De Beethoven à Lutoslawski par Antoni Wit

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Nice. Auditorium du Conservatoire. 9-I-2009. Witold Lutoslawski (1913-1994), Petite suite. Robert Schumann (1810- 1856), Concerto pour violon en ré mineur. Ludwig van Beethoven (1770-1827), Symphonie n° 6, Pastorale. Linus Roth, Violon. Orchestre Philharmonique de Nice. Direction. Antoni Wit

Sans aucunement dévaloriser l’auditorium du Conservatoire, une telle soirée aurait mérité l’opéra. L’orchestre a retrouvé sa verve qui avait quelque peu pâli lors des deux dernières représentations de l’année 2008. Cette fois-ci il était bel et bien là, tel qu’on le connaît, fin et précis, uni et clair. Ce fut, du reste, la carte maîtresse de l’interprétation de la Petite suite de Lutoslawski, dont la grande précision des ostinatos fut mise au service d’un grand équilibre. Les cuivres, dans le troisième mouvement, mirent toute leur finesse à épouser le jeu des violons. Précision et finesse accentuèrent encore le très bon jeu des nuances. Une agréable et vive introduction, avant de plonger au cœur du drame de Schumann. Ici, point n’était besoin de partitions. inscrivait physiquement les mouvements de la partition. Tellement pris dans cette œuvre qu’on ne peut réellement interpréter que de l’intérieur, son corps même exprimait à lui seul la tension «dominante tonique». Il n’est pas jusqu’aux cadences qui ne s’exprimaient par ses balancements, chacune le sien. On pouvait distinguer les tierces des quintes, des octaves. Le véritable interprète ce soir était bien le violoniste, tel que l’avait souhaité Schumann, pour Joseph Joachim. Ce fut toutefois au détriment d’un léger décalage avec l’orchestre que, d’une main de maître, n’avait de cesse de mettre à l’écoute de . Parfois emporté par sa propre fougue, il sut cependant chercher le dialogue avec l’orchestre à la fin du premier mouvement. a redit à qui l’aurait oublié, à ceux qui ont critiqué Schumann pour son orchestration, ‘cette œuvre est une œuvre pour le violon’. Les décalages du premier mouvement ne se retrouvèrent pas dans les suivants et ce fut au contraire un parfait ensemble qui servit d’écrin au violon dans le finale. Œuvre difficile musicalement, psychologiquement aussi, et dont l’intensité d’interprétation de a pu, peut être, alléger le drame qu’elle porte en elle.

La Pastorale de Beethoven ne fut pas moins bien servie. L’orage fut particulièrement prenant. On pourrait cependant regretter une certaine sécheresse des fins de phrase et d’une manière générale des cadences trop vite écourtées. La succession des instruments reprenant le thème souffrait également de cette même sécheresse. Une trop grande distinction entre les pupitres qui certes mettaient en valeur la place de chaque instrument dans la nature, livrait toutefois un tableau trop parcellisé. L’agencement des instruments, des parties des thèmes étai trop différencié et les ostinatos qui font la fluidité de cette nature vivante semblaient des longueurs, au lieu d’exprimer la stabilité. Enfin la clarté des thèmes et leur franche distinction, tirant plus sur un classicisme descriptif, ne semblent pas en accord avec la volonté ‘impressionniste’de Beethoven. Il n’en demeure pas moins que ces remarques d’interprétation étant posées, ce fut une très agréable Pastorale et une belle soirée.

Crédit photographique : Linus Roth © wildundleise. de

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