Concerts, La Scène, Musique symphonique

Joyeux désordre et bonne soirée !

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 07-V-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n°21 en do majeur KV467 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 en ré majeur « der Titan ». Rudolf Buchbinder, piano ; deFilharmonie, direction : Jaap van Zweden.

deFilharmonie

L’orchestre belge deFilharmonie (ou ), présenté dans le programme comme «un orchestre moderne et stylistiquement flexible», proposait, au Palais des Beaux-Arts, une soirée séduisante. C’est du moins ce que l’on suppose en considérant la foule qui grouillait sur les rougeurs de la salle… Grouillait tant et si bien que le pianiste et le chef traversent la scène dans l’indifférence du parterre qui gesticule et se place, se déplace, s’assied à nouveau, se relève et s’effondre, dans un esprit d’indiscipline joyeuse.

Le premier mouvement du concerto de Mozart est remarquablement joué. Un mélange très pur de fragilité et de suffisance, un équilibre soigné entre le jeu tantôt sourd ou plutôt droit de et les suggestions colorées de l’orchestre. Un instant d’exactitude et le retour des chenapans : mouvement terminé, applaudissements de triomphe, des gens bougent et changent de place, se relèvent et s’asseyent, sursautent et s’enfoncent. Le célèbre second mouvement n’a pas la force du premier, l’orchestre ne peut suivre les murmures du pianiste et s’épanche malgré lui… Comme le joyeux public, qui brise un éventuel miracle en raclant toutes ses gorges avec emphase… Les mélomanes s’effrayent et rouspètent : «on le veut, notre tube» ! Et les applaudissements nourris font la transition avec l’Allegro final, comme une fête, un peu secoué. Triomphe, encore. Les publics indomptables sont souvent les plus chaleureux…

L’orchestre (et le pianiste) ont dégagé une précision hautement raffinée sans la contenir pendant un concerto entier. Une perfection sporadique qui rassure et réjouit car elle a existé, au moins… Et Mahler. Mahler spectaculaire, énigmatique, tendre ou grinçant. Mahler titanesque et sa Symphonie n°1. Scène comble, du monde et du son à venir. La musique commence, immobile, fanfares et coucou… Trois trompettistes égarés (le bar prolongeait-il l’entracte ?) tentent le plus discrètement possible (devant 2000 personnes…) de se frayer un passage vers leurs pupitres. Soirée d’indiscipline, encore… L’orchestre prend le temps d’exprimer les idées musicales du premier mouvement en faisant respirer les timbres, en laissant se développer justement chaque motif ou tempo. Si l’ensemble manque un peu de soutien, d’une lame de fond qui traverse et relie chaque couleur, la perspective d’un monument symphonique donne une attention accrue et nécessaire à l’auditeur qui reçoit religieusement (pour la première fois de la soirée) toutes ces propositions. Le Ländler est vigoureux, puissant, brillamment vulgaire et Frère Jacques en mineur chante avec une paisible sobriété. Bien. Le tout ponctué des applaudissements généreux du public qui ne se lasse pas d’être heureux, même trop tôt, chaque fois… Le finale est un sursaut dramatique, une résurrection phénoménale dans laquelle l’orchestre déploie toute sa puissance, plein gaz et panache. Le public est debout pour dePhilarmonie et son chef (ancien Konzertmeister du Koninklijk Concertgebouworkest) depuis septembre 2008, . Triomphe, enfin…

Crédit photographique : © DR

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 07-V-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n°21 en do majeur KV467 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 en ré majeur « der Titan ». Rudolf Buchbinder, piano ; deFilharmonie, direction : Jaap van Zweden.

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