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Paris. Salle Pleyel. 05-IV-2009. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°4 en sol majeur op. 58 ; Symphonie n°6 en fa majeur « Pastorale » op. 68. Radu Lupu, piano ; Rundfunk Sinfonieorchester Berlin, direction : Marek Janowski.

Rundfunk Sinfonieorchester Berlin

Ainsi donc, en à peine un mois, aura amené à Paris les deux orchestres dont il est le directeur artistique, La Suisse Romande d’abord, et aujourd’hui l’Orchestre de la radio de Berlin, sien depuis 2002. A chaque fois le programme comprenait un concerto et une symphonie, et si nous avions trouvé le programme suisse hétérogène, rien à dire ce soir avec un concert tout Beethoven (jusqu’aux bis), dont les deux œuvres «officielles» furent créées le même soir, lors de ce fameux concert du 22 décembre 1808 à Vienne, qui vit aussi naître la Symphonie n°5.

Quatrième concerto oblige, c’est au pianiste que revint le privilège d’ouvrir les «hostilités», dans une atmosphère justement tout sauf hostile. Il se dégageait de l’introduction de un climat serein et poétique porté par une articulation d’une rare intelligence qui donna d’emblée le ton de tout le concerto. L’orchestra enchaina d’un pas feutré, pour prendre progressivement de l’ampleur, sans jamais exacerber les contrastes ni la dynamique. C’est d’ailleurs là le seul vrai reproche qu’on pourrait faire à l’interprétation de ce soir. Il en découla, principalement dans l’Allegro moderato, la sensation que le discours se contentait d’être poétique et agréable, sans être porté par une inexorable force directrice qui nous amène à un point précis. Quelle était la trajectoire du mouvement, où en était le sommet, ce n’était pas si clair. Et finalement la seule et paradoxale réponse pour une interprétation anti virtuose dans la plus noble acceptation du terme, était que la seule cadence en constituait le sommet. Ce qu’à admirablement assumé le pianiste. L’Andante con moto rapprocha piano et orchestre plus que ne le font les interprètes d’influence baroque qui accentuent volontiers le contraste entre le sempre staccato de l’orchestre et le molto cantabile du piano. Point de cela ce soir où la continuité piano-orchestre, admirablement habitée par Lupu, était nettement favorisée, permettant à ce court mouvement de s’écouler d’une seule foulée. Et d’ouvrir sur un Rondo vivace enlevé plus que jubilatoire. Cette version, toute emprunte d’une noble musicalité, classiquement réalisée, sans excès d’aucune sorte, intéressait surtout pour l’intelligence de jeu du pianiste et pour la sobriété de l’accompagnement symphonique.

Et si nous n’avons encore rien dit de l’orchestre, c’est qu’il n’y avait rien à dire sinon qu’il fonctionnait fort bien, avec un bel équilibre des pupitres malgré la disproportion numérique entre cordes et vents. Et qu’il se montra largement à la hauteur de la tâche dans la «Pastorale» où le chef choisit des tempi plutôt vifs, mais pas extrêmes, qui évitèrent élégamment le piège des fameux motifs répétitifs constitutifs des deux premiers mouvements. Il nous a semblé que Janowski avait justement choisi ses tempi pour exécuter le plus confortablement possible cette œuvre, éliminant les risques du très vite qui savonne phrasés et expression, ou du très lent tellement difficile à réussir mais incomparable pour qui sait atteindre ce Saint Graal. Janowski n’a ainsi pas voulu jouer avec le feu et a exécuté cette symphonie le plus proprement et le plus classiquement du monde. Ce qui a parfois du bon, surtout dans des œuvres assez rabâchées où les surprises sont rares et pas toujours géniales. La seule «légère» surprise a été l’usage ici ou là de petites respirations ou d’un léger rubato, ce que ce chef a toujours manié avec la plus grande parcimonie sinon réticence, au risque, comme parfois ce soir, de manquer de naturel, sans gravité toutefois. Par contre, si Beethoven n’a pas indiqué dans cette symphonie de fff, il nous a semblé que le chef aurait pu donner un peu plus d’intensité aux ff (et symétriquement les pp) marquant ainsi un peu mieux les différents sommets de l’œuvre et donnant un surplus d’ampleur à son interprétation. Néanmoins, cela restera une belle interprétation, classique, professionnelle, bien faite, sans doute le meilleur Janovski que nous ayons entendu jusqu’ici.

Le chiffre «8» était à l’honneur dans les bis puisque nous offrit un magnifique Adagio cantabile de la Sonate n°8 et Janowski finit la soirée sur un (moins convainquant) Allegretto scherzando de la Symphonie n°8.

Crédit photographique : Radu Lupu © DR

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Paris. Salle Pleyel. 05-IV-2009. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°4 en sol majeur op. 58 ; Symphonie n°6 en fa majeur « Pastorale » op. 68. Radu Lupu, piano ; Rundfunk Sinfonieorchester Berlin, direction : Marek Janowski.

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