Miguel-Angel Estrella, militant de la vie

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Avignon. Opéra-théâtre. 03-III-2009. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : 5 petites pièces du livre d’Anna-Magdalena Bach ; Suite anglaise n°2 en la mineur BWV 807. Gabriel Fauré (1845-1924) : Nocturne n°3 en la bémol majeur op. 33  ; Nocturne en mi bémol majeur op. 36. Frédéric Chopin (1810-1849) : Prélude n°20 en ut mineur ; Prélude n°17 en la bémol majeur ; Prélude n°15 en ré bémol majeur ; Etude en fa mineur op. 10  ; Mazurka n°4 en la mineur op. 17  ; Prélude n°22 en sol mineur ; Etude en do mineur op. 10  ; Nocturne en ut mineur op. 48. Félix Mendelssohn (1809-1847) : Romance sans paroles n°1 op. 62. Miguel-Angel Estrella, piano


«Je suis un militant de la vie» : tout Estrella tient en ces quelques mots. Celui qui n’avait jamais vu ni entendu un piano avant son adolescence et qui est ensuite devenu l’un des pianistes les plus connus au monde, a vécu un itinéraire très particulier. Né en Argentine, victime de la dictature uruguayenne (emprisonné, torturé, puis libéré grâce à la pression internationale), , désormais établi en France, sillonne le monde pour offrir la musique aux plus démunis, notamment grâce à son association joliment nommée Musique-Espérance.

C’est à l’appel du Rotary-Club d’Avignon, et au profit de l’Opération Orange de Sœur Emmanuelle – qu’il a bien connue – et de Sœur Sara qui lui succède, que s’est produit sur la scène d’Avignon. 2h15 sans entracte, d’un programme «de la mémoire», un programme qu’il avait conçu pour le 30e anniversaire du coup d’Etat en Argentine (la musique étant alors le seul moyen d’expression à peu près licite, à l’exclusion de tout message verbal).

La première partie était tout entière consacrées à Bach : des «pièces de pureté, de métrique cristalline, de simple offrande» ; la seconde, à des «Pièces de songe, de révolte, d’amour et de mort…. de paix, une Suite du Romantisme».

Dans la première partie, on en a presque oublié qu’on était quelques centaines d’auditeurs, et que l’artiste était sur scène. Chacun d’entre nous était seul en face de celui que l’on appelle tout simplement «Miguel», dans une rencontre amicale, un échange de souvenirs, un partage d’instants rares ; on était dans un salon, au coin du feu, et il racontait des anecdotes, il faisait surgir ses amis ouvriers ou paysans comme Fernandez, ou sa femme Maria. Avec un naturel déconcertant, entre les phrases de la voix posée du pianiste, Bach s’imposait, engageait son Prélude, développait sa Sarabande, rythmait sa Gigue.

En deuxième partie se sont enchaînés dans un seul souffle tous les autres morceaux (les derniers ayant été remplacés au pied levé par un «petit Rameau», en clin d’œil à son ami et complice le journaliste Jean Lacouture, empêché ce soir-là). Sans doute l’artiste n’a-t-il plus vingt ans, sans doute masse-t-il longuement ses mains après avoir joué. Mais le cœur est là, et sa simplicité, son authenticité, ont conquis un public déjà largement acquis.

Crédit photographique : © Mirmande

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