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Max Emanuel Cenčić: voix idéalement haendelienne

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Beaune. Collégiale-Basilique Notre-Dame. 10-VII-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : ouverture, « Rival ti sono », « Se ben ti lunsigha » extraits de Faramondo ; « Bella Asteria », « Benche mi sprezza » extraits de Tamerlano ; « Verdi allori » extrait de Orlando ; Ouverture en sol majeur HWV 359 ; ouverture, « Se bramate » extraits de Serse ; « Ombra cara » extrait de Radamisto ; « Sorge nell’alma mia » extrait de Imeneo ; Concerto n°5 en ré mineur ; Max Emanuel Cencic, contre-ténor ; Ensemble I Barochisti Lugano : Stéphano Barneschi, Chiara Zanisti, violons ; Diego Mecca, alto ; Alessandro Andriani, violoncelle ; Vani Moretto, contrebasse ; Stéfano Rocco, luth ; Roberto Loreggian, clavecin.

Au festival de Beaune, Haendel est chez lui depuis longtemps. C’est la ville de France qui offre le plus fidèlement les œuvres du «Caro Sassone» à un public toujours ravi même par des découvertes audacieuses. En cette année anniversaire, le festival se surpasse, lui réservant une large part dans sa programmation.

Ce récital a été un moment fort sur le plan musical et vocal. Max Emanuel Cencic dont le dernier enregistrement haendelien, Faramondo, a eu les faveurs de notre rédaction est en train de devenir le contre-ténor le plus à même d’évoquer l’art des castrats dont Caffarelli, le grand rival de Farinelli. Ce programme patiemment construit permet de déployer un art du chant à son sommet dans une largeur de tessiture peu commune. À ce stade de sa carrière peut aborder avec le même bonheur les rôles de soprano et de contralto ! Il peut ainsi choisir des programmes très personnels amenant le public à le suivre pour découvrir des airs plus rares.

Après la très belle ouverture de Faramondo au dramatisme particulièrement bien rendu par la petite formation instrumentale, la première intervention de Max Emanuel Cencic dans une tessiture grave a permis de comprendre combien sa voix s’est développée. Une certaine fragilité a rendu l’air «bella Astéria» particulièrement touchant. L’art du chant est ici de savoir se rendre maître du passage entre voix de tête et de poitrine sans rupture. Même si l’aigu demeure plus lumineux les graves sont délicatement colorés et jamais appuyés, ils ont une projection efficace. Dans la suite du programme l’exploration du bas registre s’est poursuivie mais en déplaçant insensiblement la voix vers son zénith. L’air de Faramondo «Rival ti sonno» avec ses reprises diaboliques, ses sons tenus prolongés par des guirlandes de vocalises a permis d’apprécier une longueur de souffle rare et une fantaisie dans les ornementations qui semble ne pas connaître de limites. En fin de première partie le public était déjà conquis par la délicatesse de l’interprétation et la perfection de l’art du chant.

Le bien difficile air «Ombra cara» de Radamisto a permis de mesurer un souffle qui semble infini, un art du legato que rien ne freine et surtout d’extraordinaires sons filés porteurs d’une émotion irrésistible. L’évolution du récital s’est faite vers toujours plus de vocalises, l’aigu irisant le chant, les écarts de tessitures ont tous été parfaitement assumés. Max Emanuel Cencic a de plus une diction et une projection du texte impeccable, chaque émotion y est perceptible et s’appuie sur les mots. Sa tenue sur scène faite de souplesse et d’énergie conforte l’idée de ses dons théâtraux qui avait déjà éclatés dans Il San Alessio par exemple.

Les musiciens du petit effectif de l’ensemble I Barochisti Lugano ont fait bien plus qu’accompagner le chanteur. Les violons et l’alto debouts, en parfaits solistes ont offert une sonorité riche avec des nuances variées. En des échanges chambristes, l’harmonie construite entre les instrumentistes et le chanteur a été proche de l’idéal. Deux personnalités ont assuré la direction en l’absence ce soir du chef . Le premier violon, Stéfano Barneschi, avec souplesse et parfois même en dansant, a donné le tempo qui a pu aller jusqu’au fulgurant. Depuis le violoncelle, Alessandro Andriani, a tenu une belle pulsation dans les moments où la basse continue doit intervenir seule.

Les pages orchestrales ont été de bien beaux moments dont se sont détachés la Passacaille irrésistiblement envoûtante de l’Ouverture en sol majeur et la fugue pleine d’humour du Concerto en ré mineur. Le superbe équilibre entre la voix et l’orchestre a parfaitement fonctionné tout du long en raison d’une fine connivence des musiciens.

Ne forçant jamais sa voix, semblant maître de toutes les possibilités techniques, Max Emanuel Cencic a convaincu le public exigeant de Beaune de sa capacité à chanter bien des rôles de Haendel et pas seulement ceux dans lesquels les directeurs de théâtres un peu frileux veulent le cantonner. Ce programme agréablement construit semble pouvoir évoluer vers encore plus d’aisance avant d’être bientôt enregistré.

Crédit photographique : © Benjamin Hutter

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Beaune. Collégiale-Basilique Notre-Dame. 10-VII-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : ouverture, « Rival ti sono », « Se ben ti lunsigha » extraits de Faramondo ; « Bella Asteria », « Benche mi sprezza » extraits de Tamerlano ; « Verdi allori » extrait de Orlando ; Ouverture en sol majeur HWV 359 ; ouverture, « Se bramate » extraits de Serse ; « Ombra cara » extrait de Radamisto ; « Sorge nell’alma mia » extrait de Imeneo ; Concerto n°5 en ré mineur ; Max Emanuel Cencic, contre-ténor ; Ensemble I Barochisti Lugano : Stéphano Barneschi, Chiara Zanisti, violons ; Diego Mecca, alto ; Alessandro Andriani, violoncelle ; Vani Moretto, contrebasse ; Stéfano Rocco, luth ; Roberto Loreggian, clavecin.

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