Angela Gheorghiu est Butterfly

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Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly. Angela Gheorghiu, Madama Butterfly (Cio-Cio-San) ; Jonas Kaufmann, B. F. Pinkerton ; Enkelejda Shkosa, Suzuki ; Fabio Capitanucci, Sharpless ; Gregory Bonfatti, Goro ; Raymond Aceto, Le Bonze ; Cristina Reale, Kate Pinkerton ; Roberto Valentini, Yamadori ; Massimo Simeoni, Le Commissaire ; Fabrizio di Bernardo, un officier. Coro e Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia (chef de chœur : Norbert Balatsch), direction : Antonio Pappano. 2 CD EMI 264 187 2. Code barre : 5 099926 418728. Enregistré à la Sala Santa Cecilia, Auditorium Parco della Musica, à Rome du 7 au 19 juillet 2008. Texte en anglais traduits en allemand et en français. Livret en italien, français, anglais et allemand. Durée 2 h 15’12’’.

 

On a souvent reproché à Maria Callas d’avoir enregistré des opéras qu’elle n’avait pas chantés à la scène. La qualité de ses interprétations a démontré qu’on lui faisait un faux procès. Aujourd’hui, en fait de même. Lui ferait-on les mêmes critiques qu’au même titre que son illustre prédécesseure on se tromperait. Parce que est Madama Butterfly !

On sait la soprano roumaine extrêmement exigeante quand elle met en jeu sa réputation et son art. Son amour inconsidéré pour la musique de l’a amené à une vénération de son œuvre qui l’oblige à l’approcher avec une rigueur qui ne souffre pas l’à-peu-près. Déjà sa Rondine enregistrée en 1996 avait été unanimement saluée par la critique, tout comme son interprétation sensible de la Tosca de 2000. Aujourd’hui, signe une Madama Butterfly qui récoltera tous les lauriers et figurera sans aucun doute comme la nouvelle référence absolue de Madama Butterfly.

Vocalement, la soprano roumaine semble avoir atteint la plénitude de sa voix. A chaque nouvel enregistrement ses progrès vocaux sur le précédent album sont palpables. Où s’arrêtera-t-elle ? Ici, sa voix s’est enrichie d’une palette de nouvelles couleurs qu’elle exhale aussi bien en pleine puissance qu’en pianissimi éthérés. Avec cette infime retenue du chant, comme un léger retard dans l’émission de la note, elle sublime l’émotion, la profondeur et l’intériorité du personnage de Butterfly. Angela Gheorghiu pénètre pleinement l’ingénuité de cette femme-enfant pourtant déjà happée par l’amour inconditionnel de son bel officier. Pour ce subtil mélange de candeur enfantine et d’amour passionnel, le chant de la soprano roumaine se charge de couleurs comme aucune autre cantatrice n’a su offrir jusqu’ici. Jamais non plus la voix d’Angela Gheorghiu n’a été aussi belle, aussi homogène, aussi magnifiquement projetée. A chaque note, sa couleur, son souffle, son articulation. Tout dans son chant est le fruit d’une réflexion. Une réflexion sur la musique, une réflexion sur le texte. Plus encore que dans les airs les plus connus de l’opéra, c’est dans ses interventions mineures qu’on mesure l’étendue de son art consommé de l’interprétation. Sa prononciation absolument irréprochable la projette dans le théâtre total. Elle est le théâtre au point qu’on n’a plus l’impression qu’elle chante le texte mais qu’elle le dit en chantant. Jamais jusqu’ici une voix comme celle d’Angela Gheorghiu n’a chanté avec autant d’amour, avec autant de passion « Vogliatemi bene, un bene piccolino ». Et entendre sa voix s’assombrir magnifiquement quand elle évacue la tristesse de l’absence prolongée de Pinkerton dans son superbe « Un bel di vedremo ».

A ses côtés, le Pinkerton de est aussi somptueux que la soprano est bouleversante. La rencontre de ces deux chanteurs se mue en un miracle vocal. Deux grands musiciens qui s’investissent pour que vive l’intrigue au-delà du simple chant. Electrisé par la personnalité d’Angela Gheorghiu, le ténor allemand livre ici une interprétation empreinte d’une formidable théâtralité et d’une vigueur juvénile admirable. Les autres protagonistes ne sont pas pour autant en reste par rapport à la prestation d’Angela Gheorghiu et de . Ainsi (Sharpless) peaufine son personnage dans la noblesse d’un chant à la parfaite diction.

La froideur des studios d’enregistrement est rarement propice aux grandes interprétations. Pourtant, ici le miracle a eu lieu. Si les deux principaux protagonistes en sont les initiateurs exemplaires, la direction époustouflante d’ ne fait qu’ajouter à ces moments de grâce. Il mène l’Orchestre de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia aux portes de la perfection, tirant de ses pupitres une incroyable énergie. Rompu au travail de l’opéra, l’ensemble romain se surpasse en offrant un accompagnement admirablement contrasté. Alternant d’éclatants forte avec de langoureux pianissimi, il s’investit sans ménagement dans cette aventure musicale.

Et comme un bonheur ne vient jamais seul, la technique de l’enregistrement est elle aussi exceptionnellement réussie. L’équilibre sonore entre les chanteurs et l’orchestre est parfait. Les timbres orchestraux sont admirablement bien rendus. En définitive, un magnifique travail d’artisans conscients du moment particulier qu’ils vivent.

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