La Flûte Enchantée à Agen, un air de jeunesse et de fraîcheur

La Scène, Opéra, Opéras

Agen. Théâtre Ducourneau. 17-X-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1792). La Flûte Enchantée, opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Mise en scène : Jean-François Gardeil. Costumes : Théâtre du Capitole de Toulouse. Décors vidéoprojetés : Jean-Gabriel Tordjmann. Avec : Aurélie Fargues, Pamina ; Stanislas de Barbeyrac, Tamino ; Emmanuel Gardeil, Papageno ; Julie Mathevet, la Reine de la Nuit ; Lionel Sarrazin, Sarastro ; Véronique Guin, Première Dame  ; Romie Estève, Deuxième Dame ; Gaëlle Mallada, Troisième Dame ; Stéphane Morassut, l’Orateur / second homme d’armes / second prêtre ; Delphine Girard, Papagena ; Denis Carayre, Monostatos, Olivier Bekretaoui, premier homme d’arme / premier prêtre ; Amandine Christmann, Frédérique Polle, Aurélie Marbié, les trois esprits ; Raphaël Cusset, artiste visuel. Grégory Grosbois, piano et chef de chant. Chœur des Chants de Garonne, direction : Jean-François Gardeil

Dix ans après une première production en ce même lieu du théâtre municipal d’Agen, où il avait exploré la fibre maçonnique, s’est à nouveau frotté au chef-d’œuvre mozartien, cette fois-ci avec sa troupe associative des Chants de Garonne, renforcée par de jeunes solistes aquitains, membres de la compagnie lyrique Opéra Bastide de Bordeaux et de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris.

Cette Flûte traitée à la manière d’un conte merveilleux, met en valeur la jeunesse des protagonistes avec humour et un certain recul. En l’absence d’orchestre au profit d’un accompagnement au piano, on ne peut que louer la performance marathonienne de , qui donne la ligne musicale. La modestie des moyens stimule l’imagination et la mise en scène de ne manque pas d’idées prenant du recul par rapport à l’ouvrage et un regard parfois décalé sur la scène. Le décor réduit à quelques accessoires a recours à des images projetées introduisant de surprenants effets spéciaux (belle invention de Jean-Gabriel Tordjmann), tandis qu’un magicien joue le rôle du librettiste imaginant son scénario au fur et à mesure qu’il se déroule. Il agit en véritable maître de ballet, opérant des arrêts sur image et imposant des reculs aux chanteurs dans les dialogues en Français adaptés du livret de Schikaneder. Les personnages peuvent apparaître comme des pantins livrés à la fantaisie de ce magicien démiurge, mais il les laisse vivre leur vie tout en délivrant le beau message humaniste de Mozart, qui allège la phraséologie maçonnique pour le moins machiste du XVIIIe siècle. Le truculent personnage de Papageno, qui choisit la liberté de la saveur par rapport à la sagesse, tient un rôle central dans le ressort comique et ses oiseaux grossissent au cours de l’ouvrage, passant de modestes perruches à un faucon altier, jusqu’à un impressionnant aigle royal dans la scène finale…

Avec un tel parti pris musical et scénique, on craignait le piège de l’ouverture. Comment le pianiste se sortirait-il d’une page aussi redoutable ? Le rideau s’ouvre sur le foyer de l’opéra où la troupe est attablée et les personnages pas encore définis, tandis qu’un pianiste de bar improvise jazzy sur le thème de l’ouverture mozartienne, à la manière de Jacky Terrasson. Lorsque les convives sont invités à rejoindre la salle de concert, un jeune homme fait un mauvais rêve peuplé de monstres. Les serveuses enlèvent leurs tabliers et deviennent les trois dames, qui sauvent le prince du serpent… On apprécie également le prologue du IIe acte où côté coulisse, la troupe au repos chantonne le thème des trois esprits.

Devant l’enthousiasme des chanteurs, la magie opère rapidement et l’on oublie l’absence de l’orchestre pour se laisser porter par la beauté du chant. La puissante clarté du Tamino de lui promet un bel avenir, tout comme la touchante sincérité d’Aurélie Fargues incarnant avec finesse une Pamina à la fois fragile et déterminée. En Reine de la Nuit hystérique, a conquis le public, interprétant à merveille ses deux airs parmi les plus redoutés du répertoire de soprano. Au-delà d’une veine comique qu’on lui découvre, donne une belle consistance vocale au bouffon Papageno. La basse Lionel Sarrazin incarne un Sarastro plein de noblesse, qui a héroïquement assuré la représentation malgré un mauvais virus qui a altéré sa voix ce soir-là… Lors de la générale, deux jours auparavant, il avait pourtant subjugué un public de quelque 500 scolaires venus de toute la région, qui pour la plupart assistait pour la première fois à une représentation lyrique.

Comme chaque année, plusieurs scènes lyriques programment La Flûte enchantée dans des productions parfois ambitieuses. Cette modeste Flûte des champs, d’une belle tenue musicale et scénique, revient à la légèreté de l’esprit initial de Mozart et Schikaneder pour le théâtre populaire An der Wien, dans les faubourgs de la capitale autrichienne.

Crédit photographique : (Tamino), Aurélie Fargues (Pamina) ; (Papageno) © Alain Huc de Vaubert

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