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Ismène, Marianne Pousseur à fleur de peau

La Scène, Spectacles divers

Nanterre, Théâtre des Amandiers. 27-XI-2009. Georges Aperghis (né en 1945) : Ismène, théâtre musical sur un texte de Yannis Ritsos. Conception : Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli. Dramaturgie, collaboration à la mise en scène : Guy Cassiers. Espace, lumière et mise en scène : Enrico Bagnoli. Marianne Pousseur, Ismène

Seule en scène et presque nue, si ce n’est les lourds colliers et bracelets dont elle se pare, réalise une véritable performance scénique dans le rôle d’Ismène, fille incestueuse d’Œdipe et Jocaste et sœur d’Antigone à laquelle tout l’oppose ; fragile, passive et fuyant la gloire, Ismène incarne la femme sensuelle, désirante, attachée aux choses, aux odeurs et à la lumière. À travers le très beau texte du poète grec Yannis Ritsos et la présence captivante de jouant autant de sa voix que de son corps, Ismène revient sur ses souvenirs d’enfance ; en spectatrice clairvoyante et distancée, elle évoque sa sœur, son père chéri et le palais abandonné au fil d’un long monologue diversifiant à l’infini les détails de l’énonciation ; le texte en français, sur lequel n’intervient pas, se mêle parfois à la langue grecque (du «faux grec» en vérité) dans un alliage sonore et déjà musical. Le compositeur écrit là une monodie sans instruments, un long thrène parlé/chanté – du susurrement au cri – dont la résonance est parfois prolongée, démultipliée par des voix off ; au sommet d’une progression ménagée durant tout le spectacle, des polyphonies traditionnelles grecques viennent embraser l’espace scénique, seul instant d’une intensité sonore touchant au rituel.

Pour la représentation scénique, Enrico Bagnoli conçoit un espace unique et clos – un bassin d’eau – dans lequel baignent en permanence les pieds d’Ismène ; une surface mouvante donc, captée par la lumière et jouant constamment sur les ondes en vibration ; cet énorme «miroir de l’âme» évoluant avec les mouvements de la pensée met à l’œuvre des techniques très sophistiquées – images en direct, projetées sur un écran frontal ou dans l’eau, effet bouillonnant qui se cristallise en stèle funéraire – autant de mouvements de métamorphose (opérés également sur le visage même et le corps du personnage avec l’argile craquelant et vieillissant la peau) qui accompagnent le récit et fusionnent avec lui en une somme visuelle, mentale et sonore éblouissante.

Crédit photographique : ©Michel Bœrmans

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