Finalistes du Concours Reine Élisabeth 2009

Concours, La Scène

Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 30-V-2009. Finalistes du Concours Reine Élisabeth. Orchestre National de Belgique, direction, Gilbert Varga.

Il est une heure trente du matin ce dimanche et le jury prend congé du public et laisse une douzaine de violonistes aux prises avec des journalistes et des photographes. Quelques minutes auparavant, l’Australien était consacré par un 1er Prix du prestigieux Concours Reine Élisabeth, avant d’être fêté par la foule (encore dense à cette heure…), agressé par les journalistes… Et pendant son triomphe, l’annonce d’un second prix pour le jeune belge provoque le hurlement d’un peuple, la gloire et les vivats, l’assaut des mêmes journalistes… Un podium équilibré par la troisième place du Moldave Ilian Garnet. Six candidats classés, six autres lauréats, des prix, des concerts, des promesses et des larmes…

Après une semaine d’isolement traditionnel à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, en bordure de Bruxelles, pour digérer l’œuvre imposée (œuvre lauréate du Concours de Composition précédant cette session) Agens de la compositrice coréenne Cho Eun-Hwa, les douze finalistes ont défendu leur talent dans une grande sonate, un grand concerto, l’œuvre imposée pour violon et orchestre. Une performance épuisante et nécessaire aux côtés de l’ et , dans une salle Henri Lebœuf, immense et pleine, agitée, bien garnie… La famille royale et la télévision, chacune son balcon… La radio, la presse, le beau linge et tous les autres… Devant l’illustre jury, complété cette semaine par et , deux candidats, chaque soirée, brillaient ou se brisaient contre une tension compétitrice…

Et samedi soir, avant toute délibération, verdict, ou patience, le Russe Nikita Borisoglebsky et l’Australien , donnaient au concours ses derniers instants de musique. Malgré la guerre du parking dehors, en même temps que l’inauguration du Musée Magritte à quelques mètres du Palais des Beaux-Arts, la salle est pressée par ceux qui ne suivront pas l’épilogue via quelque média. Dans une ambiance surchauffée par l’imminence d’une victoire et la météo, le jeune Russe présente la Sonate n°10 en sol Majeur de Beethoven, un joli choix pour un son délicat, une approche intime, un jeu parfois coincé qui ne libère pas vraiment Beethoven. L’œuvre inédite, imposée, très difficile à première (et seconde) vue, résonne de timbres, d’effets d’orchestres, multipliés, d’un violon qui se tord et s’accroche, se glisse et se heurte, et pas toujours très clair dans son discours chez Nikita Borisoglebsky. Le Concerto en ré majeur de Tchaïkovski termine la prestation. Premier mouvement encore un peu coincé, du son qui ne s’échappe pas tout à fait largement du violon, une justesse parfois perturbée. Fragilité qui sied mieux à la Canzonetta, et le Finale très vite, trop vite, parfois brossé… Le Russe ne permet qu’à peine à l’orchestre de le suivre ; il faut toute l’expérience de pour rattraper le jeune homme qui tente un peu plus tard de reprendre un tempo raisonnable, sans trouver ainsi bien sûr une solution à la musique… Une belle énergie sans doute, mais parasitée par toutes les excuses imaginables au concours… Entracte.

Deuxième partie de la soirée et le vainqueur qui s’ignore : Ray Chen joue une Sonate en la majeur de César Franck, empreinte de dramatisme, très claire et tendue, des choix de jeu très personnels que tient justement un son joliment pincé. L’œuvre imposée de Cho Eun-Hwa prend une valeur remarquable sous les doigts de l’Australien qui raconte précisément les couleurs et les effets très soignés de cette musique.

Une musique qui s’éclaircit comme un kaléidoscope où Ray Chen rentre subtilement dans les sons de l’orchestre, qu’il écoute attentivement. Poursuivi par une caméra sur rails qui dessine la courbe d’une scène, acclamé après chaque mouvement par les toux déchirantes du public, le jeune violoniste s’accorde consciencieusement, à tel point qu’il suscite bravos et sourires pour ces préliminaires au Concerto de Tchaïkovski (encore !). Un concerto bien mené et soutenu par l’heureuse force de l’ONB (dont il faut souligner le rôle difficile), quelques déchets, parfois (de la fatigue ?), et c’est la fin d’un moment qui peut signifier «carrière» pour le souriant Australien… Une longue soirée ponctuée par les mots du président du jury pour une Reine des Belges, un chef d’orchestre et ses troupes, une compositrice à peine reconnue… La fin d’un concours qui dépense autant d’énergie qu’il récolte de passion, et le début d’un regard vers l’année prochaine où le piano règnera.

Crédit photographique : Ray Chen © B. Vessié

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