FBS-ResMusica-mégaBannière

La création lyrique à l’Opéra-Comique : l’année 1909

Aller + loin, Dossiers, Histoire de la Musique, Opéra

L’effervescence des salles lyriques parisiennes au début du siècle dernier se retrouve dans ce dossier qui évoque les programmations de l’Opéra de Paris et de l’Opéra Comique en 1909, 1910 et 1911. Trois années exaltantes pour les mordus d’opéra. Pour accéder au dossier complet : Créations lyriques au début du XXe siècle

 

En 1898, l’Opéra-Comique avait repris son activité place Boieldieu, dans les murs de la troisième salle Favart, celle que nous connaissons aujourd’hui. Depuis cette date, il était administré par Albert Carré (1870-1938), ancien comédien devenu directeur de théâtre, qui présida aux destinées de la maison jusqu’en 1913, puis à nouveau de 1918 à 1925. Si Carmen et Werther restaient les piliers du répertoire, le millésime 1909 fut marqué par deux reprises : Sapho de Massenet et La Flûte enchantée, mais aussi par quatre créations qui n’ont guère marqué l’histoire de la musique. L’occasion nous est fournie d’exhumer ces quatre ouvrages.

Solange, opéra comique en 3 actes de Gaston Salvayre, sur un livret de Adolphe Aderer, créé le 10 mars 1909, avec Aline Vallandri (Solange), Judith Lassalle (la chanoinesse), Fernand Francell (Frédéric Bernier), André Allard (le marquis de Beaucigny) ; direction musicale : Franz Ruhlmann

Gaston SalvayreArgument :

Acte 1 : En Lorraine, en 1794, le château de Beaucigny est envahi par les révolutionnaires. La fille du marquis, Solange, est capturée et menacée, mais un officier, Frédéric Bernier s’interpose. Pour calmer les craintes des émeutiers, il raille Solange et annonce qu’il l’épouse, ce qui est célébré sur le champ. Resté seul avec la jeune femme, il lui déclare qu’il l’aime mais ne veut profiter de la situation. Il déchire l’acte de mariage et encourage Solange à rejoindre son père à Coblence.

Acte 2 : A Worms, en 1800, Solange est fiancée à son cousin Saint-Landry mais n’a pas oublié Frédéric. Celui-ci paraît, ayant gagné entre-temps ses galons de général sur les champs de bataille. Le marquis accourt, furieux, car le mariage est légal, seule la copie ayant été déchirée. Frédéric propose alors de divorcer, mais l’union de Solange avec un général de la République a eu une utilité : elle permet aux Beaucigny de revenir en France.

Acte 3 : A Paris, le 24 décembre de la même année, dans l’hôtel des Beaucigny, le marquis et la chanoinesse se targuent d’obtenir le divorce et préparent le retour de roi. Le Premier Consul échappe à un attentat en se rendant à l’Opéra ; aussitôt les policiers surviennent et arrêtent le marquis. Revoici Frédéric et Solange face à face, pour un dénouement heureux.

Le romancier et critique musical théâtral Adolphe Aderer avait troussé une plaisante comédie sentimentale, permettant à Gaston Salvayre (1847-1916) de se détourner des œuvres dramatiques qui avaient établi sa réputation, pour aborder un genre plus léger. Le compositeur toulousain s’était en effet fait connaître avec un grand opéra, Richard III, créé à Saint-Petersbourg en 1883, avant d’échouer au Palais Garnier, cinq ans plus tard, avec une Dame de Monsoreau en quatre actes et quatre trop longues heures. Cette fois, la partition séduisit par sa vivacité et sa gaîté sans complication. Albert Carré avait pour l’occasion signé une très belle mise en images et réuni une séduisante distribution autour d’Aline Vallandri, interprète du rôle titre, qui allait peu après s’emparer avec succès du rôle de Manon. Charmante mais trop convenue et dépourvue de toute originalité formelle, l’œuvre connut quatorze représentations durant l’année 1909, sans parvenir à s’installer au répertoire de la maison.

Chiquito, scènes de la vie basque en 4 actes de , sur un livret de Henri Cain, créé le 30 octobre 1909, avec Fernand Francell (Chiquito) Félix Vieuille (Etchemendy) Jennotte (Eshkerra) Marguerite Carré (Pantchika) Hélène Duvernay (Cattalin) ; direction musicale : Franz Ruhlmann

Argument :

Acte 1 : Chiquito, joueur de pelote, aime Pantchika, mais la jeune fille lui annonce que sa famille s’oppose au mariage.

Acte 2 : Au cours d’une partie de pelote, Eshkerra, le frère de Pantchika, blesse grièvement Chiquito au visage, tout à fait volontairement.

Acte 3 : Poursuivi par les camarades de Chiquito, Eshkerra se réfugie dans la demeure familiale. Sa mère et sa sœur nient l’avoir vu mais, quand un magistrat prétend que Chiquito est décédé, Pantchika dénonce son frère qui est arrêté. Chassée par sa mère, elle tente de se noyer, mais est secourue.

Acte 4 : Conduite au couvent, Pantchika meurt après avoir revu Chiquito.

