Prokofiev, Gergiev suite et fin

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 18/19-V-2009. Sergueï Prokofiev (1891-1953)  : Symphonie n°3 en do mineur op. 44 ; Concerto pour piano n°3 en do majeur op. 26  ; Symphonie n°4 en do majeur op. 112 (version révisée en 1947). Symphonie n°4 en do majeur op. 47 (version originale révisée en 1947) ; Concerto pour violon n°2 en sol mineur op. 63  ; Symphonie n°5 en si bémol majeur op. 100. Lang Lang, piano  ; Vadim Repin, violon. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev.

Deuxième partie du cycle Prokofiev, ces concerts reprenaient le découpage déjà appliqué lors des concerts précédents, (pour chaque soir), un concerto encadré par deux symphonies. L’originalité de la programmation, et le nombre impair de symphonies composées par Prokofiev, a permis d’entendre les deux versions de la Symphonie n°4, séparées de dix sept années. Et pour l’accompagner dans les concertos, le chef a fait appel à deux stars, le pianiste et le violoniste .

Nous avons retrouvé ce style fait de sérieux, de sobriété, de concentration et de rigueur, le tout porté par une remarquable performance orchestrale. Néanmoins, la limite de ce choix interprétatif est sans doute apparue lors de cette série : favorisant l’exactitude de l’exécution – irréprochable – mais ne répondant pas à la question principale : «Pourquoi le compositeur à-t-il écrit ça comme ça ?».

Le propre des grandes interprétations est d’apporter une réponse à cette interrogation, donnant à l’auditeur la délicieuse sensation d’avoir compris de ce qu’il venait d’entendre. Ce n’est pas le cas ici… La faute en revient aux phrasés d’une trop grande neutralité, peu porteurs d’expression, le chef jouant uniquement sur la dynamique, mais fort peu sur l’accentuation. Outre un choix de tempos trop retenus par instants, le seul reproche que nous ferons au chef est de nous faire admirer la performance globale plutôt que d’apprécier le détail de l’interprétation.

La partie concertante fut plus contrastée, avec deux fortes personnalités invitées, apportant chacune leur «patte». De toute évidence, le plus attendu par le public était , dans le formidable Concerto pour piano n°3, un des sommets de l’œuvre de Prokofiev. A l’applaudimètre, le pianiste chinois, très spectaculaire, virtuose et se jouant des difficultés, n’a pas déçu son public. Nous resterons plus réservés devant sa prestation un peu maniérée, doublée d’un relatif manque de puissance, d’autant que le chef a fait sonner son orchestre, couvrant assez facilement le piano lors des forte.

Le lendemain nous retrouvions un Gergiev plus subtil accompagnateur dans le Concerto pour violon n°2, joué tout en nuance et retenue par . A l’opposé de Lang Lang, la veille ! Le choix de tempo fut assez surprenant tout au long de ce concerto, très retenu, sans doute un peu trop, en particulier dans le second mouvement où les pizzicati étaient si éloignés les uns des autres que la phrase en était presque dissoute. Mais la trop grande retenue de cette version (à nos oreilles peu convaincante), nous a semblé plus intéressante et plus personnelle que celle du Concerto pour piano et orchestre.

Saluons l’initiative originale de Vadim Repin, qui décida de nous offrir en bis le second mouvement de la Sonate pour deux violons de Prokofiev, qu’il joua avec Andrew Havernon, violon solo de ces deux concerts. Belle idée et belle réussite musicale.

Les deux versions de la Symphonie n°4 côtoyaient la plus grande des symphonies de Prokofiev, la célèbre n°5 Op. 100. La version initiale de la Symphonie n°4 apparaissait plus originale et inspirée que sa révision, qui intervint après l’écriture des Symphonies n°5 et n°6. Prokofiev voulait donner à sa Symphonie n°4 une ampleur et une intensité plus grandes, mettant en œuvre le savoir faire qu’il avait acquis entre temps. Il y réussit mais la version révisée parait plus «fabriquée» et attendue que l’originale. Quant à la Symphonie n°5, chef-d’œuvre de tout le corpus, elle aurait mérité plus d’implication dans les phrasés, pour transformer une impressionnante prestation orchestrale en une interprétation à thésauriser.

Enfin, surprise du chef lors des bis, (alors qu’il avait observé tout au long des symphonies et concertos des tempos relativement retenus, nous offrit des versions toniques des Montaigu et Capulets et de la Marche de L’Amour des trois oranges. Ainsi s’achevait une série de quatre concerts Prokofiev globalement de très haut niveau, auxquels il manquait juste un peu d’implication expressive pour devenir complètement enthousiasmante.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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