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Festival de Sablé 2009 : les mille et une senteurs d’un voyage baroque

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Crédit photographique : Damien Guillon © DR

C’est sous le signe de l’Europe Baroque que le Festival de Sablé a fêté ses 31 ans. L’Europe de Monteverdi et Buxtehude, de Campra et Bach. Celle qui vous conduit de Lisbonne à Prague, de Paris à Rome et s’en va vagabonder bien plus loin, au-delà, vers la Turquie et l’Orient, vers les Amériques, vers tous les horizons, toutes les formes, toutes les expressions. Multiple et unique, l’Europe baroque s’est laissée entrevoir aux festivaliers fidèles ami(e)s de Jean-Bernard Meunier qui depuis la création du festival leur offre les plus belles roses de son jardin.

Entre l’Académie Bach qui regroupe des étudiants du monde entier, dont la jeunesse et l’enthousiasme donne le temps du festival l’écho de l’avenir du monde musical baroque et les concerts, entre 3 et 4 concerts par jour, les découvertes qui nous sont données, sont aussi diverses et variés que les perles d’un collier baroque.

Si nous vous avons déjà parlé de certains des concerts qui ont marqué 2009, tous les autres artistes qui ont contribué à ce festival méritent d’être cités.

C’est donc Müsennâ qui a ouvert ce festival nous envoûtant en utilisant toutes les facettes de l’art de la scène pour nous emporter dans cet «ailleurs».

Durant 5 jours, dans divers lieux, du Centre Culturel aux Ecuries du château de Sablé ou dans les églises de la campagne sarthoise nous avons parcouru un monde en quête d’une Harmonie Universelle. Le programme proposé par l’ensemble qui porte ce nom sur des musiques allemandes (Buxtehude et Pachelbel) fut le premier «divertissement musical» offert en après-midi. La complicité des musiciens fut une jolie entrée en matière, suivi par le brillant Café Zimmermann dans un programme de Cantates Comiques françaises du XVIIIe siècle, où la virtuosité des musiciens est une crème vaporeuse et souple comme de la soie, légère comme de la dentelle, portant des histoires galantes, faussement tragiques et toujours drolatiques. Elles nous sont racontées avec verve et théâtralité par un qui utilise cet art de la gouaille populaire avec vivacité et grâce. Les musiciens du Café Zimmermann sont des ami(e)s dont la musicalité fait de chaque concert un instant précieux comme ce fut le cas en avril dernier lors des Préludes de ce festival. Le Collegium 1704 conclut cette première journée par un concert Zelenka qui a fait l’objet d’un article indépendant.

Autre jour, autre voyage. Et sous le chaud soleil du Portugal, sous la blancheur aride de la lumière espagnole, Corte Musical, a fait résonner les percussions et une chalemie majestueuse avec une joie contagieuse. Le bonheur des musiciens et des chanteurs était rayonnant. Et les fleurs de Lisbonne, titre du programme, composé de vilancicos et de romances portugais du XVIIe siècle, ont offert des senteurs surprenantes aux festivaliers.

S’il n’est nul besoin de présenter le Concert Spirituel et le programme du concert de ce dernier retransmis en direct sur France Musique, on ne peut que s’enthousiasmer pour deux des très belles voix qui ont interprétées le Te Deum de Campra. L’orchestre a littéralement été porté par leur brillance, leur phrasé, la clarté de leur diction glorieuse, victorieuse, douloureuse, suppliante, aux ornementations aux senteurs d’encens. Les jeunes, haute-contre Erwin Aros et basse Benoît Arnould ont vraiment un bel avenir devant eux. Leur art vocal expressif et théâtral a donné à ce Te Deum une noblesse altière, digne des fastes de la Chapelle Royale.

Au troisième jour, l’après-midi a débuté par un ballet sur des musiques enregistrées, d’une jeune compagnie, la Compagnie de l’Espace. Intitulé «Absent, je te retrouve». Ce programme offre une vision beaucoup trop sombre de la mélancolie baroque, réduite à une sorte de conceptualisation à la noirceur suicidaire. Ce spectacle fut heureusement suivi par le concert d’Amandine Beyer et de Gli Incogniti qui a également fait l’objet d’un article indépendant.

Ce sont les Arts Florissants, invité pour la première fois à Sablé, qui conclurent cette troisième journée de festival dans un programme consacré aux 6ème livre de Madrigaux de Monteverdi. La distribution légèrement déséquilibrée par la présence d’une soprano à la voix acide et un peu trop présente, nous a présenté la vision très personnelle de Paul Agnew en quête d’expressivité. La poésie de ces madrigaux redevient ici, murmure du musicien, composant en son cabinet particulier.

Mais toute fête a une fin. La dernière journée du festival a débuté dans le recueillement de la musique pour consort, de l’art du contrepoint et de la fugue, de cette musique pour voix humaine, devenu cordes où vibrent l’âme toujours en quête d’harmonie. Le Ricercar Consort sous la direction de Philippe Pierlot, nous a proposé un programme équilibré, dont l’intimité favorise l’introspection et la virtuosité partagée.

Il faut reconnaître que la programmation du festival de Sablé, joue en permanence des reflets, des ombres et des lumières, s’amusant à briser les lignes droites, pour mieux emprunter les mouvements des courbes que dessinent les volutes musicales. C’est ainsi que le jeune ensemble tchèque Collegium Marianum sous la direction de la flûtiste oh combien sensuelle et virtuose Jana Semerádová et l’envoûtant contre-ténor français Damien Guillon, ont redonné ardeur à cette fin d’après-midi. Dans un programme de musique sacrée «Musique à la Cathédrale de Prague», ils nous ont permis d’entrevoir ce que la rivalité entre église, l’orgueil des hauts dignitaires offraient de somptuosité à des paroissiens avides de beauté célestes. Damien Guillon interprète ces arias issues d’opéras ou d’oratorios bien souvent composés par des italiens avec plaisir et volupté. Son timbre riche, sans aucune rupture, passe de l’aigu au grave avec facilité. Son assurance porte des mots qui enivrent. Sa complicité avec Jana Semerádová et les musiciens du Collegium Marianum libère cette musique de tout interdit. Jamais l’art de la parodie spirituelle interprétée dans les églises n’a semblé si proche d’un érotisme baroque sans aucune contrainte. Jamais aucune époque aussi prisonnière de tant d’interdits n’a osé avec plus d’audace secoué tous les jougs, brisés toutes les chaînes pour chanter, louer un dieu, qui a pour nom, la Vie. Et c’est ainsi que l’Arpeggiata a donné une vision de La rappresentazione di anima e di corpo de Cavalieri qui a fait flamboyer la nuit et l’avenir de myriades d’étoiles dans les yeux contemplatifs et enchantés d’un public reconnaissant à Jean-Bernard Meunier et ses équipes. C’est en fait à Marie – Geneviève Massé et à la Compagnie de l’Eventail qu’est revenu le privilège de refermer les portes d’un bonheur infini… qui nous attend désormais de l’autre côté des arcs en ciel sarthois l’année prochaine.

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Crédit photographique : Damien Guillon © DR

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