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Esa-Pekka Salonen et la fin glorieuse du romantisme viennois

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 04-III-2009. Arnold Schœnberg (1874-1951) : Verkläkte nacht (version 1943). Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Lyrische Symphonie op. 18. Solveig Kringelborn, soprano ; Juha Uusitalo, baryton. Philharmonia Orchestra, direction : Esa-Pekka Salonen.

Etait-ce l’hiver ou l’ambiance générale de crise économique, mais les mélomanes parisiens n’étaient pas venus en masse se mettre bien au chaud dans un Théâtre des Champs-Élysées au deux tiers pleins seulement. Les absents ont eu quand même tort de bouder ce programme Schœnberg Zemlinsky, à la fois original et remarquablement cohérent, illustrant à merveille les derniers feux du romantisme viennois.

Car il faut le dire, et le répéter pour les réfractaires, les deux œuvres au programme sont absolument magnifiques. La Nuit Transfigurée entendue ce soir est l’orchestration révisée en 1943 d’une version originale pour sextuor à cordes écrite en 1899, poème d’amour enflammé inspiré à Schœnberg par Mathilde von Zemlinsky, sœur d’Alexander, et future épouse d’Arnold. Basé sur l’illustration d’un poème, pour l’époque d’une moralité et d’un érotisme subversifs, de appelé La Femme et le Monde, cette œuvre en cinq sections est une des plus belles jamais écrites pour orchestre à cordes. Quant à la Symphonie Lyrique de Zemlinsky, si elle se distingue de Verklärte Nacht par l’utilisation de toutes les ressources d’un orchestre straussien ou mahlérien, elle s’en rapproche par l’utilisation des poèmes au romantisme achevé du bengali Rabïndranâth Tagore. Quand à sa forme, succession de lieder chantés alternativement par un homme et une femme, et son fond basé sur des poèmes orientaux, ils font forcément penser au Chant de la Terre de Gustav Mahler. C’est en partie pourquoi Zemlinsky a été souvent qualifié de trait d’union entre Mahler et Schœnberg, ce qui n’est pas faux même si un peu réducteur. Schœnberg le considérait comme un des plus grands compositeurs de son temps, tout comme un très grand chef d’orchestre, opinion qu’il partageait avec Stravinsky.

Il n’étonnera personne que Salonen usa des mêmes principes directeurs pour l’exécution de la Symphonie Lyrique de Zemlinsky. Elle était donc plus animée que passionnée, moyennement aidée par les prestations des deux solistes, légèrement en manque de volume sonore ce soir. Le baryton-basse a attaqué vaillamment son premier lied, mais a semblé se rendre compte, dès le milieu de ce même lied, qu’il ne tiendrait peut-être pas jusqu’au bout ainsi et a raisonnablement réduit sa voilure. Quant à la soprano , au timbre fort agréable, elle avait peut-être la fragilité de la jeune fille qu’elle était sensée incarner, mais néanmoins manquait un peu de corps face au grand orchestre. Le chef essaya et réussit assez bien à donner toute son autonomie à cette œuvre, n’accentuant jamais les diverses influences, principalement Mahler et Strauss, pas plus d’ailleurs que la prémonition de la musique de Schœnberg, que d’autres interprétations mettent plus en lumière. Le Philharmonia ne donna d’ailleurs jamais l’impression d’une orchestration luxuriante, pourtant inhérente à cette œuvre, volonté du chef ou limite de l’orchestre nous ne saurons le dire, mais avouons que pour le pure plaisir auditif, cela nous a un peu manqué. Néanmoins cette interprétation, parfois perfectible, un poil intellectualisée, moins physique et sensuelle qu’elle aurait pu, permettait à tous d’apprécier un chef-d’œuvre encore trop méconnu.

Regrettons quand même l’absence de sur-titrage, fort dommageable à la compréhension du texte chanté, et donc à la perception de cette œuvre, surtout pour un public pas encore familier de cette symphonie. Alors, organisateurs de concerts pensez-y, comprendre le texte n’est pas un gadget !

Crédit photographique : © Nicho Södling

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 04-III-2009. Arnold Schœnberg (1874-1951) : Verkläkte nacht (version 1943). Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Lyrische Symphonie op. 18. Solveig Kringelborn, soprano ; Juha Uusitalo, baryton. Philharmonia Orchestra, direction : Esa-Pekka Salonen.

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