Concerts, La Scène, Musique symphonique

Marek Janowski égal à lui-même

Plus de détails

Paris. Salle Pleyel. 06-III-2009. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54. Richard Strauss (1864-1949) : Eine Alpensinfonie op. 64. Nikolai Lugansky, piano ; Orchestre de la Suisse Romande, direction : Marek Janowski

Chef de tradition allemande, dresseur d’orchestre ayant occupé de nombreux postes de directeur musical ou de chef invité un peu partout dans le monde, c’est avec l’orchestre créé par Ernest Ansermet, qui en fut le patron de 1918 à 1967, et dont il est le directeur musical depuis 2005, que revient à Paris avec un programme Schumann Strauss. Accompagnant tout d’abord le pianiste dans le Concerto de Schumann, puis seul maître à bord pour le morceau de bravoure symphonique que constitue la Symphonie Alpestre de .

Il y a un peu plus de deux ans, un concert Schumann où Janowski dirigeait l’Orchestre de Paris nous avait paru trop «objectif», qualificatif parfois employé pour signifier proprement joué en même temps que quelque peu «sous joué», sans émotion. Et bien c’est exactement ainsi que le chef a attaqué le concerto, par un premier accord bien sec et sans expression, laissant la place au pianiste pour le retrouver à la fin de sa première intervention avec de nouveau deux accords plantés là sans autre justification qu’il fallait bien les jouer. Alors, selon qu’on voit le verre à moitié plein on dira qu’on a affaire à une interprétation pudique et réservée qui essaye à tout prix d’éviter d’en faire trop, ou si c’est la moitié vide qui nous saute aux yeux, on se dira que cela fait un peu service minimum. De fait toute la soirée sera un peu marquée par cette sensation mitigée entre beaux moments et d’autres à la froideur mécanique. Le pianiste jouera parfaitement le jeu lui aussi, préférant une articulation claire au legato limité, plutôt que de jouer la carte de l’élan passionné. Cela donnera ici un aspect mélancolique parfaitement adéquat et ailleurs la sensation d’avancer à reculons. A part ce petit déficit expressif, il n’y avait rien à dire sur la qualité de la réalisation. L’accord piano / orchestre était excellent, les deux jouaient à l’évidence la même partition, ce qui essentiel et pas toujours le cas dans cette œuvre. Les tempi classiques, sans surprise et sans risques inutiles, respectaient parfaitement les proportions des trois mouvements, concluant par un vivace parfaitement enlevé soulevant l’enthousiasme d’un public qui avait quasiment fait salle comble, et qui fut récompensé par un Prélude de Rachmaninov offert en bis.

La monstrueuse et (en principe) jouissive Symphonie Alpestre suivait, sans autre forme de logique, le Concerto pour piano de Schumann, permettant à toutes les forces vives de l’orchestre suisse de monter sur scène et participer à la fête. Cet immense poème symphonique raconte littéralement une ascension dans les alpes, du lever du soleil à la tombée de la nuit. Avant de pouvoir l’entendre, il est toujours impressionnant de voir, le grand orchestre straussien, avec moult renfort de cuivres, percussions, cloches et tamtam, orgue, célesta, et bien sur les fameuses machines à vent et à tonnerre. Toutefois le ton global de l’interprétation était donné dès l’enchaînement initial Nuit – Lever de soleil, long crescendo qu’il faut tenir sans rupture jusqu’au bout, et qui, partant peut-être pas aussi pianissimo que possible, verra le sommet du crescendo un peu trop abrupt sur la fin, pas aussi impressionnant qu’attendu. Retour du verre à moitié plein … S’il y a des œuvres où il faut «se lâcher», celle-ci en fait sûrement partie, mais «se lâcher» ne correspond pas vraiment au style austère et rigoureux de , d’où les petites frustrations qui parsèmeront cette exécution, par ailleurs très propre et brillamment réalisée par un orchestre à qui il manque peut-être la puissance des plus belles machines de guerre de la planète symphonique, dans une œuvre où l’excès de puissance, de virtuosité, d’expressivité n’existe tout simplement pas. Néanmoins cela restera une interprétation honorable plus que mémorable, rigoureuse plus que jouissive, s’achevant par une ultime petite frustration, Janowski faisant tomber la nuit en coupant sèchement la lumière sans attendre l’extinction naturelle de l’ultime pianississimo.

Crédit photographique : Marek Janowsi © Felix Brœde

Plus de détails

Paris. Salle Pleyel. 06-III-2009. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54. Richard Strauss (1864-1949) : Eine Alpensinfonie op. 64. Nikolai Lugansky, piano ; Orchestre de la Suisse Romande, direction : Marek Janowski

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.