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Beethoven-Gardiner-LSO : Du panache avec un systématisme quelque peu plombant

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Paris. Salle Pleyel. 09 & 10-II-2009. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Le Roi Etienne, ouverture op.117 ; Concerto pour piano et orchestre n°3 en ut mineur op.37 ; Symphonie n°5 en ut mineur op.67. Ouverture « Pour un jour de fête » op.115 ; Symphonie n°4 en si bémol majeur op.60 ; Symphonie n°7 en la majeur op.92. Maria João Pires, piano. London Symphony Orchestra, direction : Sir John Eliot Gardiner.

Un an après les premiers concerts de cette série Beethoven-Gardiner-LSO à Pleyel, voici de retour les mêmes interprètes pour deux ouvertures, un concerto et trois symphonies. L’an passé nous avions été assez réservés en particulier dans une Héroïque un peu étroite de vue. Un an après, si les bases restent fondamentalement les mêmes, il faut reconnaître que Gardiner les a poussées à un degré d’accomplissement plus profond et homogène (sans doute trop d’ailleurs), ajoutant un panache certain qui faisait défaut l’an dernier grâce à un formidable LSO, nettement au dessus de la prestation de 2008. Mais ces concerts ont montré une fois de plus que décider a priori de règles interprétatives systématiques ne peut marcher au mieux qu’à moitié.

Le meilleur fut donné d’entrée avec l’ouverture Le Roi Etienne et le Concerto pour piano et orchestre n°3, deux œuvres qui se sont bien accommodées du style choisi par Gardiner, vif, tranchant, coloré avec un orchestre aux timbres jamais fusionnés, et d’excellentes timbales. Le refus de tout vibrato n’était que rarement gênant (et plus spécifiquement dans le mouvement lent du concerto) grâce à l’adoption d’un tempo très allant. Evidemment, le concerto regardait encore vers Mozart plus que vers l’avenir, mais il faut reconnaître que cela fonctionnait très bien, grâce surtout au jeu tout en sensibilité et finesse, dénué de la moindre faute de gout, de , sans doute la pianiste idéale dans cette optique interprétative. Et l’accompagnement du chef, qui, l’an passé dans le Concerto n°4 nous avait semblé en retrait, prenait ce soir toute sa place, faisant de cette exécution une réussite, en tous cas de loin le meilleur Beethoven de Gardiner que nous ayons entendu jusqu’ici.

Après l’entracte Sir John prit le micro pour nous présenter, dans un impeccable français non dénué d’un savoureux humour tout british, sa vision de la Symphonie n°5. Où il n’y voit pas le fameux destin qui frappe à la porte mais au contraire l’influence encore forte de la révolution française, avec ses accents tirés d’hymnes révolutionnaires, le célèbre « pom pom pom pom » devenant « nous jurons tous ! » ou encore « la liberté ! ». « On verra » conclut-il, nous invitant ainsi à découvrir cette symphonie au travers de ce prisme particulier. Et il faut mettre au crédit du chef qu’il a parfaitement réalisé ce qu’il avait promis, et dans les trois symphonies qui suivirent, ne manquant pas une occasion de marquer ce caractère révolutionnaire, martial, glorieux, parfois violent, où les timbales symbolisèrent plus souvent le canon qu’autre chose. Etait-ce complètement convainquant pour autant ? Comme on l’a dit plus tôt, à moitié seulement. Et pour certains mouvements finalement pas du tout. A commencer par le fameux premier mouvement de l’ut mineur, pris à toute vitesse, sans aucune nuance, tout d’un bloc, sans la moindre respiration. Certes, dans cette partition, les respirations sont en général courtes, mais à cette vitesse elles n’existent plus, les phrases s’enchainent sans attendre que l’accord final de la précédente s’éteigne. Et si on se disait que « nous jurons tous ! » pouvait fonctionner sur la première citation, nous le sentions moins bien sur la seconde et son double point d’orgue conclusif. Comment Gardiner allait-il donc faire ? En supprimant purement et simplement le deuxième point d’orgue. Beethoven devait sans doute être distrait le jour où il l’a écrit. Ce génial mouvement Allegro con brio s’articule comme chacun sait autour d’une mesure Adagio au hautbois solo, vrai coup de génie beethovénien, dont l’interprétation doit nous la faire sentir comme une nécessité vitale, comme un soulagement de toute la tension accumulée jusqu’ici et un point de départ pour la suite. Sauf que ce soir c’était une simple parenthèse liée ni à ce qui précède ni à ce qui suit. Dans ce cas pourquoi Beethoven l’a-t-il écrit. Mystère, encore distrait sans doute …

Crédit photoghraphique : Sir © Yo Tomita

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Paris. Salle Pleyel. 09 & 10-II-2009. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Le Roi Etienne, ouverture op.117 ; Concerto pour piano et orchestre n°3 en ut mineur op.37 ; Symphonie n°5 en ut mineur op.67. Ouverture « Pour un jour de fête » op.115 ; Symphonie n°4 en si bémol majeur op.60 ; Symphonie n°7 en la majeur op.92. Maria João Pires, piano. London Symphony Orchestra, direction : Sir John Eliot Gardiner.

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