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Journées Grétry : la musique des lumières, art de la conversation

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Versailles. Grand Trianon, Galerie des Cotelle. 4-X-2009. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813). Giuseppe Maria Cambini (1746-1825). Hyacinte Jadin (1769-1802). Joseph Haydn (1732-1809). Alexandre Pierre François Boëly (1785-1858). Antoine Dauvergne (1713-1797) ; François-Adrien Boieldieu (1775-1834) ; Ferdinand Hérold (1791-1833) ; Hippolyte Monfou (1804-1840) ; Amédée de Beauplan (1790-1853) ; Auguste Mathieu Panseron (1796-1859). Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772). Joseph Bologne de Saint-George (1745-1799). Quatuor Cambini : Julien Chauvin, Karine Crocquenoy, violons ; Cécile Brossard, alto ; Atsuhi Sakaï, violoncelle. Trio AnPaPié. Alice Pierrot, violon ; Fanny Paccoud, alto ; Elena Andreyev, violoncelle. Jean-Paul Fouchécourt, ténor ; Florence Malgoire, violon ; Olivier Baumont, clavecin et pianoforte. Soliste du concert d’Astrée. Violaine Cochard, clavecin. Direction et violon, Stéphanie-Marie Degand

Dimanche à Trianon est une formule qui permet de découvrir en 4 concerts la musique de chambre de la période que retient le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) pour ces journées d’automne : cette année Grétry est à l’honneur.

Nous avons pu ainsi découvrir, les airs et romances que l’on jouait en petit comité à la cour et dans les salons en ville. Nobles et artistes, dont faisait partie , y cultivaient un art de la conversation et un goût pour le partage des plaisirs sous toutes leurs formes. Les concerts de ce dimanche, nous ont permis d’entre-apercevoir un monde qui entretenait la nostalgie et dont tout laissait pressentir, qu’il était à la fois le crépuscule d’un temps révolu et l’aube d’un temps nouveau. Dans cet univers où tout semblait facile, on cherchait à repousser l’instant où la violence surgirait pour mieux anéantir le passé et construire l’avenir. Comme pour capturer l’instant si furtif et si joyeux, la reine de France jouait à la bergère au hameau idéal et de la harpe dans son salon doré, les nobles s’étourdissaient en fêtes et devenaient musiciens et philosophes. La musique de cette époque sert au mieux cette soif d’étourdissements en inventant de nouveaux divertissements, un nouvel art de vivre. L’ivresse du bonheur se chante en concerts, en famille ou entre amis et la musique de Grétry offre la mélodie simple du bonheur.

Les deux concerts du matin nous offrent l’intimité de cette musique. Le quatuor Cambini et le Trio AnPaPié nous font entendre le plaisir d’une musique aimant la virtuosité pour l’enchantement qu’elle procure dans une conversation, mais laissant parfois pourtant surgir une ombre, une aura fantastique comme dans le largo du Quatuor en sib majeur de Hyacinte Jadin interprété par les premiers. Ombre que l’on s’empresse de faire disparaître. Ici tout est calme, fugacité et tendre volupté. La musicalité du Trio AnPaPié se plait à cette joute entre amies où les sourires s’abandonnent avec grâce à cette musique subtile. Quant au Quatuor Cambini, il dialogue tendrement dans le quatuor en sol mineur de Giuseppe Maria Cambini. Que ce soit le Quatuor ou le Trio, on ressent cette volonté de nous faire redécouvrir l’infinie délicatesse de ses compositeurs oubliés, dont la musique est celle des passeurs. Et par leur interprétation ils deviennent le miroir d’un monde classique à l’orée du romantisme. C’est toutefois le TrioAnPaPié qui fait preuve de plus de nuances. La maturité des musiciennes permet à cette musique de dépasser la tendre futilité pour mieux exprimer l’angoisse des cœurs.

