Pierre Monteux, un des chefs qui ont fait l’Histoire de la Musique

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Felix Mendelssohn (1809-1847) : Les Hébrides, ouverture. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°94 en sol. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°9 en ut. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°3 en mi b « Rhénane » op. 97. Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Hamlet, Fantaisie-Ouverture op. 67 ; Fantaisie de Concert en sol pour piano et orchestre op. 56 ; Suite n°4 en sol « Mozartiana » op. 61 : Thème et Variations ; Symphonies n°4, n°5, n°6 « Pathétique ». Edward Elgar (1857-1934) : Variations Enigma op. 36. Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du Printemps, ballet ; Petrouchka, ballet intégral et suite de ballet. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie Classique en ré op. 25. Vincent d’Indy (1851-1931) : Istar, variations symphoniques. Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour violon n°2. Karol Szymanowski (1882-1937) : Concerto pour violon n°1. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal, prélude ; Le Crépuscule des Dieux : Lever du Jour, Voyage sur le Rhin, Marche Funèbre. Claude Debussy (1862-1918) : Le Martyre de Saint Sébastien, fragments symphoniques ; Images pour orchestre : Gigues ; Jeux. Vera Franceschi, piano ; Bernard Zighera, piano ; Tossy Spivakovsky, violon ; Roman Totenberg, violon. Orchestre Symphonique de Boston, direction : Pierre Monteux. 8 CD West Hill Radio Archives WHRA~6022. Code barre : 5425008376684. Enregistré au Symphony Hall de Boston entre décembre 1951 et janvier 1958. Notices bilingues (anglais, français) excellentes. Durée : 76’38 ; 75’03 ; 76’33 ; 64’45 ; 59’37 ; 62’27 ; 66’34 ; 72’37.

 

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(1875-1964), en bâtisseur d’orchestre, prit en main l’Orchestre Symphonique de Boston de 1919 à 1924 ; il en fit la phalange d’élite que l’on connaît et dont son successeur Serge Koussevitzky aura l’opportunité de bénéficier, sans d’ailleurs lui rendre la politesse : ce n’est en effet qu’après le règne de ce dernier (1924-1949) que put renouer avec ses anciennes amours, grâce bien entendu à la complicité de son compatriote Charles Munch, chef permanent du BSO de 1949 à 1962.

Les enregistrements de concert proposés dans cette anthologie documentent abondamment la période des années 50 ; toutefois un simple coup d’œil sur les noms des compositeurs étonnera plus d’un mélomane, puisque les compositeurs français sont en minorité (Debussy et d’Indy). Il ne faut pas oublier que fut préalablement éduqué dans les grands classiques et romantiques Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, Wagner, qu’il défendra tout au long de sa vie : il a souvent affirmé que représentait son compositeur de prédilection et son idéal, aux côtés de Beethoven et surtout Wagner. L’étude de la musique française – ainsi que celle de la musique russe – vint plus tard, notamment bien sûr à l’époque des Ballets Russes où elles étaient étroitement associées.

Musicien universel, Monteux n’aimait pas être qualifié de chef d’orchestre français, appellation par trop restrictive, alors que l’élégance et le raffinement français étaient des qualités bénéfiques à toute partition qu’il abordait. Il aimait beaucoup Piotr Ilyitch Tchaïkovski qu’il considérait un peu comme une sorte de Massenet russe. De ce compositeur, il grava à Boston, pour RCA Victor, les trois dernières Symphonies, respectivement les 28 janvier 1959, 8 janvier 1958 et 26 janvier 1955. Versions aux tempos idéaux, modèles de clarté, d’élégance et de style. Les exécutions en concert proposées ici sont une excellente alternative en ce qu’elles ajoutent ce qui manque quelque peu en studio de chaleur expansive, de passion et d’excitation enflammée ; signalons toutefois l’absence des deux reprises dans l’ostinato central de l’Allegro con grazia de la Symphonie n°6 «Pathétique». Monteux aimait aussi les découvertes, et l’idée de présenter au public un Tchaïkovski peu connu lui était particulièrement séduisante : l’Ouverture-Fantaisie Hamlet, le Tema con variazioni de la Suite d’orchestre n°4 «Mozartiana» et la Fantaisie de Concert en sont de brillants exemples parfaitement défendus. Inutile par ailleurs d’insister sur le pur classicisme, l’humour bon enfant et la bonne humeur de Pierre Monteux en parfaite adéquation avec la Symphonie Classique de .

