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Russie sonore

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 19-I-2009. Igor Stravinsky (1882-1971) : Symphonie en trois mouvements ; Concerto pour piano et instruments à vent. Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°4 en si bémol majeur op. 53, Symphonie n°3 en do mineur op. 44. Alexei Lubimov, piano ; Orchestre Nationale de Russie, direction : Vladimir Jurowski.

Une affiche russe et russe absolument pour la soirée du 19 janvier au Palais des Beaux-Arts ; musique et musiciens parmi les plus fameux du pays se réunissaient pour un instant dans la salle Henri Lebœuf garnie, bien garnie, grouillante… En résidence au Palais depuis le 15 novembre, (36 ans) laissait «son» London Philarmonic Orchestra pour retrouver l’, fondé il y a près de vingt ans par Mikhail Pletnev.

Le temps pour un violoniste d’éteindre son téléphone portable et les mesures de la Symphonie en trois mouvements résonnent, puissantes, âpres parfois. Une musique tendue, gracieuse dans le second mouvement, mais souvent très chromatique ; des images de guerre ou pas, selon les commentaires paradoxaux mais définitifs de Stravinsky. Une première impression de la gestique précise, autoritaire du jeune chef ; une direction, des mouvements de lignes, droites, qui laissent les courbes exprimer une force nouvelle ; une direction depuis le corps, un corps enchevêtré dans la musique, jusqu’aux tournes de pages qui viennent souligner la battue.

Et moins de monde sur la scène pour Prokofiev et le difficile Concerto n°4 pour la main gauche. Un concerto moins joué, moins célèbre et refusé par son dédicataire, Wittgenstein, qui «n’y comprenait pas une note»… Depuis l’entrée des artistes et malgré des allures incomparables, la complicité entre le charismatique Jurowski et le plus discret (65 ans) est évidente… Le frêle pianiste impressionne, maîtrisant avec fougue les bonds et chausse-trappes de la partition ; une belle idée d’enchaîner sans attendre les troisième et quatrième mouvements (si court, ce quatrième mouvement) ; l’orchestre joue pour le soliste, qui, d’une seule main, doit sonner… et sonne ; le soliste écoute, regarde, suit précisément le chef et ses troupes dans les méandres du discours, et le salut final confirme un respect mutuel, sincère, et stimulant.

La deuxième partie du concert débutait par le Concerto pour piano et instruments à vent de Stravinsky, Stravinsky plus jeune (1924), installé sur la scène des Beaux-Arts dans un ensemble prêt à lutter : le piano se dresse face à l’harmonie, plus tourné vers ses adversaires que vers le public. Et Lubimov confirme un jeu fabuleux, précis, puissant, intelligent, depuis son entrée en force derrière une marche funèbre, jusqu’au brillant Stringendo final. Entre partage et combat, la même complicité entre un chef, décidément admiratif de son aîné, et le pianiste russe qui témoigne une nouvelle fois de sa grande connaissance du répertoire russe du XXe siècle. Ovation.

Et plus de monde cette fois-ci pour Prokofiev et la Symphonie n°3 (1928). L’orchestre emplit la scène et bientôt la salle en projetant sans réserve les sons énormes de la symphonie. Du grand orchestre, et c’est peu dire : le Russian National Orchestra déploie une vigueur, une puissance, considérables. Les chuintements glissés du scherzo, l’immobilité de l’Andante, ou la violence expressionniste de l’ensemble, chaque instant met en valeur une formation homogène, des pupitres et solistes aux interventions affirmées, un chef qui déchaîne le dramatisme envoûtant d’une pièce qui n’aura permis à personne de respirer avant l’acclamation finale et méritée.

Crédit photographique : © Sheila Rock

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