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Crédit photographique : Vassilis Christopoulos © Patrick Pfeiffer ; Quatuor Léonis © Eve Magnère

Les sept dernières paroles du Christ en croix

vassilis_christipoulos1Avignon. ENMDT Conservatoire. 27-III-2009. (1732-1809) : Les Sept dernières paroles du Christ en croix. Roland Conil, piano ; Serge Barbuscia, récitant

Avignon. Chapelle Saint-Louis. 01-04-2009. (1732-1809) : Les Sept dernières paroles du Christ en croix. Quatuor Léonis : Thomas Gautier, 1er violon ; Guillaume Antonini, 2nd violon ; Alphonse Dervieux, alto ; Jean-Lou Loger, violoncelle. Alain Timar, récitant

Avignon. Eglise Saint-Pierre. 05-04-2009. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°96 dite « Le Miracle » ; Les Sept dernières paroles du Christ en croix. Kaoli Isshiki, soprano ; Isabelle Ruban, alto ; Philippe Noncle, ténor ; François Gauthier, basse. Chœur Régional Vocal-Provence (chef de chœur : Vincent Recolin). Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence, direction : Vassilis Christopoulos

Une grande première, que cet œuvre de Haydn dans ses trois versions, proposées d’ailleurs dans l’ordre inverse de la composition, pour célébrer le bicentenaire de la mort du compositeur. C’est l’association Musique Sacrée en Avignon, très active – on lui doit une bonne partie des hommages à Messiaen en 2008 – qui poursuit ainsi avec divers musiciens, locaux ou non, une fructueuse collaboration engagée il y a de longs mois.

En mars 2008 en effet, et autour de Messiaen, elle avait proposé un magnifique Roi David de David Honegger, interprété par l’Olrap et par Serge Barbuscia, voix biblique superbe et généreuse. C’est au même récitant, directeur du Théâtre du Balcon, que Musique sacrée a confié la première version de ces Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn. Un long travail commun antérieur a assuré entre le récitant et le pianiste, Roland Conil professeur de piano au Conservatoire, une parfaite harmonie. Aux sept courtes phrases du texte de Haydn (les sept dernières paroles du Christ en croix : Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font ; Aujourd’hui tu seras avec moi en Paradis ; Femme, voici ton fils ; Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? J’ai soif ; Tout est consommé ; Entre tes mains, Seigneur, je remets mon esprit), en français, Serge Barbuscia avait adjoint, en écho, des extraits, poignants de Primo Levi (Si c’est un homme) qui en soulignaient la portée, à la fois humaine et métaphysique : Tremble, tremble, Golgotha… Et le Golgotha, comme le public, dans le bel auditorium du Conservatoire rénové, ancienne chapelle tout en bois et pierre blanche, a vraiment tremblé, à la fois très intime et totalement terrible.

La version quatuor-récitant, donnée quelques jours plus tard, a fait la part belle au talent des violons. Thomas Gautier (1er violon), les paupières intensément tournées vers son monde intérieur, a joué en virtuose une partition proprement céleste, tandis que Guillaume Antonini (2nd violon) semblait nourrir ses yeux et son jeu de toute la richesse du monde auquel il s’ouvrait. L’alto, en dialogue tantôt avec les violons tantôt avec le violoncelle, et le violoncelle, dans la sereine et sombre cadence d’un cœur qui bat, qui bat, qui ne cesse de battre malgré la mort qui s’avance, ont donné à l’ensemble la sourde profondeur nécessaire. Ainsi, le fortissimo final du tremblement de terre fut parfait dans son éclat presque véto-testamentaire. Quant au lecteur Alain Timar, directeur du Théâtre des Halles, il avait choisi la simplicité tonale pour le texte, en accord avec la sobre chapelle et le soir qui tombait doucement.

La version orchestre-choeur-solistes, elle, fut inévitablement somptueuse. Alternant comme les précédentes le texte a capella (ici en allemand) et la musique, elle avait réuni dans l’église Saint-Pierre une foule de mélomanes, dont certains avaient déjà apprécié la version précédente, mais dont beaucoup restaient sur la frustration de n’avoir pu entendre la version piano (les réservations avaient quasiment explosé dès ls premiers jours !). Entendre ensemble l’Olrap et le Vocal- Provence, tous deux en situation encore précaire malgré un semblant d’apaisement, tient toujours un peu du miracle. Le tout jeune Vassilis Christopoulos, chef de l’Orchestre Philharmonique d’Allemagne de l’Ouest de Constance, les a dirigés avec une exquise sensibilité, en harmonie avec les chanteurs, chœur ou solistes, modulant avec eux, et tout aussi disponible pour l’orchestre. Il avait présenté en quelques mots (polyglotte, il manie la langue de tout autant que celle de Kazantzakis et bien d’autres) les diverses facettes d’un compositeur dont il allait offrir en première partie la fougue joyeuse et l’enthousiasme exultant, rappelant l’anecdote qui avait valu son nom (Le Miracle) à la Symphonie n°96 : un lustre était tombé pendant que Haydn répétait l’œuvre, sans faire de victime…

Notre place, au premier rang sur le côté, excellente pour bien voir, l’était moins pour bien entendre. Ou plutôt elle s’est révélée cruelle quand elle nous a livré dans toute sa rudesse l’attaque trébuchante de la basse François Gauthier au 4e mouvement. Et surtout elle nous a lancé des aigus acides, voire aigres, tant des choristes que de la délicieuse soprano Kaoli Isshiki dont nous connaissions pourtant le velouté cristallin. Nous faisons donc confiance aux oreilles averties des spectateurs « du centre » pour accuser une altération malencontreuse du son vers les nefs latérales.

Rendons hommage à Musique sacrée en Avignon, qui offre toute l’année une programmation d’excellente qualité, en particulier l’œuvre d’orgue de Messiaen en 2008, celle de Mendelssohn cette année, ainsi que de nombreuses manifestations pour mettre en valeur le patrimoine instrumental d’une région où s’est installé notamment le célèbre facteur Pascal Quoirin.

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Crédit photographique : Vassilis Christopoulos © Patrick Pfeiffer ; Quatuor Léonis © Eve Magnère

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