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Fête à la flûte à bec par Les Passions

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Toulouse, chapelle Sainte-Anne. 29-IX-2009. Carte Blanche à Jean Tubéry. Musique instrumentale du XVIIe siècle en Italie et au-delà des Alpes. Œuvres de Francesco Rognoni d’après Giovanni Pierluigi da Palestrina, Giovanni Battista Spadi et GB. Bovicelli d’après Cipriano da Rore, Claudio Merulo, Giovanni Battista Riccio, Giovanni Picchi, Johann Hermann Shein, Samuel Scheidt, Jan Pierterszonn Sweelinck, Nicolo A. Kempis, Henry Purcell et Johann Sebastien Bach. Jean Tubéry, cornet à bouquin, cornet muet (cornetto muto) et flûtes à bec ; Les Passions : Jean-Marc Andrieu, flûtes à bec, chant et percussions ; Fanette Estrade, flûtes à bec ; Flavio Loso, Nirina Bougès, Hélène Médous, violons ; Jean-François Gouffault, alto ; Étienne Mangot, viole de gambe ; Jean-Paul Talvard, violone ; Yasuko Uyama-Bouvard, claviorganum, clavecin

Après avoir reçu d’immenses solistes comme Pierre Hantaï, Enrico Gatti, Sigiswald Kuijken ou Rolf Lislevand, avait plaisir à donner carte blanche à son compagnon d’études et presque compatriote pour l’ouverture de la nouvelle saison toulousaine de ses Passions à la chapelle Sainte-Anne. C’était un juste retour du cornettiste dans sa ville natale où il apprit le cornet auprès de , fondateur des fameux Sacqueboutiers, avant de l’illustrer et l’enseigner dans toute l’Europe.

Ayant suivi des chemins différents, les deux compères se sont retrouvés au festival baroque de Sablé-sur-Sarthe. Le projet s’est construit autour du Concerto brandebourgeois n°4 de JS Bach, aussi célèbre que redoutable à interpréter, que le directeur de l’ n’avait jamais joué à la flûte à bec. Cette œuvre phare du répertoire baroque constituait la pièce maîtresse de ce concert d’ouverture, qu’elle concluait pourtant. Les deux flûtes à bec faisaient assaut de virtuosité en un dialogue enthousiasmant dans un tempo vertigineux, tandis que le violon de maîtrisait parfaitement les soli d’une difficulté extrême que lui réservait le facétieux Cantor. On sait qu’outre l’orgue et tous les claviers, dont il était un spécialiste reconnu à travers toute l’Europe, Jean-Sébastien maniait le violon selon un art accompli. Ses sonates pour violon et clavecin et surtout ses sonates et partitas pour violon seul en témoignent pour l’éternité !

La soirée avait commencé par un rare florilège de musique italienne et allemande du XVIIe siècle, associant les cordes aux flûtes à bec et au cornet à bouquin ou corno muto, sans oublier l’impressionnant claviorganum, qui dépassait pour une fois son rôle habituel de continuo pour intervenir comme instrument soliste. Avec des transcriptions d’œuvres vocales de Palestrina, puis Cyprien de Rore par F. Rognoni, GB Spadi ou GB Bovicelli, c’est tout l’art de l’ornementation baroque ou de la diminution, que illustraient à merveille. Accompagnant son hôte ou jouant en solo, alternait avec une haute virtuosité entre la flûte à bec, le cornet à bouquin ou le corno muto (dont l’embouchure est intégrée au corps de l’instrument), qui donne une sonorité plus douce.

Le cornet concerte avec les cordes et le continuo dans une belle Sonata a quattro de Giovanni Riccio. L’éclatante Intrada a 4 (ouverture) de J-H. Schein était jouée pour la première fois dans cette configuration instrumentale réunissant cornet à bouquin, violon solo, flûte à bec et continuo, tandis que JM. Andrieu assurait la percussion introductive. Avant de réunir les trois flûtes la Paduan & Allemand à 4 (que l’on traduirait par « pavane ») de , valorise la sonorité plus douce du cornet muet, dont la basse n’est autre que le serpent, qui a perduré plus longtemps. Ces jeux musicaux transalpins, fortement inspirés de l’Italie étaient destinés à ce que chaque instrumentiste montre sa virtuosité, un peu comme en jazz aujourd’hui ou chaque membre de la formation s’efforce de briller dans son solo.

N’oubliant pas qu’ils sont également chefs de chœur, Jean Tubéry et ont naturellement entonné le choral « Mein Jugens Leben hat ein End » du luthérien batave JP Sweelinck. Ce voyage musical transalpin s’achevait par une élégante et enjouée Symphonia a quattro pour cornet, violon et basse continue du belge Nicolo A. Kempis.

N’oublions pas deux pièces éblouissantes, une toccata dans le premier ton de Claudio Merulo et un passamezzo de Giovanni Picchi, avec lesquelles a imposé sa formidable aisance sur l’étonnant claviorganum. Largement utilisé à l’ère baroque, cet instrument rare, construit par Philippe Humeau, associe un clavecin à un orgue positif en couplage des claviers ou en complément pour jouer séparément. Sous les doigts de la claviériste nippo-toulousaine, le résultat est bluffant !

Dans un tel répertoire européen, il n’était pas question pour les musiciens de laisser passer le 350e anniversaire de l’» Orpheus Britannicus » Henry Purcell. Ils ont délecté le public avec la chaconne Ground for the flutes sur ostinato pour 3 flûtes à bec. Ils ne se sont pas fait prier pour offrir en rappel la chaconne de King Arthur, une aimable fantaisie shakespearienne où les trois flûtes s’en donnent à cœur joie.

Le public, qui à Toulouse devrait être habitué à ce genre de répertoire depuis une trentaine d’années, semblait étonné et heureux de découvrir cette musique encore exotique pour beaucoup.

Crédit photographique : Jean Tubéry © Alain Huc de Vaubert

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Toulouse, chapelle Sainte-Anne. 29-IX-2009. Carte Blanche à Jean Tubéry. Musique instrumentale du XVIIe siècle en Italie et au-delà des Alpes. Œuvres de Francesco Rognoni d’après Giovanni Pierluigi da Palestrina, Giovanni Battista Spadi et GB. Bovicelli d’après Cipriano da Rore, Claudio Merulo, Giovanni Battista Riccio, Giovanni Picchi, Johann Hermann Shein, Samuel Scheidt, Jan Pierterszonn Sweelinck, Nicolo A. Kempis, Henry Purcell et Johann Sebastien Bach. Jean Tubéry, cornet à bouquin, cornet muet (cornetto muto) et flûtes à bec ; Les Passions : Jean-Marc Andrieu, flûtes à bec, chant et percussions ; Fanette Estrade, flûtes à bec ; Flavio Loso, Nirina Bougès, Hélène Médous, violons ; Jean-François Gouffault, alto ; Étienne Mangot, viole de gambe ; Jean-Paul Talvard, violone ; Yasuko Uyama-Bouvard, claviorganum, clavecin

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