Concerts, La Scène, Musique symphonique

Hélène Grimaud, sans bis et sans passion

Plus de détails

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 19-XI-2009. Wagner (1813-1883) : Prélude et Enchantement du Vendredi Saint extrait de Parsifal. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie nº4 en fa mineur op. 36. Hélène Grimaud, piano ; London Philharmonic Orchestra, direction : Vladimir Jurowski

Il est probable que certains, voire beaucoup, étaient venus à ce concert pour entendre dans le concerto de Schumann, d’autres pour la symphonie de Tchaïkovski, sans doute bien peu pour le Wagner qui ouvrait ce concert. Pourtant cette ouverture fût le meilleur moment de cette soirée, alors que les deux plats de résistance s’avérèrent en deçà de nos espérances.

avait choisit d’ouvrir la soirée avec deux extraits de Parsifal, le Prélude de l’acte I et l’Enchantement du Vendredi Saint extrait de l’acte III. Cette musique assez recueillie, peu directement spectaculaire, n’est pas la plus facile à réaliser, trouver le bon tempo et la pulsation idéale étant toujours délicat. Pourtant, le chef s’en tira fort bien, choisissant le parti de la sobriété sans tomber dans la sécheresse, très attentif aux équilibres sonores fort bien maitrisés, ce qui ne sera plus le cas dans Tchaïkovski. L’orchestre suivit à la lettre la gestique simple et claire de son chef, sans prise de risque superflue, servant la partition sans toutefois la transcender réellement. Ainsi nous eûmes droit à une assez belle exécution, qui aurait pu être un peu plus narrative, mais qui lançait la soirée sur de bonnes bases. Evidemment, l’effectif de l’orchestre fut revu à la baisse pour le concerto de Schumann, mais lorsque nous vîmes ce qui restait du quatuor, et même si c’était là une formation classique pour cette œuvre, nous nous sommes dit, compte tenu de l’acoustique du lieu, qu’ils étaient peut-être allés un peu loin. Quelques minutes plus tard nous avions la confirmation de nos craintes avec des cordes qui avaient bien du mal à remplir l’espace sonore, ce qui donna forcément un aspect un peu mou à cette interprétation. D’autant que cette relative indolence était renforcée par des phrasée manquant également de tonus, échouant à donner un climat affirmé à ce concerto qu’il faut quand même éviter de jouer tièdement. Ainsi «l’élan revigoré en permanence par des indications a tempo ou animato vivifiant le tempo de base» de tout le premier mouvement dont parle à juste titre le programme d’accompagnement ne sautait pas aux oreilles ce soir où la relance du discours se muait en retour à l’identique. Le jeu un peu carré et binaire de la pianiste ne changeait pas vraiment la donne de ce point de vue, et s’il ne romantisait pas le discours, avait plus de constance que l’accompagnement orchestral. On se disait d’ailleurs qu’avec un peu plus de fantaisie et un médium-grave plus affirmé, aurait pu, à elle toute seule, emporter la partie et remonter le handicap. Ce qui ne se produisit pas vraiment, malgré un final plus vivant, nous laissant la sensation d’un concerto quelque peu sous joué. A l’issue duquel le public espérait sans doute un bis qui ne vint pas.

Après l’entracte nous attendions avec intérêt la prestation d’un des meilleurs représentants de la nouvelle génération des chefs russes dans une des œuvres emblématiques de la musique russe. Mais si la sensation de «sous jouer» avait clairement disparu, elle fit la place à une impression de manque de décision interprétative et d’une certaine difficulté à maintenir la cohésion de l’orchestre dans les grands tutti fff. Ainsi cette écoute nous parue plus d’une fois franchement bruyante, avec des cuivres écrasant dans pitié des cordes impuissantes à leur résister, tout en produisant un son qui n’était pas spécialement agréable. Comparé aux extraterrestres du Philharmonique de Vienne entendus dans cette même salle trois jours plutôt, nous étions retombés de plusieurs étages. Ce sont donc surtout les déséquilibres interprétatifs et sonores qui pénalisèrent cette interprétation qui avait malgré tout de bons moments, comme par exemple l’arrivé du deuxième thème du premier mouvement (moderato assai, quasi andante) où le chef trouva un naturel de phrasé qui semble poser bien des problèmes à beaucoup. Ces réussites réelles mais éparses furent insuffisantes pour faire de cette version un succès. Jurowski nous doit ici une revanche, et on peut penser que, malgré les applaudissements du public, il s’en est peut-être rendu compte, annonçant, si on fait confiance à notre lecture labiale, «not tonight» à son premier violon, coupant court au bis manifestement prévu, la partition étant prête sur le pupitre du chef et ceux des musiciens.

Crédit photographique : Hélène Grimaud © Kassara pour Deutche Grammophon

Plus de détails

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 19-XI-2009. Wagner (1813-1883) : Prélude et Enchantement du Vendredi Saint extrait de Parsifal. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie nº4 en fa mineur op. 36. Hélène Grimaud, piano ; London Philharmonic Orchestra, direction : Vladimir Jurowski

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.