Henri Dutilleux : Le feu, la grâce

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 07-V-2009. Maurice Ravel (1875-1937) : Ma mère l’Oye ; Henri Dutilleux (né en 1916) : Le temps, l’horloge, mélodies pour soprano et orchestre (Création mondiale de l’œuvre intégrale) ; Hector Berlioz (1803-1869) : Roméo et Juliette, extraits symphoniques. Renée Fleming, soprano ; Orchestre national de France, direction : Seiji Ozawa.

Ce 7 mai 2009, le Théâtre des Champs-Elysées bruissait de la folle rumeur des grands soirs : et (dédicataires de la partition) ont créé la dernière œuvre en date d’, Le temps, l’horloge. Ce cycle de mélodies pour soprano et orchestre, sur des textes de Jean Tardieu, Robert Desnos et Charles Baudelaire fut joué partiellement en 2007 au Japon : commande conjointe de l’, du festival nippon Saito Kinen et de l’Orchestre symphonique de Boston, l’œuvre avait été donnée sans la quatrième mélodie (sur «Enivrez-vous» de Baudelaire), car … n’en avait pas achevé la composition. Connu pour sa lenteur à écrire (mais est-ce un défaut ?), le Maître n’avait pas pu livrer l’ensemble à temps.

Ce cycle assez bref (environ seize minutes) fut un instant étrange et précieux, intégralement bissé après la longue et émouvante standing ovation réservée au compositeur.

Etrange car une césure évidente apparaît dans l’œuvre, entre la partie créée au festival Saito Kinen et la dernière mélodie : précédée d’un court intermède orchestral (aux réminiscences mahlériennes) «Enivrez-vous» est d’une poignante beauté, un air qui résonne comme un testament joyeux et funèbre à la fois ! Un air qui sollicite aussi le registre aigu et la virtuosité de la soprano.

Précieux par la densité orchestrale et l’écriture cinglante d’Henri Dutilleux. L’instrumentarium est étonnant… Aux côtés des «composantes» du grand orchestre traditionnel, on entend de l’accordéon, du clavecin, du célesta… Pied de nez malicieux d’un «monstre sacré» de la musique française.

Dans la première interprétation, semblait tendue, dans ses postures et dans son chant : qui ne l’eût été en de pareilles circonstances ? Après l’incroyable hommage à Monsieur Dutilleux, qui descendit le parterre pour saluer ses interprètes, la soprano américaine sembla libérée et nous livra une seconde version de l’œuvre : soudainement charnelle et se jetant dans un corps à corps incroyable avec les mots et la musique.

Pour «accompagner» la création d’Henri Dutilleux, grand architecte des timbres, il semblait presque évident d’entendre Ma mère l’Oye de Ravel et des extraits du Roméo et Juliette de Berlioz. Père «rythmique» de Dutilleux, a composé, avec Ma mère l’Oye, une partition d’une grande souplesse rythmique et mélodique, qui s’appuie sur une orchestration raffinée. La musique de Ravel, magicien des timbres, de l’espace et du mouvement, est un pré carré pour le maestro . Celui-ci nous livre, (sans partition ni baguette), un pur moment de bonheur, fait de transparences et de fureurs, même si l’Orchestre national de France semble peiner dans les deux premières pages. Berlioz, immense mélodiste et orchestrateur, et son Roméo et Juliette, fermaient ce concert si particulier.

Crédit photographique : Henri Dutilleux © DR

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