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Dijon rend enfin hommage à Pierre-Louis Dietsch

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Dijon, Eglise Saint-Michel. 02-VI-2009. Pierre-Louis Dietsch (1808-1865) : Magnificat du 5e ton, pour orgue et quatuor vocal ; XVe Messe pour voix de femmes, solistes et orgue ; Marche funèbre pour orgue ; XIIIe Messe pour chœur d’hommes, solistes et accompagnement de musique militaire. Sylvain Pluyaut, orgue ; Abdellah Lasri et Christophe Querry, ténors ; Olivier Naveau, baryton ; Eric Demarteau, basse. Chœur de femmes de l’Opéra de Dijon, Classe de chant du CRR de Dijon, Chœurs associés de la région Bourgogne, Harmonie de Chenôve et étudiants instrumentistes du CRR, direction : Sandrine Abello

Aimez-vous Dietsch ? Question imparable pour briller en société. En revanche à Dijon on redécouvre , musicien bien oublié qui a donné son nom à une venelle de cette bonne ville. et l’association «Ars Nemausa» qu’elle a créée en 2007 réunissent pour lui rendre hommage des chœurs d’amateurs d’une agglomération où la pratique chorale et instrumentale reste très importante à l’échelle française.

Ce compositeur dijonnais a fait, comme beaucoup de provinciaux, une grande partie de sa carrière à Paris. Il a été contrebassiste, chef de chœur et enseignant à l’école Niedermeyer où il a eu Gabriel Fauré comme élève. Il est connu comme chef d’orchestre à cause du scandale qu’occasionna en 1861 la première de Tannhäuser ; ses démêlés et sa rivalité avec Wagner dataient en fait d’une vingtaine d’années plus tôt, quand il avait composé sur un livret en français un Vaisseau fantôme qui fut préféré à celui du maître allemand. Il reste avant tout un compositeur de musique religieuse, auteur d’abondantes pièces pour orgue, de messes et de motets.

La manière dont il conçoit la musique d’orgue reflète bien l’esthétique du répertoire français de cette époque, léguée par Lefébure-Wély et Boëly : il reste un peu prisonnier du style sentimental et il cède volontiers aussi aux attraits de la musique profane, sans oublier des marches enlevées fort martiales. semble avoir pris plaisir à mettre en valeur avec beaucoup d’esprit les multiples facettes de cette musique un peu clinquante. Les sonorités de l’orgue Ghys de Saint-Michel sont parfaitement adaptées à cette démonstration.

La XVe Messe pour voix de femmes est ravissante ; son écriture n’est pas révolutionnaire, mais elle est pleine de charme : quelques beaux soli brefs, tels le Qui tollis du Gloria, des instants tendres comme l’attaque du chœur dans l’Agnus Dei, un beau Sanctus que a choisi d’interpréter avec délicatesse. Il n’est pas sûr que les solistes aient toujours réussi à faire passer leur texte au-delà du dixième rang de la nef d’une église bondée, mais le chœur a opéré un travail soigné sous une baguette qui allie grâce féminine et énergie.

La XIIIe Messe pour chœur d’hommes et orchestre d’harmonie, qui fut créée dans cette même église de Dijon en 1868, semble plus conventionnelle. Quelques passages retiennent pourtant l’attention : les soli de ténor, qui sont interprétés avec sobriété et conviction par Abdellah Lasri ; O Salutaris, qui complète le Sanctus et fait dialoguer un chœur très italien avec le quatuor de solistes, tandis que le début du Gloria sonne un peu comme une charge de cavalerie légère ! L’accompagnement orchestral, conçu comme un soutien aux voix à la manière de Bellini, manque un peu de délicatesse ; il en est pourtant capable, comme dans l’introduction de l’Agnus Dei.

Ce concert permet d’apprécier le talent d’un «honnête homme». Chez lui on distingue bien un intérêt certain pour le chant grégorien alors redécouvert et enseigné à l’école Nidermeyer : la récitation des solistes sur le texte du Magnificat en est la preuve. Comme Rossini dont il était l’ami le fait dans sa Petite Messe solennelle, Dietsch reflète bien l’esprit d’une époque qui mêle sans complexes le religieux et le profane : vu d’ici, cela peut paraître moins fade que certaines liturgies actuelles.

Crédit photographique : © Musique et Danse en Bourgogne

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Dijon, Eglise Saint-Michel. 02-VI-2009. Pierre-Louis Dietsch (1808-1865) : Magnificat du 5e ton, pour orgue et quatuor vocal ; XVe Messe pour voix de femmes, solistes et orgue ; Marche funèbre pour orgue ; XIIIe Messe pour chœur d’hommes, solistes et accompagnement de musique militaire. Sylvain Pluyaut, orgue ; Abdellah Lasri et Christophe Querry, ténors ; Olivier Naveau, baryton ; Eric Demarteau, basse. Chœur de femmes de l’Opéra de Dijon, Classe de chant du CRR de Dijon, Chœurs associés de la région Bourgogne, Harmonie de Chenôve et étudiants instrumentistes du CRR, direction : Sandrine Abello

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