Les œuvres germaniques bénéficient également de la clarté et l’élégance du grand chef d’orchestre. , par exemple, a toujours été bien servi par les chefs français : on se souvient notamment de la très belle intégrale des quatre Symphonies par Paul Paray à Detroit (Mercury Records). Tout comme les pages de , et , Monteux dirige la Symphonie n°3 «Rhénane» avec clarté, énergie, précision, chaleur et tendresse, et on regrettera d’autant plus l’absence de la plupart des reprises dans le très lyrique Scherzo.

Pierre Monteux aimait également les rapprochements inattendus révélateurs : faire suivre le Prélude de Parsifal de Fragments symphoniques du Martyre de Saint Sébastien confirme un mysticisme religieux assez comparable chez et chez , même si ce dernier s’est constamment défendu de toute influence wagnérienne (que l’on retrouve pourtant également dans Pelléas et Mélisande).

Par ailleurs on chérira précieusement les deux interprétations exceptionnelles de deux Concertos pour violon du XXe siècle : d’abord le Concerto n°2 de , dont le soliste Tossy Spivakovsky (1907-1998) donna à Cleveland la première américaine en 1943, seule exécution entendue par Bartók lui-même ; ensuite ce véritable chef-d’œuvre trop peu joué qu’est le Concerto n°1 de , ici interprété par son compatriote polonais Roman Totenberg, lui-même trop peu connu, alors qu’il donna des récitals avec le compositeur, et qu’il joue ici ce Concerto avec une ferveur et un engagement tels qu’il développe la cadence finale comme aucun autre violoniste ne l’a encore jamais accompli.

Si on commence à redécouvrir l’œuvre de qui, comme tant d’autres, est passé par un purgatoire (plus pour ses convictions personnelles que pour ses qualités de musicien), les Variations symphoniques Istar sont malgré leur grande qualité moins connues que sa Symphonie Cévenole, et il est bon d’en retrouver ici une interprétation qui pourra faire l’objet de passionnantes comparaisons avec l’enregistrement studio du 27 janvier 1945 à San Francisco.

Il n’est pas courant qu’un chef français dirige un compositeur anglais ; c’est pourtant ce que Monteux a fait en honorant Sir et ses magnifiques Variations Enigma sur un Thème Original : Amsterdam (12 octobre 1950), Boston (18 janvier 1957), Londres (studio, Kingsway Hall 25 juin 1958), Paris (24 septembre 1958, Music & Arts CD-1182) en ont connu des interprétations tout aussi éblouissantes les unes que les autres.

Mais en fin de compte, nul ne niera que Pierre Monteux et les Ballets Russes n’ont fait qu’un, musicalement, et les témoignages de cet album superbe le rappelle brillamment : Jeux de et surtout les ballets d’, dont on comparera avec grand intérêt les versions du BSO à celles de Paris (Music & Arts CD-1182) sont sous la direction de leur créateur passionnants à tous points de vue. On notera la présence instructive des deux versions de Petrouchka : le ballet intégral de 1911, et la suite de concert qu’en tira Stravinsky par après, omettant les deux tiers du premier tableau, tout le troisième, et raccourcissant abruptement la fin du quatrième, version existant d’ailleurs également pour piano solo sous le titre de Trois Mouvements de Petrouchka (1921).

En conclusion, il est évident qu’avec cet album associé à ceux déjà publiés précédemment par Music & Arts (CD-1182 et CD-1192), nous disposons de la plus complète, la plus représentative et la plus somptueuse anthologie jamais consacrée à Pierre Monteux en concert, immense patrimoine musical de ce non moins immense musicien français.

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