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Paris. Salle Pleyel. 1-IV-2009. Gustav Mahler (1860-1911) : Kindertotenlieder ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°9 en ré mineur A 124. Nathalie Stutzmann, contralto ; Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach

Le programme Mahler / Bruckner, proposé par l’ et , est d’une réelle cohérence, tant sur le plan musical que sur le plan intellectuel ou affectif. Les Kindertotenlieder de et la Symphonie n°9 d’ nous parlent de douleur, de deuil, d’affliction, mais aussi de cette extase – quasi mystique – que provoque parfois le douloureux frôlement de la Mort. On ne peut que se réjouir, en ces temps où l’on nous sert trop souvent d’infâmes propositions orchestrales pour remplir et «faire du chiffre», qu’un tel programme, exigeant, par son âpreté, pour les musiciens, le chef et le public, fasse salle comble !

Le pari était encore plus risqué d’ouvrir un tel concert par les Kindentotenlieder, sans aucune «mise en oreille» orchestrale préalable. Après le bruit et les fureurs d’une journée à Paris, happer l’auditeur et l’immerger immédiatement dans cette longue plainte funèbre que constitue l’enchaînement des cinq poèmes de Rückert, relevait presque de la mission impossible. (Aparté du rédacteur : il serait intéressant qu’un chef d’orchestre ose, une fois, l’interprétation sans interruption des cinq Lieder, évitant ainsi aux habituelles Mimi et Traviata abonnées des salles de concert, d’expectorer et d’agoniser à la moindre pause, rompant – presque – le sortilège musical !)

Mais une magicienne était présente ce 1er avril à la Salle Pleyel, la contralto Nathalie Stutzmann. En quelques secondes, elle a su gommer nos fatigues, nos soucis et nous transporter dans l’univers lumineusement funèbre des Kindentotenlieder. La palette vocale (toujours aussi incroyable), l’art de la nuance de cette récitaliste chevronnée et son implication presque physique dans l’écriture de Mahler sont envoûtants. L’expression de son visage et ses postures en sont aussi d’étonnants signes : on ne peut s’empêcher de songer aux images de Pasolini dans Médée… Des graves abyssaux aux aigus à la volupté létale, et dans une totale gémellité avec , elle entrouvre les portes de l’Ether.

Monument de contrepoint, partition colossale (par sa longueur, par l’effectif et l’intrumentarium qu’elle requiert), testament musical inachevé de Bruckner, la Symphonie n°9 est une œuvre exigeante, dont le maillage complexe impose – curieusement pour Bruckner – une vision précise et quasi analytique. Christoph Eschenbach nous donne presque à entendre le contraire, jouant sur une homogénéité globale qui devrait s’associer (à ce que l’on en comprend) à la longue montée mystique de la partition. Or, on reste perplexe face à cette lecture : naturellement inscrite dans les premier et troisième mouvements en une lenteur funéraire et extatique, la Symphonie n°9 n’a nul besoin d’être ainsi prise en étau. Trop de lenteur tue la lenteur… Trop d’extase tue l’extase. On saluera cependant les très belles prestations des cuivres (on n’entend pas tous les jours quatre bons tubas wagnériens !) et la performance précise et subtile du timbalier, un pupitre si cher à Bruckner, est à souligner.

Notons enfin que ces deux œuvres, qui nous parlent des tourments de la mort et du deuil, s’achèvent de la même façon : par un piano pianissimo des cordes, dont le son se fond peu à peu dans le silence… Probablement comme cette noire étincelle qui sépare l’instant de vivre de celui de mourir.

Crédit photographique : ã Nicolas Buisson

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Paris. Salle Pleyel. 1-IV-2009. Gustav Mahler (1860-1911) : Kindertotenlieder ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°9 en ré mineur A 124. Nathalie Stutzmann, contralto ; Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach

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