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Retour à la vie pour Muti et Depardieu

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, théâtre des Champs-Elysées. 26-II-2009. Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie fantastique ; Lélio. Gérard Depardieu, récitant ; Marc Laho, ténor ; Ludovic Tézier, baryton ; Chœur de Radio-France (chef de chœur : Mathias Brauer), Orchestre National de France, direction : Riccardo Muti

Mois de février fort berliozien sur ResMusica : après le Te Deum, après Béatrice et Bénédict, voici le «tube» de son compositeur, la Symphonie fantastique, et son hétéroclite suite, Lélio, sous-titrée «Le retour à la vie». Après la tranquillité de Colin Davis, place à la fougue de .

Sous sa direction, la Symphonie fantastique, souvent présentée comme une œuvre venue de nulle part, affirme ses origines dans le bel canto romantique italien. Car tout ici rappelle Vincenzo Bellini, des mélodies amples et ornées, un accompagnement ténu et toujours présent, et surtout une construction dramatique digne d’une œuvre lyrique. La valse de Un bal est prise à un tempo échevelé, plus proche de l’esprit viennois que d’autre chose. Dans cette lecture enflammée, le National rugit, bondit, sans toutefois tomber dans un excès figuraliste si tentant – surtout dans le mouvement final. Le son est ample, généreux, jamais tonitruant.

La salle était essentiellement comble en raison du très bankable en récitant de Lélio. Le duo acteur / chef fonctionne à merveille. Depardieu est toutefois éloigné de l’image romantique désespérée de ce Berlioz se mettant en scène. Point d’être délicat et dépressif, tentant de relever la tête malgré ses tourments. Depardieu fait … du Depardieu ! Le jeu est lunatique, passe d’un calme résigné à des explosions de colère, ce Berlioz là relève plus de la psychanalyse freudienne que du romantisme. Pourquoi pas ? Le propos n’en est pas pour autant déformé. Dommage que l’acteur ait plus souvent son regard sur le texte que vers les spectateurs.

Coté musique – l’orchestre est devenu «invisible» comme le souhaitait , caché derrière un rideau de tulle et plongé dans la pénombre – l’excellence continue. Le National et le Chœur de Radio-France sont galvanisés par , et on ne peut que regretter la trop courte intervention de . En revanche déçoit dans ses deux airs, la voix est hétérogène, la justesse approximative.

Le concert a été diffusé en direct sur France-Musique. Mais cette captation mérite-t-elle une mise en vente ? Il faudra alors d’excellents ingénieurs du son pour éliminer les toux diverses et éructations variées d’un public qui en a été ce soir fort peu avare. Lélio se termine sur des bribes pianissimi aux premiers violons du thème de la «bien aimée» qui ouvre la Fantastique. A chaque silence, le récitant lance un «encore… » de plus en plus sourd… le tout sur un accompagnement continu de raclements de gorges. Cette fin éthérée ne peu que transporter le spectateur. Ce soir, tout a été fait pour garder les pieds sur terre et s’exaspérer de tant de muflerie. Si souvent l’annonce d’éteindre son téléphone portable est faite en début de concert, des panneaux lumineux avec la mention «merci de ne pas tousser» feraient bien d’être installés.

Crédit photographique : , Riccardo Muti et l’ en répétition de Lélio © Christophe Abramowitz / RF

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