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Toulouse Les Orgues 2009 : Ouverture audacieuse et déroutante

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Cathédrale Saint-Etienne. 8-X-2009. Perpetuum, Oratorio chorégraphique. Pérotin le Grand (1160-1230) Beata viscera ; Jehan Alain (1911-1940) Postlude pour l’office des complies ; Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594) Stabat Mater ; Thierry Escaich (1965) Récit pour orgue ; Giacinto Scelsi (1905-1988) Sauh IV ; Gregorio Allegri (1582-1652) Miserere ; Thierry Escaich / Mathias Lecomte : Vertiges de la Croix, transcription pour orgue à quatre mains. Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile de l’Opéra de Paris ; Compagnie Chantier ; Chorégraphie : David Drouard ; Ensemble vocal Les Jeunes Solistes ; Direction : Rachid Safir. Mathias Lecomte et Jean-Baptiste Monnot, orgue.

Voici assurément une ouverture atypique et qui laissera des questions en suspend pour ce festival 2009 de Toulouse les orgues ! Une vaste scène blanche sous le grand orgue délimite un placement inhabituel pour le public. L’acoustique permet une écoute très confortable du grand orgue et les chanteurs a capella s’accommodent au mieux de ce lieu si capricieux. Reste un argument de spectacle inclassable, intitulé étrangement Oratorio chorégraphique, peu convaincant avec l’idée du mouvement perpétuel des corps dansant autour de Marie. De ces mélanges hétérogènes et sans solution de continuité l’oreille et l’œil sont constamment interrogés, dérangés, bousculés, voir malmenés. Aucune stabilité ni stylistique, ni acoustique, ni visuelle. Pour l’œil, l’effet de mouvements est si déroutant que paradoxalement ce sont des moments isolés qui restent en mémoire. Pas de trame, pas d’histoire non plus. Les corps des danseurs son doloristes et tourmentés, parfois avec agressivité. La danseuse étoile paraît gigantesque et n’évoque jamais la fragilité de la Vierge Marie. Son corps athlétique, gorgé de force et de vigueur est capable de virtuosité mais l’émotion est peu présente. Sa supériorité sur les autres danseurs s’exerce étrangement, alternant domination et soumission.

Pour les oreilles, l’alternance de chant a capella et d’orgue est déroutant. L’espace sonore étant très différent il demande une adaptation à chaque passage. Les chanteurs ont le grand mérite de s’accommoder d’un placement variable, parfois sans visibilité du chef. Les voix sont agréables, les phrasés sensibles et les interprétations sont aussi convaincantes dans la pièce polyphonique moyenâgeuse, Beata viscera peut être un peu trop lointaine, les pièces baroques avec surtout un Misere d’Allegri très réussi avec de belles diminutions, ou contemporaine, Sauth IV, avec des voix de femmes mystérieuses. La direction de est souple et son geste large donne de belles respirations à la musique. À l’orgue, les œuvres choisies permettent de mettre en valeur des jeux et registrations divers passant du murmure suspendu, chez J. Alain à la colère grandiose, voire diabolique dans les partitions de T. Escaich. Les vertiges de la Croix, dans leur adaptation à quatre mains, permettent de clore le spectacle de manière grandiose. C’est le moment le plus réussi associant la même énergie pour la vue et l’ouie. Les lumières jouent également une très belle partition à ce moment, y compris avec les costumes «carcans-bulles». Les deux jeunes organistes font preuve d’une grande autorité associée à une belle musicalité. C’est l’originalité de cette association profane-sacré, orgue-corps dansants, ici bien réussie qui permet au public d’être convaincu in fine par ce spectacle hybride qui ne maintient pas le même intérêt tout du long.

Crédit photographique : © Jean-Jacques Ader

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