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Manon Lescaut à Nice, il n’y a pas d’autre mot … un massacre !

La Scène, Opéra, Opéras

Nice. 27-IX-2009. Giacomo Puccini (1858-1924) : Manon Lescaut, opéra en trois actes, sur un livret de Luigi Illica, Giuseppe Giacosa et Marco Praga. Mise en scène : Paul-Emile Fourny. Chorégraphie : Élodie Vella. Décors : Poppi Ranchetti. Costumes : Giovanna Fiorentini. Lumières  : Patrick Méeüs. Avec : Amarilli Nizza, Manon Lescaut ; Waren Mok, Des Grieux ; Jean-Luc Ballestra, Lescaut ; Luigi Roni, Géronte de Ravoir ; Stanislas de Barbeyrac, Edmondo. Orchestre, chœur et ballet de l’opéra de Nice (chef de chœur : Giulio Magnanini), direction musicale : Alberto Veronesi

Ce devait être le concert de rentrée de l’opéra, un concert de la nouvelle équipe, un concert pour montrer que les choses continuent, un concert pour faire taire les murmures nés des soubresauts de la fin de l’année dernière et ce fut un massacre, une pantomime du ridicule. La mise en scène encore signée n’avait rien d’original, si ce n’est sa platitude et son incohérence avec le texte ou l’esprit musical. Des costumes clinquants mais fades, des caricatures inadaptées, transformant un hôtel parisien en un repère vénitien du plus mauvais goût de la comedia dell arte, sans parler de la pantomime de la leçon de danse, pâle copie du Bourgeois gentilhomme. Mais que dire du décor unique, maison de pierres y compris pour le désert sans sable, que penser de la présence d’un prêtre en jabot dans le ballet, alors que la partition comme le livret n’a rien de spirituel ? Quel sens donner à Des Grieux en croix pendant tout le dernier acte et à ces miroirs triparties tout droits issus de l’initiatique Flûte enchantée ? Qu’apportaient les danseurs statufiés presque nus ? Laissons les déplacements ridicules et gauches trahissant une incapacité à occuper l’espace et venons-en à la musique. D’ordinaire la musique de Puccini pourrait se suffire à elle-même et bien que son orchestre fût très lourd s’en est plutôt bien sorti. L’ouverture manquait déjà d’ensemble sur l’harmonie ; les clarinettes et les flûtes patinaient sur leurs notes, tandis que les chœurs avaient du mal à attaquer juste et à être ensemble avec l’orchestre. Edmondo peinait dans ses aigus comme le chœur qui les criait dans une confusion où tout était poussif. Mais la palme revient incontestablement à Waren Mok dont la remarque la moins rude qu’on puisse lui faire est qu’il ne connaissait pas son rôle. La partition était approximative, sans rythme, sans cesse improvisée et jamais à bon escient. Quant au jeu, il fut lui-même en totale contradiction avec le rôle. Agressif, grossier, il aurait pu être celui d’un serviteur baryton mozartien (sans la finesse de voix cependant). Il servit un Des Grieux laborieux peu crédible. Ses cris furent bien loin des caresses qu’il chantait. Il fut à lui seul l’artisan du massacre musical au diapason du massacre scénique. Manon ne fut pas davantage à sa place. Une voix trop verdienne pour un rôle doux et fragile ne servit pas la crédibilité du rôle sans pour autant remettre en question la qualité d’Amarilli Nizza.

Finalement trois opéras s’affrontèrent ce soir. Celui de la mise en scène, entre Molière et Mozart ; celui des chanteurs entre Macbeth et Norma ; celui de l’orchestre qui tenta bien un peu de Puccini, mais assez mollement et lourdement, ne répondant pas au dynamisme du chef, de sorte que nous nous trouvions par moment devant une confusion des styles qui acheva le massacre.

Les autres actes furent à l’image du premier, sans dynamisme, sans précision, réduisant à néant l’effet des crescendi de Puccini. Finalement l’orchestre n’accompagnait plus, mais faisait du simple remplissage sans unité, parfois brutal. Il n’est guère que Lescaut qui s’en tira bien tant dans le jeu que dans le chant. Il fut le plus crédible et vraisemblablement le plus libre.

Crédit photographique : © DR

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