit les gradins de l’Opéra de Fribourg. Pourtant, cette œuvre est loin de bénéficier d’une inspiration géniale. La pauvreté de l’intrigue s’accorde avec une musique souvent ennuyeuse. Est-il indispensable de s’étendre pendant plus de trois heures d’horloge pour une marquise qui se déguise en jardinière afin de retrouver son amant qui a tenté de l’assassiner ? Plus de trois heures pour voir qu’alors que l’assassin tente de séduire une riche jeune fille, il retrouve sa victime pour finalement succomber à son charme pour un «happy ending» qu’on subodore dès la première scène ?

Depuis qu’il a repris les rênes de l’Opéra de Fribourg, son directeur s’est donné la louable tâche de faire découvrir des œuvres rarement ou jamais jouées. Mais avec un seul opéra par an à sa saison, le risque de tirer à côté de la cible reste grand. Les audacieuses programmations fribourgeoises de ces dernières années ont été très souvent couronnées de succès quand bien même les budgets plus modestes que ceux des grandes maisons lyriques limitent le choix des chanteurs, des metteurs en scène et autres décorateurs. En imposant avec succès Fortunio d’André Messager ou Le Médium de Gian Carlo Menotti, rien ne laissait imaginer que Mozart ferait un flop ! Non pas que le public n’ait pas applaudi, mais ses bravos n’ont certainement pas retrouvé l’enthousiasme crépitant des ans passés.

Comme nous le soulignions plus haut, si l’œuvre n’a pas la verve des partitions que Mozart offrira dans ses prochains Idomeneo, L’Enlèvement au Sérail ou ses opéras «italiens», n’a pas su décorer de couleurs un trop terne orchestre OPUS Bern. On joue les notes sans relief. Les cordes manquent grandement de lumière. Une grisaille musicale qui finalement s’accorde avec la noirceur d’un décor qui plombe le jeu théâtral dès le début. Le grand escalier de marbre noir flanqué de deux piédestaux accolés à un muret fait plus penser au drame de Don Giovanni qu’à l’imbroglio d’une intrigue amoureuse. Avec l’escalier fiché d’étranges troncs d’arbres poilus cachant souvent les protagonistes à la vue des spectateurs, on touche à l’incompréhension. Que cherche-t-on à montrer ?

En 2002, la metteure en scène Gisèle Sallin avait régalé l’Opéra de Fribourg d’une formidable direction d’acteurs dans un extraordinaire Gianni Schicchi. On attendait donc que cet opéra de Mozart la projetterait vers une autre réussite. Malheureusement, il faut déchanter. Si la plupart des chanteurs dont elle a la charge sont de piètres acteurs, Gisèle Sallin n’a pas su (ou pu) en tirer le peu de naturel que demande un simple discours amoureux. Ne pouvant leur faire exprimer leurs émotions, elle les assied ou les couche sur les marches de l’escalier, les fait chanter face public, les déplace de gauche à droite ou de droite à gauche, les monte à califourchon sur les murets. Favorisant le drame d’un assassinat manqué alors que tout respire la comédie amoureuse, Gisèle Sallin semble s’être trompée d’intrigue. En habillant les protagonistes d’imprimés à l’imagerie des tableaux de Fragonard, son décorateur eut été plus inspiré de construire ses décors à ces effigies, l’imbroglio amoureux s’en serait ressenti plus judicieusement allégé.

On se dirige vers l’ennui total. Heureusement, sur le plateau, la soprano française (Arminda) tient tout le spectacle en le rehaussant d’une superbe verve artistique. Abordant Mozart avec bonheur, elle est en parfaite adéquation avec son rôle. Drôle, enjouée, dynamique, admirable comédienne, elle apporte vie et authenticité à ses jeux de l’amour. L’expressivité de sa déclamation vocale lui permet d’outrepasser les bornes du seul beau chant pour porter le bien-fondé de son personnage aux confins du réel. On devine ses pires colères sous ses sourires brusquement effacés, sa rage sur le simple mouvement de sa robe arrachée de sa ligne. Dommage que les autres acteurs n’aient pas pris exemple sur son énergie pour s’investir dans cette comédie où personne semble vouloir épouser celui ou celle que le Podestat leur destine. Il est vrai que les autres chanteurs manquent de la technique vocale nécessaire pour aborder les vocalises mozartiennes, éléments indispensables à l’expression de ce théâtre. Si le ténor (Le Podestat) chante sans aucune finesse, les sopranos Diana Petrova (Violante) et (Serpetta) sont d’une fadeur vocale scolaire. Pire, la mezzosoprano (Don Ramiro) suscite le malaise pour qui s’intéresse tant soit peu au chant. Elle en démontre la négation. La justesse discutable, la voix inégalement posée dans les notes de passage, la diction pâteuse, sa malheureuse présence sur cette scène est pour le moins incongrue quand on sait que enseigne le chant dans plusieurs conservatoires romands. Si la prestation de René Perler (Nardo) est honnête, on retrouve chez le ténor (Il conte Belfiore) les défauts d’une émission légèrement nasale qu’on lui avait déjà remarqué lors de La Traviata de Besançon en 2007.

En résumé, reconnaissant que, pour d’évidentes raisons budgétaires, l’Opéra de Fribourg ne peut s’offrir les distributions des grandes maisons lyriques, la sagesse aurait voulu qu’il ne tente pas d’aborder une œuvre aussi exigeante que La Finta Giardiniera.

Crédit photographique : (Arminda) & (Belfiore) ; Brigitte Bailleys (Don Ramiro), (Serpetta),

(Le Podestat), Bénédicte Tauran (Arminda), René

Perler (Nardo), Diana Petrova (Sandrina) & Avi Klemberg (Belfiore) © Opera de Fribourg/Alain Wicht

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