Riccardo Chailly & Lang Lang, Nécessité versus curiosité

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 11 et 12-II-2009. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°2 en ré majeur op. 36 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°3 en ré mineur « Wagner » (version de 1878) ; Félix Mendelssohn (1809- 1847) : Ouverture en do majeur « avec trompette » op. 101 ; Concerto pour piano n°1 en sol mineur op. 25 ; Symphonie n°3 en la mineur op. 56 « Ecossaise ». Lang Lang, piano. Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, direction : Riccardo Chailly.

Gewandhausorchester Leipzig

La venue du Gewandhausorchester de Leipzig et de est un incontournable de la saison parisienne. Cette année, l’événement est d’autant plus grand que leur passage dans la capitale, pour deux concerts, dédie une soirée à l’un de ses plus prestigieux chefs (1835 à 1843 puis 1845-1847) dont on fête cette année le bicentenaire de la naissance : Mendelssohn.

Essentiellement symphonique, le premier programme est le plus grandiose. La Symphonie n°2 de Beethoven, fébrile, affamée de contrastes, renferme un esprit à la fois ludique et sérieux que l’orchestre fait sien avec brio. Comment ne pas faire de la musique, fignoler les détails, travailler le drame (accents spectaculaires, nuances subito), avec un ensemble qui fonctionne comme un organisme vivant, soudé, sagace et réactif ? Pour la Symphonie n°3 «Wagner» de Bruckner, l’orchestre change quelques solistes (vents, …) et s’étoffe sans perdre de sa précision ni de sa réactivité. D’emblée, ce que le chef y décèle de Wagner c’est l’omniprésence du drame. Il ne privilégie ni la masse sonore, qui s’impose ici d’elle-même, ni l’harmonie mais le détail expressif et la puissance narrative. La technique impeccable des pupitres est grisante (attaques et musicalité des cuivres, des bois, inspiration des cordes, autorité des premiers violons), l’équilibre toujours parfait, les nuances extrêmes. L’implication physique des musiciens est exceptionnelle et le son devient matière tangible. A l’image du Scherzo, la densité, toujours en mouvement, n’est jamais pesanteur. Une version qui finit dans l’euphorie sur scène et dans la salle.

Dédié à Mendelssohn, le second programme accueille aussi dans le Concerto pour piano n°1. Vive, nerveuse, l‘ouverture «avec trompette» met en valeur la virtuosité de l’orchestre et le pupitre des bois qui paraît être plus convaincu et prendre plus de risques musicalement que lors de son dernier passage. Autant la dynamique et l’esthétique de Chailly apportent une authenticité à ces pages, autant la proposition du pianiste dans le concerto paraît inaboutie. Martiale, parfois brutale, la verve y est excentrique et inappropriée. Alors que dans l’Andante, en dialogue avec les altos et violoncelles, l’expression se fait plus raffinée et plus intériorisé, elle ne s’abandonne jamais tout à fait. Le phrasé est conduit avec science, l’articulation perlée dans le pianissimo, mais l’univers n’est exploré qu’en surface. La virtuosité est toujours superlative (même l’orchestre s’embrouille un peu dans le Presto) et une fin en soi. Si c’est la relation directe, remarquable, que le pianiste entretien avec le public qui le pousse dans de tels retranchements, il y aura au moins fait quelques heureux.

Ce soir, c’est la Symphonie n°3 de Mendelssohn qui a finalement coupé le souffle. A la tête d’un ensemble aussi charismatique et dévoué qu’au premier soir, le chef y enchaîne les mouvements pour en révéler toute l’unité et les contrastes. Dès le premier concert, le répertoire sollicite les cordes à tout rompre mais ce soir, c’est la richesse des vents qui se distingue (Vivace). Une version remarquable où la pudeur et la candeur du lyrisme de l’Adagio sont à l’image de tout le cycle : un condensé d’authenticité.

Lire l’article de notre collègue Andreas Laska sur le même concert à Cologne

Crédit photographique : © DR

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