Compositeur et librettiste avaient été inspirés par le Ramuntcho de Pierre Loti, à qui ces «scènes de la vie basque» étaient dédiées. Henri Cain, auréolé de sa collaboration avec Massenet avait conçu quatre tableaux rapides et resserrés, sur lesquels (1875-1932), dont la postérité n’a retenu (et encore) que Quo Vadis, avait composé une partition colorée mais trop facile. Albert Carré, auteur de la mise en scène, avait tout concédé au pittoresque, invitant notamment quatre danseurs de Saint-Jean de Luz pour exécuter Aurescu, Fandango et Arin-Arin. Dans le rôle de Pantchika, son épouse remporta un grand succès, son interprétation conjuguant charme et jeunesse, avec un poignant engagement dramatique. Le reste de la distribution fut également fêté, tout comme l’orchestre dirigé par son premier chef, Franz Ruhlmann. L’ouvrage fut donné à onze reprises avant de quitter l’affiche, sa veine mélodique et son charme pittoresque n’ayant pu masquer sa réelle absence d’originalité musicale.

Déodat de SéveracMyrtil, conte musical en 2 parties de Ernest Garnier, sur un livret de Auguste Villeroy et du compositeur, avec Nelly Martyl (Myrtil) Cébron-Norbens (Bacchia) Léon Beyle (Hylas) Louis Azéma (le grand-prêtre) ; direction musicale : Franz Ruhlmann.

Le Cœur du Moulin, poème lyrique en 2 actes de , sur un livret de Maurice Magre, avec Berthe Lamare (Marie) Suzanne Brohly (la mère) Coulomb (Jacques) Félix Vieuille (le meunier) ; direction musicale : Louis Hasselmans. Créés le 8 décembre 1909.

Argument de Myrtil :

Myrtil, chasse prêtresse de Diane, a bravé un interdit le jour de la fête de Bacchus. Elle est dénoncée par la bacchante Bacchia, qui la soupçonne d’avoir des attentions pour son bien-aimé Hylas, et condamnée à mort. Le grand-prêtre déclare que c’est Hylas lui-même qui doit exécuter la sentence, sauf si Myrtil rompt son serment à Diane pour devenir la compagne de celui-ci. Myrtil refuse mais, lorsque Hylas menace de se tuer, elle lui avoue son amour. Diane la punit en la transformant en fleur.

Argument du Cœur du Moulin :

Dans un village du Midi, au moment des vendanges, Jacques revient au pays où il retrouve Marie, mariée entre-temps. Celle-ci promet de le retrouver le soir-même près du moulin, mais lorsqu’elle appelle Jacques, c’est le vieux meunier qui lui répond et l’accable de reproches. Lorsque Jacques se présente à son tour, le meunier le convainc de reprendre la route.

C’est un double création d’opéras comiques de moindre format, qui termina l’année. Sur une jolie mais bien mince fable écrite en collaboration avec le poète Auguste Villeroy, l’obscur Ernest Garnier, «honnête et sage mélodiste aux formes surannées» selon Edmond Stoullig, avait écrit une partition d’une égale faiblesse sauvée seulement par la qualité des interprètes. Après ce hors-d’œuvre passéiste, le plat de résistance était constitué par le Cœur du Moulin, poème lyrique écrit par le dramaturge occitan Maurice Magre et composé par (1872-1921), l’un des plus brillants et plus originaux élèves de la Schola Cantorum, chantre de la musique régionale. D’une pittoresque instrumentation naissait une partition d’une réelle poésie, une nouvelle fois très bien servie par la troupe de l’Opéra-Comique ainsi que par son directeur et metteur en scène. Le Cœur du Moulin était la première partition lyrique de Déodat de Séverac, et la critique salua un novice particulièrement doué. Le compositeur languedocien ne récidiva pourtant qu’une fois, l’année suivante, avec Héliogabale, une tragédie lyrique à la démesure des arènes de Béziers. Le diptyque fut programmé sept fois en ce mois de décembre 1909 ; l’année suivante, le Cœur du Moulin tint encore l’affiche pendant huit soirées, mais Myrtil n’en connut qu’une seule.

Ces quatre ouvrages ont depuis longtemps quitté la scène. Qu’en reste-t-il ? L’unique regret que Déodat de Séverac n’ait pas persévéré dans son ambition lyrique. En effet, l’avis de , au soir de la création d’Héliogabale, nous est resté : «Séverac a quelque chose à dire et le dit tout simplement. Beaucoup n’ont rien à dire, alors ils font tout ce qu’ils peuvent pour masquer le vide».

Remerciements à Mme France Ferran, de la famille de Gaston Salvayre.

Crédit photographique : Salle Favart / Opéra-Comique, proscénium © Andreas Praefcke / Wikimedia Commons (Public Domain) ; Gaston Salvayre © Album Mariani, collection particulière de Mme France Ferran ; Aquerelle de Ramiro Arrue pour l’illustration de Ramuntcho de Pierre Loti © éditions Crès, Paris, 1927 – DR ; Déodat de Séverac © DR

Banniere-clefdor1-aveclogo

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.