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L’Histoire du Soldat : l’opéra-théâtre de Dimitri

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Genève. Grand Théâtre. 05-XI-2009. Igor Stravinsky (1882-1981) : L’Histoire du Soldat, musique de scène sur un texte de Charles-Ferdinand Ramuz. Mise en scène, conception et décors : Dimitri. Avec : Andrea Noce Noseda, Le Narrateur ; Dimitri, le Diable ; Masha Dimitri, La Princesse ; Kai Leclerc, le Soldat. Pascal Viglino, percussions ; Dmitri Rasul-Kareyev, clarinette ; Alfonso Venturieri, basson ; Valery Sokolov, violon ; Frank Sanderell, contrebasse ; Philippe Litzler, cornet ; Matteo de Luca, trombone. Direction musicale : Whitney Reader.

«Entre Denges et Denezy – Un soldat qui rentre chez lui- Quinze jours de congé qu’il a – Marche depuis longtemps déjà – A marché, a beaucoup marché – S’impatiente d’arriver – Parce qu’il a beaucoup marché

Ce sont les premières lignes du poème de Ramuz qui raconte les aventures de ce soldat qui lors de son retour en permission rencontre le Diable qui lui fera subir d’inattendues épreuves. Après une rédemption passagère, le soldat perdra son âme et sera emporté par le Diable.

Se noyant dans l’apparentement d’Igor Stravinski d’écrire un opéra sans chanteurs et de créer un spectacle dans l’esprit des troubadours, le clown Dimitri s’introduit dans l’art du conteur médiéval. Entouré de sa fille Masha et de son gendre , il réussit à recréer avec bonheur toute l’ambiance des théâtres ambulants des débuts du siècle dernier. Devant un léger rideau laissant apparaître tour à tour les protagonistes de l’intrigue, une table, derrière laquelle le conteur raconte les épisodes de cette chanson de geste mimée par les trois acteurs. Lâchant quelques mots, quelques phrases, quelques rires sarcastiques, le Diable (Dimitri) vient animer de temps à autre le propos du conteur. Le rideau s’ouvre alors sur des décors évocateurs, illustrations enfantines dévoilant les lieux traversés par l’intrigue.

Sur la scène, vêtu de quelques costumes trouvés au hasard des ateliers du théâtre, chacun mime son personnage. Sous ses allures martiales malgré sa démarche paysanne, le Soldat () est le parfait ingénu. Le Diable transformé en gentleman, peine à cacher sa queue sous ses habits. Il s’ingénie à la perte de l’âme du soldat. Les images défilent sans accrocs, constellées de petites touches se rapportant aux métiers du cirque dont Dimitri est un chantre. On joue le violon en le plaçant sur la tête, on exécute quelques culbutes, on esquisse quelques tours de jonglerie. Un spectacle admirable de finesse, de professionnalisme et de poésie. Sur les côtés du tréteau, les sept solistes de la partition ponctuent les dialogues et le discours de ses courtes interventions composées par Igor Stravinski.

Avec son lot de numéros de cirque esquissés, de pas de danse comme inachevés, de gestes comme subitement improvisés, l’impression que le spectacle va tout à coup basculer dans l’amateurisme retient l’attention du public. Mais la réalité est bien autre puisque Dimitri et les siens marchent constamment sur le fil du rasoir et cette apparente improvisation n’est que le fruit d’une désinvolture géniale inspirée par l’extrême talent des protagonistes et l’intime respect du texte qu’ils portent. Du grand art !

Seul regret : L’ouverture de scène du Grand Théâtre de Genève est apparue parfois trop large pour l’intimisme de ce spectacle.

Crédit photographique : Dimitri (Le Diable), Kai Leclerc (Le Soldat) © Yunus Durukan

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Genève. Grand Théâtre. 05-XI-2009. Igor Stravinsky (1882-1981) : L’Histoire du Soldat, musique de scène sur un texte de Charles-Ferdinand Ramuz. Mise en scène, conception et décors : Dimitri. Avec : Andrea Noce Noseda, Le Narrateur ; Dimitri, le Diable ; Masha Dimitri, La Princesse ; Kai Leclerc, le Soldat. Pascal Viglino, percussions ; Dmitri Rasul-Kareyev, clarinette ; Alfonso Venturieri, basson ; Valery Sokolov, violon ; Frank Sanderell, contrebasse ; Philippe Litzler, cornet ; Matteo de Luca, trombone. Direction musicale : Whitney Reader.

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