Des deux concerts au Grand Trianon le premier nous invite à entendre de douces romances et des airs coquins. Interprétés avec une réelle justesse par ces airs nous invitent à partager un instant éphémère en agréable compagnie. Le ténor donne par ses couleurs et son jeu un caractère bien particulier à chacune des pièces qu’il interprète. Il dépeint ainsi tous les sentiments de l’amour partagé ou non, parfois perdu, mais à l’érotisme léger. Ainsi de l’effroi feint de la damoiselle qui ne demande qu’à se laisser séduire, aux propos charmeur du berger poète, d’un sifflement moqueur aux tremblements d’effroi dans la voix, tous les effets qu’utilise le ténor font mouche. passant du clavecin au piano forte, par son art de la nuance et de l’accompagnement, nous permet d’entendre la fulgurance du passage du classicisme au romantisme. Le clavecin est clair, tandis que le piano forte laisse échapper les notes du spleen. Tout se passe ici comme si de la musique de ces salons, émanait l’ombre qui va s’abattre sur ce monde du plaisir. Il n’est que d’entendre l’air de Negri Elle n’est plus… pour subitement avoir la sensation que le pastel s’estompe pour laisser place à la nuit : De tant d’amour il ne reste qu’une ombre.

Pour finir la journée les Solistes du Concert d’Astrée, dirigés par la violoniste Stéphanie Marie-Degand, nous ont offert un programme composé de sonates, d’un «concerto concertant», et «d’un concert de symphonie», privilégiant la découverte d’une autre étoffe orchestrale. Ils nous ont fait entendre ce goût pour des formes nouvelles ou revisitées, terrain d’expérimentations musicales. Le talent des musiciens nous a montré ce monde en ébullition, perdant ses repères pour se libérer du passé et trouver de nouvelles formes d’expressions. Les Solistes du Concert d’Astrée sont ainsi parvenus avec un réel brillant à nous donner la sensation de participer à ces jeux. Leur virtuosité fusionne en un équilibre parfait. La direction de Stéphanie Marie-Degand est faite de séduction complice. Elle s’appuie sur l’énergie et l’éloquence de au clavecin et sur ce plaisir partagé avec les autres musiciens de l’ensemble. Ces échanges nous dévoilent des œuvres qui auraient pu orner les derniers feux des soupers royaux avec un luxe de couleurs nouvelles et une force intérieure pouvant illuminer l’avenir.

Les concerts de ce dimanche à Trianon, nous ont permis de redécouvrir cette tendre musique des Lumières, celle de l’intime, du goût pour la romance et les jeux de séduction. Ils ont aussi permis de démontrer que cette musique des Lumières n’est en aucun cas celle d’une société décadente, mais bien au contraire, une musique nouvelle, «contemporaine», qui dit son goût du partage et de la découverte.

Crédit photographique : photo © Grand Trianon

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Versailles. Grand Trianon, Galerie des Cotelle. 4-X-2009. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813). Giuseppe Maria Cambini (1746-1825). Hyacinte Jadin (1769-1802). Joseph Haydn (1732-1809). Alexandre Pierre François Boëly (1785-1858). Antoine Dauvergne (1713-1797) ; François-Adrien Boieldieu (1775-1834) ; Ferdinand Hérold (1791-1833) ; Hippolyte Monfou (1804-1840) ; Amédée de Beauplan (1790-1853) ; Auguste Mathieu Panseron (1796-1859). Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772). Joseph Bologne de Saint-George (1745-1799). Quatuor Cambini : Julien Chauvin, Karine Crocquenoy, violons ; Cécile Brossard, alto ; Atsuhi Sakaï, violoncelle. Trio AnPaPié. Alice Pierrot, violon ; Fanny Paccoud, alto ; Elena Andreyev, violoncelle. Jean-Paul Fouchécourt, ténor ; Florence Malgoire, violon ; Olivier Baumont, clavecin et pianoforte. Soliste du concert d’Astrée. Violaine Cochard, clavecin. Direction et violon, Stéphanie-Marie Degand

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