Un menu bien trop riche pour un Vendredi saint !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Avignon (Montfavet). Salle Polyvalente. 10-IV-2009. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Zaïs, ouverture. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.35. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie de chambre op.110A. Serge Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°1 « Classique » en ré majeur op.25. Sergej Krylov, violon. Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence, direction : Rossen Milanov

Olrap

Sous une apparente unité thématique – la tradition russe -, c’est un festin bien trop riche et trop varié qui nous a été servi – hasard du calendrier – en un jour dévolu au jeûne. Mais enfin, la table était dressée…

En hors-d’oeuvre, comme il se doit, et en toute modestie, la création du monde, le chaos primitif et le choc des éléments originels. Tel est en effet le propos de l’ouverture de Zaïs, avec un assortiment d’antipasti pour nous mettre en appétit : coups de timbale, effets de cordes, tourbillons des vents, modulations audacieuses…

En plat de résistance, avait été concocté le célébrissime Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski ; toutefois les mets les plus réputés, c’est bien connu, ne sont pas nécessairement les plus faciles à réussir, et le destinataire originel lui-même, Léopold Auer, avait décliné le cadeau. Pour la recette de ce jour, prenez donc un violoniste moscovite, , à la fois soliste et chambriste, récemment nommé directeur musical de l’Orchestre de chambre de Lituanie, et très marqué par Mstislav Rostropovich avec qui il a joué plusieurs fois ; donnez-lui doubles et triples croches, arpèges, trilles, accents tziganes ; remuez allegro moderato (peut-être un peu trop moderato ici), puis canzonetta, enfin allegro vivacissimo. Rajoutez un orchestre au mieux de sa forme. Délayez avec un chef bulgare aux gestes sobres mais efficaces, Rossen Milanov, nommé en 2005 meilleur musicien de l’année dans son pays natal, directeur artistique du New Symphony Orchestra à Sofia, ainsi que de l’Orchestre de Philadelphie au Mann Center, chef principal de l’Orchestre National de la Radio Bulgare et directeur musical du Symphony in C dans le New Jersey (orchestre de perfectionnement pour jeunes professionnels aux Etats-Unis). Et dégustez ! La plupart des convives ont savouré sans réserve. Nous avons trouvé pour notre part que, avec des ingrédients d’une telle qualité, il manquait malgré tout, oh si peu, un tout petit peu de liant et d’onctuosité entre l’orchestre, le soliste et le chef. Ce petit supplément de saveur qui offre une ultime étoile au maître-queux !

En guise de pause gourmande, le soliste s’est ensuite magnifiquement débridé dans une Toccata étourdissante ; oui, sur un violon lumineux, la Toccata et fugue en ré mineur BWV 565, mondialement connue du tout jeune Bach. Puis un Caprice de Paganini dont l’effet était assuré !

Plat de résistance ? Mais non, ce n’était donc que l’entrée ? Car le festin s’est poursuivi. Avec un sans-faute absolu. Tout était parfaitement dosé, des pianissimi aux fortissimi et inversement, entre l’exquise délicatesse se fondant en un accord muet et le bouleversant déchaînement des tutti, tout était succulent. Ce « chant russe à la mémoire des victimes de la Révolution » selon son auteur, cette Symphonie de chambre arrangée par Rudolf Barshaï d’après le Quatuor à cordes n°8 de Chostakovitch fut un régal, où l’on a pu apprécier séparément, et pleinement, les saveurs de chaque pupitre.

Plus festif évidemment fut Prokofiev (cerise sur le gâteau ?), et ce dessert (la Symphonie n°1 tout de même !) fut une harmonie parfaitement mijotée de rythmes, de mélodies, d’effets divers, sur un fond de staccato goûteux du basson. Riche ? vous avez vraiment dit trop riche ?

Crédit photographique : Rossen Milanov – DR

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