Béatrice et Bénédict, démenti berliozien

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 07-II-2009. Hector Berlioz (1803-1869) : Béatrice et Bénédict, opéra-comique en deux actes sur un livret du compositeur. Dialogues adaptés par Jean-Louis Martinoty. Version de concert. Avec : Joyce Di Donato, Béatrice ; Charles Workman, Bénédict ; Nathalie Manfrino, Héro ; Elodie Méchain, Ursule ; Jean-François Lapointe, Claudio ; Jean-Philippe Lafont, Somarone ; Nicolas Cavallier, Don Pedro ; Christophe Fel, Leonato ; Frédéric Giroutru, un tabellion / un messager / 2eme serviteur ; Vincent Deniard, 1er serviteur. Chœur de Radio-France (chef de chœur : Matthias Brauer), Orchestre National de France, direction : Sir Colin Davis.

De la musique de grosse cavalerie… ah, le beau préjugé que voila sur . On a beau chercher dans Béatrice et Bénédict où se trouve la cavalerie, rien à faire. Nous sommes en présence d’une œuvre curieuse, aux alliages instrumentaux surprenants, emplie de grâce et de légèreté. En 1860 Wagner s’impose, Verdi est déjà un grand nom, Faust de Gounod vient d’être créé. Béatrice et Bénédict, dernière œuvre importante de Berlioz, ne ressemble en rien aux trois noms précédemment cités, ni aux opéras-comiques alors en vogue à Paris. Les racines, il faut les trouver chez Bellini, Donizetti, Mozart ou Gluck. Béatrice et Bénédict respire à plein nez le bel canto : airs de bravoure, vocalises, airs comiques, ensembles, … Le livret est en revanche bien dans l’air du temps, une niaiserie absolue, version édulcorée de Much ado about nothing de Shakespeare. Qu’importe.

Et pour défendre ce Berlioz peu connu, qui pouvait mieux le faire que Sir  ? Sous sa direction nous découvrons ou redécouvrons une écriture subtile, d’un raffinement extrême. Comment résister au duo «Nuit paisible et sereine» ou au trio «Je vais d’un cœur aimant» ? L’ déploie sous la direction du chef berliozien jusque dans son profil des trésors de sonorités. Ni trop, ni trop peu. En version de concert le danger est de couvrir les chanteurs. Danger évité ce soir.

Il faut dire que le plateau est de très haut niveau. domine l’ensemble, comme il se doit. et peinent à trouver leurs marques, quelques aigus coincent en début de représentation. En début seulement. Le timbre sombre d’ est stupéfiant de rondeur et de puissance. Coté voix graves masculines, il est plus dur de se faire une idée : Berlioz les a peu gâtés (Leonato ne chante presque pas par exemple), à l’exception du maître de musique Somarone, caricature des petits maîtres de chapelles italiens du XIXe, tenu par le désopilant . Les ensembles, nombreux, sont homogènes. Le Chœur de Radio-France confirme son excellente progression qualitative. Parfois les concerts des formations de Radio-France sont enregistrés et gravés sur CD. L’appel est lancé…

Crédit photographique : Sir © Menuhin Festival Gstaad

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