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Toulouse, Cloitre des Jacobins. 17-IX-2009. Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°20 en sol majeur D. 894 op. 78. Robert Schumann (1810-1856) : Chants de l’Aube op. 133 ; Etudes symphoniques op. 13 ; Etudes symphoniques posthumes. Martin Helmchen, piano

Piano aux Jacobins

Après un bien triste concert d’un pianiste qui n’avait que deux mains, voici la preuve éclatante que Piano aux Jacobins est un immense lieu du piano international. Après ce faux-pas pour avoir succombé à une sirène médiatique, ce récital confié au tout jeune pianiste allemand, est un régal complet.

En première partie la Sonate n°20 en sol majeur D. 894 de Schubert, est proposée dans une interprétation d’une très grande originalité, à l’opposé de ceux qui veulent en faire une œuvre tragique et grandiloquente. Ici tout est finesse, délicatesse, narration d’histoires délicieuses. Avec une émotion au bout des doigts comme certains la mettent au bord des lèvres, , joue avec son cœur. La technique pianistique est bien évidemment accomplie, mais surtout ce jeune artiste possède une science des nuances extrêmement subtile. Il est incroyable d’entendre des sons si légers, flûtés et aériens dans l’aigu, des graves tonnants et des accords tonitruants. Certaines phrases sont même chantées avec un phrasé d’une délicatesse de Kammersänger. Bien souvent le lied schubertien dans sa poésie la plus pure est convoqué. Le piano chante sous de tels doigts animés par une sensibilité si belle. La danse est présente aussi avec des Landler d’une grande élégance rurale, révélant la noblesse de l’âme qui cherche à s’alléger. Un Schubert très amical et proche de nous, en somme.

Pour la deuxième partie, le choc a été encore plus fort. Comment une telle maturité, une telle intelligibilité du génie de Schumann peut elle venir d’un si jeune artiste. Les harmoniques complexes et surprenantes, les rythmes sataniquement complexes, les phrases foudroyantes en leur infinitude, les nuances parfois exagérées ou semblant incompatibles, toutes ces fantasmagories, ces rêves qui peuvent devenir cauchemars, tout le monde poétique, angélique et satanique de Schumann est présent. La joie fulgurante et la douleur déstructurante sont parfaitement comprises. Et soulignons aussi l’art du jeu de pédale utilisé afin de faire ressortir les phrases au lyrisme douloureux dans les moments les plus complexes des Etudes symphoniques ! Quand certains se concentrent sur la seule virtuosité de ces pièces, Martin Helmchen la fait oublier, tant la réalisation technique est parfaite et la musique fuse de partout. Une telle intelligence dans la compréhension de ces pièces rarement données en concert en intégralité, portée par une sensibilité rare et un cœur ému est un vrai bonheur. On en oublie les mains qui jouent de manière si habile et précise toutes ces notes. Voilà donc un artiste complet dont il sera précieux de suivre une carrière internationale qui ne peut qu’être enthousiasmante. Les toulousains attendent déjà son retour !

Crédit photographique : photo © DR

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Toulouse, Cloitre des Jacobins. 17-IX-2009. Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°20 en sol majeur D. 894 op. 78. Robert Schumann (1810-1856) : Chants de l’Aube op. 133 ; Etudes symphoniques op. 13 ; Etudes symphoniques posthumes. Martin Helmchen, piano

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