Boulez et l’Intercontemporain : toujours plus haut !

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Cité de la Musique. 24-III-2009. Pierre Boulez (né en 1925) : Incises, pour piano ; sur Incises pour trois pianos, trois harpes et trois percussions. Elliott Carter (né en 1908) : Concerto pour clarinette. Hideki Nagano, piano ; Jérôme Comte, clarinette ; Ensemble Intercontemporain, direction : Pierre Boulez

Il est des soirées qui comptent plus que d’autres et des concerts qui incitent à décliner tous les superlatifs. Ainsi ce 24 mars, à la Cité de la Musique, où retrouvait l’ pour un concert d’exception, présageant immanquablement des instants d’une rare intensité.

Tout semblait réuni pour y concourir. La pertinence d’une programmation, d’abord, qui arborait la griffe boulézienne. Le très ingénieux Concerto pour clarinette d’, au centre de la soirée, mettait en perspective – comme Boulez l’avait déjà fait à l’Auditorium du Louvre en novembre dernier avec Anthèmes et Anthèmes II – deux de ses partitions relevant du même work in progress : Incises, pour piano seul, débutant le concert, et sur Incises, son agrandissement pour trois pianos, trois harpes et trois percussions, dont le luxe instrumental n’a d’égal que la séduction sonore.

L’excellence de ses interprètes, ensuite. Face à la partition d’Incises, mettait au service de cette pièce, écrite en 1995 à l’occasion d’un concours initié par Maurizio Pollini, son geste éruptif, la précision de son toucher et l’exact dosage des sonorités d’une écriture alternant la brillance de déploiements virtuoses et l’impact résonant de ses figures dans le registre grave de l’instrument.

Le Concerto pour clarinette d’, une commande de l’Intercontemporain en 1996, confirmait le talent hors norme de , au faîte de son art dans cette pièce d’une vingtaine de minutes ne lui laissant presque aucun répit. On appréciait tout autant son engagement scénique, permettant une projection du son fabuleuse et le rayonnement de son timbre solaire, se confrontant ici à quatre groupes instrumentaux constitués : cordes, cuivres, bois et percussions. Très soucieux d’un équilibre sonore, qui s’avéra idéal, soulignait très finement la dramaturgie de cet itinéraire – le clarinettiste se déplaçait comme un personnage de théâtre – suscitant de beaux éclairages au fil des six mouvements enchaînés. Ainsi le «nocturne» très saisissant des cuivres, hanté par les mélismes de la clarinette, ou le Giocoso tout en éclats des mêmes instruments, galvanisant les réactions du soliste. Avec le magnétisme de son geste, Boulez fascine toujours par l’attention qu’il porte au son et à son énergie.

La seconde partie du concert nous laissait sur ces hauteurs avec l’une des plus belles interprétations de sur Incises, une pièce d’envergure – écrite pour les quatre-vingt-dix ans de Paul Sacher – dont l’élégance même du dispositif instrumental d’emblée impressionne. Eblouissantes également, sous la direction sereine du compositeur, cette fluidité de jeu des six interprètes, impulsant le mouvement du son dans l’espace, et la résultante de ce timbre inouï, né de l’alliage raffiné des cordes frappées et frottées et des résonances des percussions – vibraphone, marimba, cloches – incluant les énigmatiques steeldrums. En un mot : inoubliable !

Crédit photographique : © Aymeric Warmé-Janville

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