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Pierre Boulez dirige à la Basilique Saint Denis

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Saint-Denis, Basilique des Rois de France. 25-VI-2009. Igor Stravinsky (1882-1971) : Symphonies pour instruments à vent ; Symphonie des Psaumes ; Leoš Janáček (1854-1928) : Messe Glagolitique. Melanie Diener, soprano ; Anna Stéphany, mezzo-soprano ; Simon O’Neill, ténor ; Peter Fried, basse ; Philippe Brandeis, orgue ; Chœur de l’Orchestre de Paris (chefs de chœur : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain), Orchestre de Paris ; direction Pierre Boulez

Festival de Saint-Denis 2009

C’est la première fois que venait diriger dans la Basilique Saint-Denis, à la tête d’un orchestre qu’il connaît bien, l’, mais dans une acoustique qui lui est peu familière. L’impressionnante Messe Glagolitique de Janáček inscrite au programme ne pouvait cependant trouver plus bel écrin que les voûtes résonnantes de cette superbe architecture dont a su dompter et exploiter toute à la fois les capacités de résonance.

Ce concert débutait par une œuvre qui lui est chère, Symphonies pour instruments à vent de Stravinsky, une œuvre concise en un seul mouvement dont la complexité d’écriture n’est pas sans séduire notre chef. Dédiée à Claude Debussy, l’œuvre est terminée en 1920, deux ans après la mort du compositeur français. «Cette cérémonie austère qui se déroule en courtes litanies», selon les mots de Stravinsky, trouvait tout naturellement sa place dans un lieu de culte. Mais elle évoquait aussi ce soir, par les jeux de résonance générés par les 23 instruments à vent, les Sacrae Symphoniae de Gabrieli qui résonnaient dans la Basilique Saint-Marc de Venise à la fin du XVIe siècle et auxquelles pense Stravinsky. Boulez obtenait ce soir, avec l’excellence des pupitres de l’, cette rare conjonction entre l’épure du discours et la jouissance sensorielle du timbre.

Après cette page inaugurale saisissante, le Chœur de l’Orchestre de Paris, superbement préparé par ses deux chefs et , mêlait ses voix à celles de l’orchestre privé des cordes aigues dans la Symphonie de psaumes (1930) ; les dix violoncelles sur le devant de la scène et les deux pianos au centre bouleversent d’emblée le dispositif traditionnel. Ici encore, Stravinsky vise l’austérité – «une leçon de ténèbres» dit-il – et la distance vis-à-vis d’un texte latin soumis à une scansion rythmique implacable et traité comme une pure matière phonétique. La version, sans effusion, qu’en donne Pierre Boulez privilégie l’équilibre entre les masses chorales et orchestrales et réserve, après la double fugue magistrale du deuxième mouvement, un moment de très belle plénitude, sonore et vibratoire, dans le Laudate dominum final.

Sans entracte, hormis le changement de plateau, le concert s’achevait en apothéose avec la Messe Glagolitique (du nom de l’écriture archaïque utilisée dans les premiers textes de la littérature slave) du compositeur tchèque . L’œuvre atypique, et sans destination liturgique, est crée en 1927 à Brno. Traduites en slavon, les cinq parties de l’Ordinaire – Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus et Agnus – encadrées par une Intrada en fanfare et ponctuées par une salve éblouissante de l’orgue sont bien davantage une proclamation de la foi en la culture populaire. On y retrouve cette écriture si singulière puisée au modèle de la langue parlée et laissant échapper des bouffées de lyrisme où affleure le «melos» slave. Pierre Boulez, dont on connaît les affinités avec ce langage – rappelons sa version inégalée de l’opéra De la maison des morts – s’était entouré d’un quatuor vocal impressionnant par la coloration et la puissance des voix au service d’une vocalité souvent jubilatoire. Davantage sollicités, Simon O’Neill et envoûtent l’auditoire par leur présence et l’intensité hors norme de leur chant. et Anna Stéphany ne déméritent pas dans cet ensemble d’une rare homogénéité. Dans l’alternance soutenue entre le chœur – saluons l’exemplaire clarté de sa diction – l’orchestre, les incrustations de l’orgue et les passages solistes, Pierre Boulez conçoit une architecture sonore à l’échelle du lieu qu’il visite.

Crédit photographique : Pierre Boulez © Michael Latz / AFP / Getty images

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Saint-Denis, Basilique des Rois de France. 25-VI-2009. Igor Stravinsky (1882-1971) : Symphonies pour instruments à vent ; Symphonie des Psaumes ; Leoš Janáček (1854-1928) : Messe Glagolitique. Melanie Diener, soprano ; Anna Stéphany, mezzo-soprano ; Simon O’Neill, ténor ; Peter Fried, basse ; Philippe Brandeis, orgue ; Chœur de l’Orchestre de Paris (chefs de chœur : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain), Orchestre de Paris ; direction Pierre Boulez

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