Une soirée au concours Reine Élisabeth…

Concours, La Scène

Bruxelles, Grande salle du Conservatoire Royal de Bruxelles. 14-V-2009. Demi-finalistes du concours Reine Élisabeth. Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, direction, Paul Goodwin.

CMIREB 2009

Le Concours Reine Élisabeth est consacré au violon cette année, suivant l’alternance d’usage avec le chant et le piano. Pendant un mois et demi, la Belgique musicale est submergée par une jeunesse virtuose internationale. Car bien au-delà d’une compétition renommée qui promet la reconnaissance des talents de demain, l’événement ne laisse personne ignorer son visage, au prix d’une importante médiatisation. Radios, télévisions, Internet : chaque foyer mélomane peut bouder ou pronostiquer le déroulement des épreuves, mais l’oublier, jamais.

Après la première épreuve éliminatoire, qui faisait la part belle à Bach, aux Caprices de Paganini, à l’imposé Concerto n°1 de Béla Bartók, vingt-quatre demi-finalistes vont se distinguer ou disparaître en combattant deux fois : lors d’un concerto de Mozart et lors d’un récital, trois quarts d’heure de musique variée et sélectionnée par un jury à la hauteur du prestige accordé au concours. L’, sous la direction de , soutient chaque candidat dans l’un des trois grands concertos de Mozart (n°3, 4 et 5), avant de laisser le violoniste s’exprimer seul ou sur un piano.

Ce jeudi soir, quatrième des six jours pour les demi-finales, la salle du Conservatoire de Bruxelles s’ouvraient pour quatre candidats, deux concertos de Mozart, deux récitals, trois heures de concert. Sur la scène, dans la salle, du désordre ou de l’effervescence, entre les projecteurs, les caméras de télévision, les personnalités, la radio, le public et les étudiants, les familles, les parieurs, … Un regard un peu gai s’amuse du cadreur qui se cache devant l’orgue, derrière les chaises d’orchestre, des gens qui se font maquiller au balcon, des autres qui cherchent une place au risque de se perdre ou bien se disputer… Car le concours fait salle comble ou presque, et d’autant plus ce soir où l’une des deux candidats belges défend son concerto. Mélomanes et supporters, étudiants musiciens, snobs ou égarés, chacun trouve sa place, et le concours commence. Entrée glorieuse du jury, présentation bilingue, et deux Concerto n°5 de Mozart… Oui, c’est le risque du concours, le programme se répète, chacun pourra choisir… Pas de réelle surprise, le concours n’est pas un concert : l’orchestre fait son job, pas trop fort, et n’exprime pas grand-chose, le violon est roi ce soir, c’est lui que l’on écoute, qu’il faut bien écouter. Une coréenne et la «régionale de l’étape», une robe jaune, une robe rouge. Yang Jung Yoon ressemble à une musicienne que l’on va juger… ; quelques scories au départ, avant de se détendre. Mozart ou la mise à nu, une musique qui ne se donne pas d’elle-même, comme un gros plan sur le jeu, pour que chacun puisse voir, entendre, et comprendre. La coréenne s’enlise, à force de chercher du son, de rentrer dans la corde, rien jamais ne s’envole, le concerto prend des rides. Mozart a sévi, hélas il a trop peu chanté… La tension monte encore lorsque Jolente De Maeyer vient stimuler un peuple et lui donner Mozart. Mais la jeune Belge, que l’on sent musicienne et bien joliment, ne parvient à mener ses idées jusqu’au bout, de belles idées, sans doute, mais pas pour cet instant. De la pression, peut-être, rien de plus légitime… Quoi qu’il en soit, elle n’arrive jamais à se libérer, et sa prestation, pourtant bien commencée, disparaît peu à peu sous quelques imprécisions, puis sous les applaudissements d’un public bienveillant.

La deuxième partie de soirée donne de nouvelles émotions : deux récitals, et de mieux en mieux. La coréenne Park Ji-Joon commence par l’œuvre inédite, imposée, du compositeur belge  : V…. V comme vigoureux pour Park Ji-Joon, comme la marque d’une prestation placée sous le signe de l’énergie. Un jeu ferme, brillant, très sûr, qui fait merveille dans l’imposée (encore…) Sonate en mi majeur du belge (le genre de musique écrite pour un violoniste à six doigts, double archet…), le même Ysaÿe et son Caprice d’après l’étude en forme de valse de Saint-Saëns, le remarquable Subito (1992) de Witold Lutoslawski et le célèbre (et très joué au concours) Tzigane de Maurice Ravel, un Tzigane qui révèle en plus un heureux son granuleux, nouvel exemple d’une palette sonore. Mais c’est avec la japonaise Mayu Kishima que la soirée prend véritablement sa valeur. Si le jeu solide de la Coréenne impressionnait, il manquait d’une certaine souplesse, de mouvements plus coulés. Mayu Kishima impose, dès le départ et la pièce de , son tempérament fort et son jeu naturel. Très sensible, l’archet sur la corde, à fleur de peau ou voluptueusement engagé. Fragile et tempétueux ; les climats s’enchaînent avec insouciance dans la Sonate d’Ysaye ou Distance de fée de Takemitsu, banquet céleste et sonore. Pas beaucoup plus grande debout que le pianiste bien assis, la Japonaise s’empare de la scène, sans vergogne, et joue si vite la Valse-Scherzo de Tchaikovsky ou si tendrement le Poème élégiaque d’Ysaÿe. Un violon généreux, pas toujours limpide ou parfaitement contrôlé, mais réjouissant de caractère ! À très bientôt, sans doute… Il est passé vingt-trois heures, la salle se vide, les jugements se précisent…

Crédit photographique : CMIREB © CMIREB

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