Festival de la Chabotterie 2009 : « Atys est trop heureux… »

Festivals, La Scène, Opéra

La Chabotterie, Cour d’honneur du Logis de la Chabotterie. 11-VIII-2009. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Atys, tragédie en musique en actes et un prologue sur un livret de Philippe Quinault. Version de concert. Bénédicte Tauran, Sangaride ; Amaya Dominguez, Cybèle ; Romain Champion, Atys ; Maud Ryaux, Doris ; Maïlys de Villoutreys, Mélisse ; Vincent Lièvre-Picard, Morphée ; Aimery Lefèvre, Phantase / Un songe funèbre ; Matthieu Heim, Sangar. Le Chœur du Marais. La Simphonie du Marais, direction : Hugo Reyne

Le Festival de la Chabotterie se clôture cette année par la représentation d’Atys de Lully. La tragédie lyrique, qui avait été couronnée de succès en 1987, à l’Opéra-Comique, reste un événement sans précédents dans l’histoire du renouveau baroque, et n’avait pas été montée sur scène depuis. On a parlé du «miracle», et même du «mythe» d’Atys. Nimbée de gloire, encore fallait-il, plus de vingt ans après, prendre le risque de sortir Atys de son sarcophage doré et, à la lumière des recherches récentes, de transmettre au public la passion d’une musique infiniment vivante et parlante pour chacun d’entre nous.

Le moment et le lieu et pour accomplir cette résurrection étaient tout trouvés: un domaine enchanteur évoquant l’art de vivre au XVIIe siècle au cœur de la Vendée, un festival de renommée internationale, la douceur d’un soir d’été. Sous la direction d’, Atys nous est présenté en version concert, comme Louis XIV aimait à l’entendre. La magie allait-elle opérer sur le public sans ballets, ni costumesd’époque?

Le soleil se couche dans la Cour d’Honneur du Logis. Dès les premiers accords du Prologue, on est saisi par le dynamisme de l’interprétation. Le choix de musiciens et de chanteurs jeunes apporte un souffle, une énergie nouvelle à cette musique. La diction et la prononciation très naturelles des chanteurs, délestées de tout maniérisme pompeux, mettent en valeur la richesse du texte. Dans le Prologue, la beauté du livret est amplifiée par une musique tout en mouvements et en ruptures de tempi, tour à tour légère et pastorale, puis tragique et impétueuse. Comme dans toute scène d’exposition théâtrale, les éléments de la tragédie se présentent sous nos yeux, mais le Prologue a suffi au spectateur pour se laisser absorber par l’intrigue.

Les solistes ont su, avec brio, donner vie aux personnages qu’ils incarnaient. Les récitatifs, les intentions musicales du chant intensifiaient leur rôle: à la sensibilité d’Atys (Romain Champion), répondait la fraîcheur de Sangaride(); les deux premiers affrontant la fureur grandissante de Cybèle () et l’expressive passion de Célénus (). Tout en gardant une juste mesure entre la retenue du chanteur et la gestuelle du comédien, ils ont séduit le public.

La magie opère tout particulièrement à la nuit tombée lors du célèbre Songe d’Atys. Sous la voûte céleste, dans la lumière bleutée, le jeu calme des flûtes, innocent et mélancolique, laisse comprendre le sort final et tragique réservé aux amants tourmentés. Puis, sur ce point d’orgue du concert, l’intensité tragique va crescendo jusqu’à la fin. Les lamentos se changent en effusion de sang et en cris de douleurs. Et là, prouve qu’une version concert d’Atys peut tout aussi bien susciter l’adhésion du public: les récentes recherches musicologiques en la matière couplées à cette belle énergie insufflée assurent la pérennité d’Atys, pour le plus grand bonheur des musiciens et du public.

C’est le dernier opéra de Lully –mais non le moindre- monté par Hugo Reyne. L’opéra sera enregistré pour le label «Musique à la Chabotterie», et la sortie est prévue en avril 2010.

Crédit photographique : Hugo Reyne © Accent Tonique

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