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Hidden de Carolyn Carlson, entre ciel et oiseau

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Dijon, Auditorium, 28-I-2009. Hidden. Chorégraphie : Carolyn Carlson. Musique : œuvres de Kaija Saariaho (née en 1952). Scénographie : Carolyn Carlson avec la collaboration de Fifi et de Robert Pereira. Vidéo : Baptiste Evrard. Montage et mixage son : Carolyn Carlson et Rémi Malcou. Lumières : Rémi Nicolas. Assistante chorégraphique : Valentina Romito. Costumes : Chrystel Zingiro et Manue Piat. Interprètes : Jacky Berger, Yutaka Nakata, Isida Micani, Chinatsu Kosakatami.

Si l’on vous dit que le spectacle se déroule dans une boîte noire, dans laquelle s’ouvre une fenêtre sur un ciel où passent des nuages tantôt gris, tantôt rouges, sur un ciel où semble frémir l’aube ou bien s’abandonner le crépuscule…

Si l’on précise que les quatre danseurs sont vêtus pour nous apparaître comme des lémures ou bien comme des guerriers japonais, et parfois comme des oiseaux… Si l’on dit que l’œuvre musicale est en symbiose parfaite avec la chorégraphie, on soulève juste un petit peu le voile pour celui qui veut absolument savoir. Comment décrire Hidden, si l’on n’est pas poète ? Les chorégraphies de la longue dame blonde n’ont-elles pas posé toujours les mêmes énigmes ?

Ce soir surgissent devant nous des images, des souvenirs, des élans oubliés, comme dans un rêve qui semble absolument illogique, mais où nous ne nous sentons pas totalement perdus. Dès l’entrée dans la salle, on est attiré par le rideau de scène : une balafre grise raye le rideau noir ; est-ce la ligne de partage entre deux versants d’un même matériau, comme une veine blanche dans un marbre noir ?

La partition de pourrait évoquer par des sons tenus (le « sifflement cosmique ») les vastes espaces finlandais, mais aussi l’intemporalité des rêves en apesanteur. Par contraste certaines pages mécaniques incitent à l’action vaine ; alors les danseurs s’agitent comme des pantins désarticulés. Parfois des martèlements de tambours ou des sons déformés de violoncelle suggèrent des cérémonies primitives sans victimes immolées. Des chuchotements travaillés électroniquement ajoutent au mystère en l’humanisant.

Mais sont-ce des êtres humains, ces danseurs qui apparaissent masqués de fer ou bien la tête recouverte par le dos de leur veste, avec un faciès qui rappelle Le Cri d’Edward Munch ? Le rythme de leur danse est tantôt ralenti comme dans le tai-chi, tantôt plus actif. Les premières postures semblent correspondre aux sons cosmiques, les secondes aux passages musicaux plus rythmés, et il y a souvent en même temps les deux niveaux de lecture sur scène : on choisit alors entre la lecture introspective et la lecture en action. Les couples se font et se défont, certains danseurs se glissent dans des jarres bleues… Tout cela fait penser parfois à l’écriture automatique de surréalistes.

La nature suggérée dès le début de la soirée par le ciel aperçu à travers la fenêtre se matérialise souvent par des chants d’oiseaux qui semblent retentir dans une vaste forêt ; un poème dit avec une sorte d’abandon nous parle de ces êtres ailés et quand la lumière s’éteint progressivement, on ne peut manquer de se rappeler la seule phrase écrite sur la fenêtre : « demandez-le au ciel : pas de réponse connue ». C’est bien là la façon « de mettre en mouvement les âmes » ().

Crédit photographique : © Anna Solé

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Dijon, Auditorium, 28-I-2009. Hidden. Chorégraphie : Carolyn Carlson. Musique : œuvres de Kaija Saariaho (née en 1952). Scénographie : Carolyn Carlson avec la collaboration de Fifi et de Robert Pereira. Vidéo : Baptiste Evrard. Montage et mixage son : Carolyn Carlson et Rémi Malcou. Lumières : Rémi Nicolas. Assistante chorégraphique : Valentina Romito. Costumes : Chrystel Zingiro et Manue Piat. Interprètes : Jacky Berger, Yutaka Nakata, Isida Micani, Chinatsu Kosakatami.

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