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Le Doux Jésus d’André Caplet

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André Caplet (1878-1925) : Le miroir de Jésus. Béatrice Gaucet, soprano ; Annick Roussin et Claire Rapin, violon ; Pierre-Henri Xuereb, alto ; Jérôme Pernoo, violoncelle ; Bernard Cazauran, contrebasse, Fabienne Pierre, harpe ; Chœur Britten et Enfants solistes de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, direction : Nicole Corti. 1 CD Saphir LVC 1105. Code-barre : 3760028691051. Enregistré en novembre 1995 en la chapelle du musée du Périgord, à Périgueux. Notice bilingue (français, anglais). Durée : 70’10’’.

 

«Vous mon ami le plus cher… Vous avez au plus haut degré les belles qualités de ténacité, particulières à votre race, auxquelles vous ajoutez un prodigieux instinct de la musique…». Ces quelques mots de Claude Debussy prouvent en quelle estime il tenait André Caplet. Ce dernier se dévoua d’ailleurs à l’œuvre debussyste, orchestrant Children’s corner, La boîte à joujoux ou Clair de Lune, dirigeant aussi les créations anglaise et américaine de Pelléas et Mélisande.

Mais loin d’être un seul zélateur des partitions de son ami, Caplet composa aussi une œuvre forte et surprenante, souvent teintée de mysticisme et placée sous les influences de César Franck, Claude Debussy. Il était très sensible aux travaux de l’Ecole de Vienne, en particulier aux œuvres d’Arnold Schœnberg.

Le miroir de Jésus fut écrit entre avril et septembre 1923, d’après des poèmes d’Henri Ghéon, auteur converti au catholicisme qui tenta de retrouver les traditions du théâtre religieux du Moyen Age. On trouve en exergue de la partition la phrase suivante : «Le miroir de Jésus, quinze petits poèmes sur les saints mystères du Rosaire qu’Henri Ghéon composa et qu’ de musique illustra». La candeur de la formule évoque, comme l’écrit Jean-Yves Bras dans le très bon texte de présentation de ce CD, «le principe de l’enluminure médiévale contemporaine de Saint-Dominique (1170-1221), l’initiateur du Rosaire».

Caplet en suit d’ailleurs fidèlement la structure (trois chapelets, chacun comprenant cinq dizaines) et précise : «Mes intentions sont d’utiliser comme accompagnement le quatuor à cordes et la harpe ; de faire précéder chaque groupe du Mystère (de joie, de peine, de gloire) d’un petit prélude confié aux seuls instruments à cordes, et d’utiliser un groupe de voix de femmes (neuf voix seulement divisées en trois) pour agrémenter comme fond sonore les Mystères joyeux et les Mystères glorieux. »

Il existe actuellement deux versions disponibles, celle dirigée par Bernard Tétu avec le quatuor Ravel, et l’autre, plus «plâtreuse» menée par Philippe Bender. La version livrée sur ce CD (enregistré en 1995 !) prend une option risquée : l’ascèse dans l’ascèse ! , à la tête du chœur Britten et de cinq excellents musiciens, choisit en effet d’exalter les transparences et les pourtours diaphanes de cette étrange partition, teintée de chant grégorien. Ce climat d’extase mystique est accentué par la lecture de la soprano Béatrice Gaucet : détimbrant volontairement, elle ouvre des perspectives surprenantes. Ici, aucun lyrisme, juste l’expression d’une foi qui se fond dans les chœurs et les envolées de harpe, instrument cher à Caplet ! Dans les derniers mots de l’ultime dizaine, «Couronnement au ciel», la voix de Béatrice Gaucet s’embrase soudainement, dans une étonnante séquence en Sprechgesang écrite par le compositeur.

Un bel enregistrement, qui requiert cependant de l’auditeur disponibilité et quiétude. On ne peut s’empêcher de songer à ces mots prononcés en mars 1925 par , quelques jours avant sa mort, lors d’une promenade au bord de cette mer qu’il aimait tant : «Mais pourquoi ne pas partir sur une de ces barques ? On s’embarquerait sur la mer et l’on ne reviendrait plus».

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André Caplet (1878-1925) : Le miroir de Jésus. Béatrice Gaucet, soprano ; Annick Roussin et Claire Rapin, violon ; Pierre-Henri Xuereb, alto ; Jérôme Pernoo, violoncelle ; Bernard Cazauran, contrebasse, Fabienne Pierre, harpe ; Chœur Britten et Enfants solistes de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, direction : Nicole Corti. 1 CD Saphir LVC 1105. Code-barre : 3760028691051. Enregistré en novembre 1995 en la chapelle du musée du Périgord, à Périgueux. Notice bilingue (français, anglais). Durée : 70’10’’.

 
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