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De l’influence du nazisme sur la biodiversité musicale

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Déracinement. Exil et déportation des musiciens sous le Troisième Reich. Ouvrage sous la direction d’Amaury du Closel et Philippe Olivier, 233 pages. 30 €. N° ISBN : 978 2 7056 6825 9. Dépôt légal : décembre 2008.

 

L’avant-garde musicale de l’Europe centrale de l’entre-deux guerres subit coup sur coup une double malédiction qui la fit disparaître de la carte géo-musicale. Première attaque dans les années 30 et 40, elle est déclarée «dégénérée» et pourchassée par les nazis. Au mieux, ses représentants sont contraints à l’exil, aux Etats-Unis (Arnold Schœnberg, , …) ou en Russie () notamment. Pour les autres comme , , , Gideon Klein, c’est l’extermination physique. Seconde attaque dans les années 50, elle est frappée d’infamie : Pierre Boulez et Karlheinz Stockhausen entreprennent de refondre le langage musical et décrètent la tabula rasa. L’ex-avant-garde n’est plus qu’une musique d’arrière garde. De la forêt de compositeurs d’avant-garde des années 20 et 30, il ne reste après-guerre que Schœnberg dans le rôle du chêne tutélaire. Il n’est pas l’arbre qui cache la forêt, il est le seul arbre qui reste de la forêt musicale d’Europe centrale.

Mahler avait pourtant prévenu Schœnberg à propos de ses élèves : «Allons, Schœnberg, un peu moins de contrepoint et un peu plus de Dostoïevski». Par cette boutade, il entendait signifier à Schœnberg que la musique devait s’intégrer dans un paysage culturel large, et non en autarcie intellectuelle. C’est tout le message porté par Amaury du Closel dans son travail de reconnaissance et de réhabilitation de cette musique à travers un travail d’historien et de musicologue qu’il mène au travers de colloques et de publications depuis le début de cette décennie.

Déracinements est le premier volume de la collection Voix étouffées destinée à s’enrichir d’au moins un volume chaque année. Etabli par Philippe Olivier, il rassemble quatorze contributions dont huit sont des communications faites dans des journées d’études au Sénat à Paris en 2008. Cet ouvrage est intéressant par la diversité des thèmes abordés autant que par son inscription dans un projet qui s’inscrit dans la durée. On y trouve des portraits de musiciens assassinés ou exilés (Alfred Tokayer, Aldo Finzi, Verdina Schlonsky, Salvador Bacarisse) mais aussi des événements comme les Olympiades musicales de Strasbourg en 1935, conçues comme un défi politique et musical à l’Allemagne nazie, ou une étude sur la difficulté de reconnaissance de la musique polonaise. Si les contributions sont faciles d’accès, elles s’adressent néanmoins à un public spécialisé, de musicologues et d’historiens. Une des qualités majeures de cette démarche de recherche, dont l’ambition est de réévaluer ces musiques, est de les remettre en perspective sans établir d’échelle de valeur entre les voix étouffées d’avant-guerre et celles qui se sont faites entendre après-guerre. Elle entend simplement, mais c’est un travail de longue haleine, refaire pousser la forêt des musiciens trop vite oubliés autour des chênes tutélaires de la musique contemporaine.

Pour un aperçu plus détaillé des artistes dont la mémoire et l’héritage sont défendus par Amaury du Closel, le lecteur se reportera au compte-rendu du Festival des Voix Etouffées à Paris en 2003 et à la critique de l’ouvrage Les voix étouffées du IIIème Reich chez Actes Sud (Clef ResMusica).

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Déracinement. Exil et déportation des musiciens sous le Troisième Reich. Ouvrage sous la direction d’Amaury du Closel et Philippe Olivier, 233 pages. 30 €. N° ISBN : 978 2 7056 6825 9. Dépôt légal : décembre 2008.

 
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