Des interprètes trop loin de leur base

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Opéra-Bastille. 07-II-2009. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie concertante pour hautbois, basson, violon, violoncelle en si bémol majeur Hob I : 105. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°1 en ut mineur. Olivier Doise, hautbois  ; Laurent Lefèvre, basson  ; Maxime Tholance, violon  ; Aurélien Sabouret, violoncelle. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction  : Seiji Ozawa.

Réunir au même programme Haydn et Bruckner fonctionne bien en général, les (toute proportion gardée) courtes symphonies du premier trouvant assez naturellement leur place en première partie d’un concert complété ensuite par un des monuments brucknériens. Mais une bonne idée ne suffit pas à faire un grand concert, l’essentiel reste la réussite musicale due, entre autre, au talent des instrumentistes et à l’inspiration du chef. Et de talent, on sait que les interprètes de ce soir n’en manquaient pas, mais l’inspiration … disons qu’on a connu mieux.

La Symphonie concertante de Haydn tient plus du concerto pour quatre instruments solistes que de la symphonie. Elle en a le découpage classique en trois mouvements (Allegro, Andante, Allegro con spirito), tout comme l’organisation interne à chaque mouvement. Elle ne semble pas poser de difficulté particulière et offre aux quatre solistes des rôles quasi égaux. L’écoute de ce soir nous a semblé légèrement en deçà du potentiel de l’œuvre sans doute à cause d’une direction manquant de mordant et d’avancée, certes plaisante et agréable, mais pas très passionnante, et d’un déséquilibre sonore entre les solistes favorisant les cordes au détriment des bois (était-ce une coquinerie acoustique de la salle vue du devant du premier balcon, nous ne saurions le dire, n’ayant pas assez pratiqué notre Bastille nationale). Et à notre grand regret nous avons retrouvé des timbales bien trop discrètes alors que cet instrument a une place essentielle chez Haydn comme d’ailleurs chez Beethoven. Le premier mouvement fut le plus réussi des trois, grâce à un bon tempo, à un accompagnement soutenant bien les solistes, et à une simplicité de geste de bon aloi. Ce qui n’a pas suffit dans un Andante pris trop lentement, avec une pulsation interne quelque peu absente qui nous laissa le temps de remarquer ici ou là un petit excès de vibrato du violon solo. Le final, pas assez con spirito, acheva cette interprétation correcte sans plus.

Le peu que nous ayons entendu d’Ozawa dans Bruckner ne nous avait, jusqu’ici, pas vraiment convaincus du naturel brucknérien de ce chef. L’atypique Symphonie n°1 allait-elle mieux l’inspirer. Et bien pas vraiment ! Nous avons même eu le sentiment qu’il prenait cette symphonie à rebours, la jouant comme il le ferait des trois dernières, lent, solennel, lourd, alors que cette œuvre est vive et «délurée» comme l’appelait Bruckner lui-même. S’il n’y avait que ce «léger» contre sens, mais que la pulsation, si importante ici, était bien restituée, que la logique imparable de cette musique sautait aux oreilles, que la virtuosité de l’orchestre emportait tout sur son passage, ça irait encore, mais, malheureusement, aucun de ces trois fondamentaux n’étaient vraiment à la hauteur de nos espérances. Cela s’entendit dès le début du premier mouvement, avec un phrasé trop appuyé, sans pulsation, et des cordes qui disparaissaient au milieu des tutti fortissimo à tel point que l’envie de leur crier «remuez-vous» nous a traversé le subconscient. Cela augurait mal de la suite, car ce type de passage foisonne tout au long de cette symphonie. On sentait un orchestre jouant trop loin de ses bases (finalement comme le chef d’ailleurs), Bruckner étant habituellement un problème pour les orchestres français rarement à l’aise dans ce répertoire, à plus forte raison pour un orchestre d’opéra. Ozawa ne réussissait pas mieux à trouver l’unité de cette œuvre, avec des accents mozartiens, mahleriens ou indéfinissables, ce qui en soit n’est pas un problème, mais leur mélange si. Et presque jamais il ne nous rendra évidente la succession des épisodes dans chaque mouvement, en particulier l’arrivée des grands climax avec leur préparation préalable. Ici nous avions l’impression que la préparation ne préparait à rien et qu’on nous aurait collé un autre climax pris à un autre moment de la partition, voire pas de climax du tout, cela aurait marché tout aussi bien. Indubitable indice que justement ça marche mal. On ne s’étendra pas plus sur cette interprétation décevante qui, néanmoins a semblé satisfaire le public qui ne tarissait pas d’applaudissements, comme les interprètes heureux de leur performance. Tant mieux si ce concert n’a fait qu’un malheureux ce soir.

Crédit photographique : © Juan Carlos Cardenas

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