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Salinas, du mystère à l’hypnose

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 14-V-2009. Ernest Chausson (1855-1899) : Viviane, poème symphonique op. 5 ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol majeur op. 22 ; Richard Dubugnon (né en 1968) : Le songe de Salinas, cinq mélodies pour mezzo-soprano et orchestre, op. 36, sur des poèmes de Stéphane Héaume. (Création mondiale) ; Albert Roussel (1869-1937) : Le festin de l’araignée, fragments symphoniques op. 17. Rafal Blechacz, piano ; Nora Gubisch, mezzo-soprano ; Orchestre national de France, direction : Fabien Gabel.

Après la première interprétation intégrale du cycle de mélodies d’Henri Dutilleux, Le temps, l’horloge, l’ nous conviait (sept jours plus tard) à la création mondiale d’un autre cycle pour voix et orchestre, Le songe de Salinas : partition du compositeur , (récent lauréat du dixième Grand prix lycéen des compositeurs, récompense portée avec passion depuis l’an 2000 par La lettre du Musicien), cet ensemble de mélodies pour mezzo-soprano et orchestre est une page envoûtante, presque hypnotique.

On devrait probablement qualifier cette œuvre de «scène lyrique», tant sa force poétique et textuelle la rapproche d’Erwartung… Les mots de Stéphane Héaume s’imbriquent avec une vénéneuse volupté dans les méandres musicaux de Dubugnon. Le fruit du travail de ces deux artistes, à qui l’on devait déjà deux cycles pour voix et orchestre, fournirait une jolie définition musicale au substantif «osmose». La partition de alterne des passages lents (à la touffeur oppressante) et des séquences rythmiques ciselées et cinglantes.

Quelle meilleure créatrice pour une telle œuvre que  ? Sa seule silhouette, prise en un fourreau de moire grise, nous ouvrait les portes du songe. Son timbre, capiteux et enivrant, devenant alors un matériau idéal pour le compositeur et l’auteur ; et quel troublant parallèle entre l’« Enivrez-vous» jeté au monde par Renée Fleming (dans Le temps, l’horloge) et les derniers mots de dans ce Songe de Salinas : «Emparez-vous de moi, criminelle du silence, ange de la démence, Salinanimé, Salinas assassiné».

Mais le festin musical auquel nous conviait l’Orchestre national de France, (en grande forme et d’évidence heureux de jouer avec l’excellent chef ) ne s’arrêtait pas là : le jeune pianiste polonais nous emporta dans son sillage, avec une interprétation ébouriffante et sensible du Concerto n°2 de Saint-Saëns. Des extraits du Festin de l’araignée d’ mettaient un joli point final à cette soirée de musique française.

Crédit photographique : Richard Dubugnon © Marie-Sophie Leturcq

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