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Desperate singers, chanteurs en désespoir

La Scène, Spectacles divers

Paris, Théâtre des Bouffes du Nord. 28-IX-2009. Desperate singers (Requiem pour Klaus Nomi), oratorio burlesque et tragique. Mise en scène : Olivier Pauls. Spectacle sur des œuvres de Henry Purcell, Eugene Kurtz, Luciano Berio, R Murray Schaffer et Olga Neuwirth. Brigitte Peyré, soprano ; Alain Aubin, contre-ténor ; Jean-Bernard Rière, contrebasse. Ensemble Télémaque, conception et direction musicale : Raoul Lay

Festival d’Ile-de-France

La transgression pour thème… Klaus Nomi, chanteur hors-normes, l’illustre bien. Pour nos lecteurs les plus jeunes, présentons le personnage : chanteur d’opéra, en troupe au Deutsche Oper de Berlin, un des premiers contre-ténors, il abandonne le monde de l’art lyrique pour se réfugier à New York. Là il se produit dans des numéros de cabaret mêlant opéra et musique «new wave», dans l’esprit psychédélique et underground des années 70. l’engage et le propulse : le succès de ce chanteur androgyne au look d’extra-terrestre, qui mélange voix de tête et voix de poitrine, qui revisite Purcell (Cold song extrait du Roi Arthur de Purcell fut un des grands succès du disque au début des années 80), est immense. Il meurt en pleine gloire, à l’âge de 39 ans, du sida dont il fut une des premières victimes médiatiques.

Raoul Lay et Olivier Pauls usent et abusent de la transgression. Très facilement, les garçons sont habillés en filles et inversement. Le chef d’orchestre arbore le costume de Klaus Nomi. Alain Aubin passe de la tenue de la meneuse de cabaret à celle d’une copie de Mme de Fontenay (sans chapeau). Brigitte Peyré quant à elle symbolise le monde de l’opéra en campant une diva caricaturale. Le programme n’a rien de pop ni new wave : Klaus Nomi était connu aussi pour sa très grande culture musicale, et nous ne doutons pas un instant que sa mort prématurée ait empêché la venue de projets issus du monde de la contemporaine.

Sauf que à force de transgresser et de caricaturer, on sort du propos. Le Cold song d’ouverture, chanté alternativement par les deux solistes, est revu et corrigé par Raoul Lay qui lui ajoute divers accords spectraux et dissonances. Pourquoi pas. L’Hommage à Klaus Nomi et les Five daily miniatures d’ sont les meilleurs moments du spectacle : joyeuse parodie de et pour la première œuvre (sauf la fin, qui reprend «When I am laid in earth»), manifeste post-expressionniste pour la seconde, elles sont littéralement portées par l’ensemble des musiciens. La dernière contrebasse à Las Vegas d’Eugene Kurtz, très dans l’esprit des happenings des 70’, est très bien servi par Alain Aubin en récitant[e] et Jean-Bernard Rière, mais pêche par trop de longueurs. On restera plus circonspect sur l’extrait d’Opera de Berio, qui sorti de son contexte perd en signification, sur la Sequenza III, donnée dans une version très personnelle par Brigitte Peyré, et sur l’extrait de Requiem for the party girl de R Murray Schaffer, à l’esthétique démodée.

La mise en scène d’Olivier Pauls, inventive, avec de subtils effets d’éclairages, devrait gagner en homogénéité en synchronisant mieux les mouvements des musiciens, qui sont appelés à se mouvoir sur scène quand ils ne jouent pas. Malgré ses faiblesses, Desperate singers est un spectacle homogène dont nous ne pouvons que souhaiter une bonne continuation.

Crédit photographique : Raoul Lay en Klaus Nomi © Festival d’Ile-de-France

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