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Deux soirées contrastées en compagnie du Chicago Symphony Orchestra

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 20&21-IX-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n°41 en ut majeur « Jupiter » K. 551. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°1 en ut mineur Op. 68. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°101 en ré majeur « L’Horloge ». Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7 en mi majeur. Chicago Symphony Orchestra, direction  : Bernard Haitink.

Orchestre Symphonique de Chicago

La Salle Pleyel recevait pour deux concerts le fameux et son chef principal à l’occasion de leur tournée européenne commencée le 11 septembre à Berlin, poursuivie à Lucerne et Vienne, en attendant Londres les 23 et 24 septembre. En tout huit concerts et cinq œuvres dans les bagages, car outre les quatre opus donnés à Paris, la Symphonie n°15 de Chostakovitch faisait aussi partie du voyage. Etrangement ces deux concerts nous ont laissé une impression très contrastée, avec une première soirée Mozart-Brahms un peu molle, comme si orchestre et chef n’étaient pas encore remis du jet lag, et un concert Haydn-Bruckner de plus haut niveau.

Précisons tout de suite que notre perspective sonore avait elle aussi pris de la hauteur le deuxième soir, puisque de l’orchestre nous étions passés au troisième rang plein centre du premier balcon, certainement un des meilleurs endroits pour apprécier au mieux un grand orchestre dans cette salle. Cette différence d’acoustique n’est pas négligeable et a certainement joué en défaveur du premier concert, mais elle n’explique pas tout d’une Jupiter amorphe, où l’énergie déployée pour le final aurait du être présente dès le premier mouvement, avec un final augmenté en conséquence. Comme en plus tout était joué avec une amplitude dynamique réduite, l’ennui gagna rapidement sans jamais réellement se dissiper. D’autant que cette interprétation très «pépère» n’était pas sans lourdeur et que même l’orchestre, pourtant réputé précis, se laissait aller à quelques approximations. Après cette déception, nous reportions nos espoirs sur la Symphonie n°1 de Brahms, qui vit l’effectif de l’orchestre largement doubler (on est passé de trois à huit contrebasses), mais la sensation de mollesse a épisodiquement persisté. Pourtant l’introduction un poco sostenuto avait la noblesse et la grandeur de ton qui convient, augurant d’une belle suite, qui ne le fut pas totalement. Là encore l’orchestre ne fut pas irréprochable, et il faut le reconnaître, apparut physiquement fatigué, ce qui peut expliquer certains accrocs techniques (d’autant que c’était le premier concert de la tournée où était jouée cette œuvre). Reste que cette symphonie, en particulier dans ses deux mouvements extrêmes, a largement de quoi soulever l’auditeur de son siège, et c’est justement ce qui a manqué ce soir : l’embrasement n’eu pas lieu.

Comme nous l’avons déjà dit, un peu plus de vingt quatre heures plus tard et quelques mètres plus haut, tout changea, avec une Horloge, pourtant jouée avec le même effectif (de cordes) que la Jupiter, cent fois plus vivante et dynamique et un Bruckner de fort belle tenue où l’orchestre se montra digne de sa réputation. Dès l’introduction Adagio de la Symphonie n°101 nous comprimes que tout était changé et en mieux. L’équilibre de l’orchestre était parfait, les contrechants entre les pupitres de cordes exemplaires, la présence des bois affirmée, la dynamique palpable, bref, tout ce qui avait cruellement manqué à la Jupiter nous était enfin offert. La direction de Bernard Haitink essayait de marier noblesse de ton et clarté des phrasés et des plans sonores, y parvenant presque partout, à l’exception de deux moments cruciaux dans l’Andante et le Finale. Car si le chef prit des tempi assez classiques ailleurs, il attaqua le célèbre Andante, qui donna son surnom à toute la symphonie, deux fois plus vite que de coutume, ce qui fit que l’aspect hypnotique du grand balancier des horloges de nos ancêtres reproduit par Haydn, avec toute l’ironie qui va avec, disparut au profit de la représentation du tic-tac moderne du chronomètre servant à mesurer les exploits d’Usain Bolt. Pari risqué car à cette vitesse il devient bien difficile de respecter les phrasés de Haydn, ce qui arriva dans le Minore, moment crucial s’il en est de l’Andante, qui s’en trouva ainsi quelque peu «minoré». L’ensemble restait toutefois du fort bel ouvrage, bien agréable à écouter, comme le sera d’ailleurs la Symphonie n°7 de Bruckner qui suivit. Tout y était assez bien en place (les monstrueuses coda des premier et quatrième mouvements posant toujours les mêmes problèmes, qu’il est vrai bien peu ont réussi à résoudre), l’orchestre s’y montra brillant, mais il aurait peut-être fallu juste un peu plus d’intensité dramatique pour donner à cette remarquable exécution la force vitale qui parfois lui manqua. Illustrons le propos par l’exemple de l’Adagio, longue montée par vagues jusqu’au paroxysme marqué par le fameux, unique et apocryphe, coup de cymbale ; ce sommet d’intensité, préparé par tout ce qui précède, doit être ressenti comme inexorable, mais ce soir il était posé là comme si autre chose aurait tout aussi bien fait l’affaire. A ce niveau d’exécution cela relève du pinaillage, mais c’est justement ces détails qui transforment une belle exécution en une grande interprétation. Disons que ce soir on était resté à la frontière entre les deux, ce qui n’est déjà pas si courant.

Crédit photographique : © Fred Toulet

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