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L’âme voyageuse de 2e2m

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Paris, Auditorium Marcel Landowski du CRR de Paris. 15-I-2009. Claude Vivier (1948-1983) : Love songs pour sept voix solistes ; Enno Poppe (né en 1969) : Drei Arbeiten pour baryton, cor, piano et percussion ; Scherben pour ensemble instrumental ; Lucia Ronchetti (né en 1963) : Le voyage d’Urien (CM) pour cinq voix solistes et ensemble instrumental. Neue Vocalsolisten Stuttgart ; Ensemble 2e2m ; direction Pierre Roullier.

En résidence au CRR de Paris pour la troisième année consécutive, l’ partageait le plateau de l’Auditorium Marcel Landowski ce jeudi 15 janvier avec l’excellente formation des lors d’un premier concert centré sur la personnalité du compositeur allemand mis à l’honneur cette année après la résidence 2008 de Franck Bedrossian.

La première œuvre à voix nue mettait en scène sept des huit solistes de Stuttgart dans l’œuvre foisonnante du compositeur canadien trop tôt disparu Love Songs (1977), une pièce dont il rédige lui-même le texte en plusieurs langues ; croisant les légendes de Tristan et Iseult et de Roméo et Juliette, des fragments de messe et autre supplique d’enfant, ce «cri de tendresse» (sic) aux résonances multiples et délirantes laisse toute latitude aux interprètes – l’écriture n’y est pas fixée définitivement – pour incarner de manière passionnante ce théâtre de sons. D’une extraordinaire prestance scénique et vocale mais sans outrance aucune, les «Solistes» accumulent une succession d’actions vocales générant divers états psychologiques où pointent l’humour la dérision, l’hystérie voire le psychodrame collectif, le tout assumé avec un engagement et une maîtrise exemplaires.

C’est le baryton des Neue Vocalsolisten, Guillermo Anzorena entouré de ses partenaires de l’ qui assurait la création française de Drei Arbeiten (2007) une partition pour voix, cor, piano et percussion d’ donnée sous la direction de . Il s’agit d’un air assez court (9’) extrait de son opéra Arbeit Nahrung Wohnung tout récemment écrit (2007-2008) sur un livret de Marcel Beyer et qui a été crée à Munich le 17 avril dernier. D’emblé s’impose un monde sonore poétique induit par la manière très «sciarinienne» de fragmenter le texte en courtes figures vocales répétitives et obsessionnelles d’une grande séduction de timbre. L’écriture très exigeante du cor et du piano – excellents Etienne Godey et Véronique Briel – tissent avec la voix des relations métriques complexes entretenant une tension de l’écoute permanente.

Commande d’Etat et création mondiale, Le Voyage d’Urien de la compositrice romaine s’inspire du texte éponyme d’André Gide et des Fous voyageurs de Yan Hacking. Elève du compositeur et grand homme de théâtre Sylvano Bussotti, tisse dans cette œuvre sous-titrée «pièce de théâtre en concert» des liens dramaturgiques entre l’Ensemble 2e2m et les Neue Vocalsolisten. Tout commence et finit autour d’une table où quelques têtes pensantes – y compris en sa position de modérateur ! – débattent, sur le registre bouffe, de la folie avec fugue de ces vagabonds aliénés qui sillonnent le monde. Les malades vont ensuite s’exprimer – chacun ayant alors son double instrumental – en cinq duos répartis autour de la percussion centrale. Dans cet espace totalement éclaté passent tout à la fois un vent de folie – celui des voix, chantées ou criées, répercutées par les soli instrumentaux – la rumeur du monde et le tragique de l’existence, le voyage se terminant sur l’inachevé et l’insatisfaction des marcheurs obstinés : Lucia Ronchetti livre là une vision sensible et pénétrante de cette quête improbable.

On retrouvait Enno Poppe dans une deuxième œuvre Scherben («Eclats de verre») qui terminait le concert ; jouée en création française et toujours sous la baguette intransigeante de Pierre Roullier, cette nouvelle version (2007) donne la primeur aux vents augmentés du piano et des percussions. Si l’œuvre ne se laisse pas spontanément appréhender – le déterminisme de l’écriture y est davantage prégnant et semble opérer quelques résistances ! – elle ne manque pas d’interpeller par l’audace de son instrumentation – le contrebasson et le tuba (époustouflants Mehdi El Hammami et Philippe Legris) y ont la vedette – le sens de la couleur et la virtuosité déployée dans l’écriture de chaque partie. La percussion, par grands impacts sonores, opère ici des ruptures franches et règle très efficacement la dramaturgie.

«Si je suis compositeur, nous dit Enno Poppe, c’est pour écrire une musique qui n’existe pas»… à suivre donc (dans ce même Auditorium, le 19 mars à 20 heures) et de très près.

Crédit photographique : Enno Poppe © privat

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Paris, Auditorium Marcel Landowski du CRR de Paris. 15-I-2009. Claude Vivier (1948-1983) : Love songs pour sept voix solistes ; Enno Poppe (né en 1969) : Drei Arbeiten pour baryton, cor, piano et percussion ; Scherben pour ensemble instrumental ; Lucia Ronchetti (né en 1963) : Le voyage d’Urien (CM) pour cinq voix solistes et ensemble instrumental. Neue Vocalsolisten Stuttgart ; Ensemble 2e2m ; direction Pierre Roullier.

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