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Simon Boccanegra : Lavelli ! Le retour !

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Toulouse. La Halle aux grains. 9-X-2009. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Simon Boccanegra, Melodramma en un prologue et trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Arrigo Boito. Mise en scène : Jorge Lavelli ; décors : Pace ; costumes : Francesco Zito ; lumières : Jorge Lavelli, Roberto Traferri. Avec : Andrzej Dobber, Simon Boccanegra ; Alexia Voulgaridou, Maria Boccanegra / Amelia Grimaldi ; Arutjun Kotchinian, Jacopo Fiesco ; Stefano Secco, Gabriele Adorno ; Robert Bork, Paolo Albiani ; Yuri Kissin, Pietro ; Claude Minich, Un Capitaine des arbalétriers ; Marie Virot, Une servante d’Amelia. Chœur du Capitole (chef de chœur : Alfonso Caiani) ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction : Marco Armiliato.

En comptant sur , Frédéric Chambert a fait le choix de l’audace dans la continuité pour sa prise de fonction au Capitole. La Halle aux Grains accueille cette nouvelle production maison d’un opéra encore trop mal-aimé.

Musicalement, dès l’ouverture, obtient de très belles couleurs orchestrales dans des nuances bien amenées. Souplesse et précision sans relâchements ont été les qualités fondamentales de sa direction. La musique a été délicatement offerte sans effets grandiloquents dans les concertati. Comme le drame ne se construit pas constamment le chef ne peut être rendu responsable d’un manque de dramatisation. Par contre à partir de l’air de Gabriele Adorno tout fonctionne à merveille. L’orchestre comme souvent distille les petits motifs orchestraux portés par les instrumentistes solistes avec une fine musicalité quasi-chambriste. Coté vocal c’est le ténor qui obtient la palme du chant verdien le plus élégant et le plus émouvant à la fois. Ce rôle assez sacrifié est en fait très saillant lorsqu’une si belle voix conduite avec un art du chant si serein, nous rappelant Carlo Bergonzi, le déclame. Car la diction du ténor italien est naturelle et limpide. Ce qui n’est pas le cas de ces collègues plus chanteurs que diseurs. , en Simon, possède une longue et belle voix de baryton Verdi un peu sourde dans le grave mais sans faille tout du long de son ambitus avec de beaux aigus. L’acteur est un peu raide et distant comme marqué par un deuil permanent figeant ses mouvements. C’est un parti pris de mise en scène renforcé par des costumes empesés et de longs manteaux. L’émotion n’en est que décuplée en toute fin lorsque le père (et le Doge) accepte la mort et passe le relais à l’avenir de la jeunesse. Les couleurs de la voix, les nuances, le travail sur le souffle qui semble manquer lorsque la mort agit, font naître l’émotion, d’autant que le jeu de l’acteur est très noble et juste. a une voix corsée avec un médium sonore et des graves chaleureux. Les aigus sont plus métalliques en début de soirée, le grand air en fond de scène la met en difficulté par la distance avec l’orchestre. Plus l’opéra avance, plus ils s’assouplissent et les nuances piano leur apportent lumière et rondeur. Le timbre est agréable sans être particulièrement riche. La mise en scène lui demande d’être très volontaire et active et l’actrice est habile. Ces trois personnages ont les jeux de scène les plus élaborés. Vocalement et théâtralement se sont les trois vainqueurs du plateau. Fiesco est chanté par Arutjun Kotchinian, voix homogène et sonore mais manquant d’harmoniques et de vraie noblesse surtout dans l’extrême grave. Son personnage est monolithique, ne bouge pas, n’émeut pas. Il incarne l’intransigeance des cœurs secs au pouvoir que rien ni personne n’ébranle. Paolo, le fourbe calculateur, incarnation de l’esprit du mal rongé par l’envie du pouvoir bénéficie de l’engagement trouble de Robert Bork. Sa voix de basse est belle avec plus de richesse harmonique que Fiesco. Cette séduction vocale s’associe à une réelle élégance scénique qui donne beaucoup de complexité au personnage.

Les petits rôles sont tous à la hauteur d’un plateau très homogène. Le chœur, avec de nombreux supplémentaires, a progressé sous la nouvelle direction d’. D’avantage de nuances et d’homogénéité semblent avoir prévalu, l’acoustique et la dispersion dans l’espace leur a aussi été très favorable.

La mise en scène est assez simple avec peu de mouvements d’acteurs, elle est presque classique. La rareté des déplacements permet des effets très réussis surtout pour le trio Simon, Amelia, Gabriele. Ainsi le père qui soulève sa fille du sol lorsqu’il la reconnaît, la douleur de Gabriele au bord d’une fosse, le trio main dans la main, dos à dos pour le passage de relais vital, l’effondrement de Simon à genoux lorsque la mort le saisi. Les chœurs sont traités en groupes divers et très vivants. L’utilisation de l’espace délicat de la Halle aux Grains permet d’occuper tout l’espace possible créant des courants de circulation au milieu du public. Toute la dimension verticale est utilisée, un balcon pour Amelia et une fosse mortifère rouge très impressionnante servant de passage souterrain vers la prison, de couloir de conspiration et de cabinet de travail pour le Doge. Les décors sont simples et suggèrent plus qu’ils ne montrent. Les éclairages sont complexes et à eux seuls font entrer la mer dans la grande scène d’Amelia. Audace et trouvaille du metteur en scène est l’apparition d’anges de la mort à la fin du prologue. Ces anges noirs viennent ensuite emporter Boccanegra à la fin de l’opéra, révélant que son long règne n’a été qu’un grand moment de pouvoir triste et solitaire, sorte d’incarnation de la sagesse mélancolique des antiques. Simon a fait de son chagrin un hymne à la paix et à la vie.

La réussite d’équipe est confirmée par l’émotion qui a envahi les spectateurs pour culminer dans un tableau final puissant.

Crédit photographique : photos © Patrice Nin

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Toulouse. La Halle aux grains. 9-X-2009. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Simon Boccanegra, Melodramma en un prologue et trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Arrigo Boito. Mise en scène : Jorge Lavelli ; décors : Pace ; costumes : Francesco Zito ; lumières : Jorge Lavelli, Roberto Traferri. Avec : Andrzej Dobber, Simon Boccanegra ; Alexia Voulgaridou, Maria Boccanegra / Amelia Grimaldi ; Arutjun Kotchinian, Jacopo Fiesco ; Stefano Secco, Gabriele Adorno ; Robert Bork, Paolo Albiani ; Yuri Kissin, Pietro ; Claude Minich, Un Capitaine des arbalétriers ; Marie Virot, Une servante d’Amelia. Chœur du Capitole (chef de chœur : Alfonso Caiani) ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction : Marco Armiliato.

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