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Retour à la version de 1904 de Butterfly. Mais encore?

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Gand, Vlaamse-Opera. 06-XII-2009. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madame Butterfly, opéra en 2 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Version originale de 1904. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Paul Steinberg. Lumières : Jean Kalman. Avec : Yunah Lee, Cio-Cio-San ; Mikhail Agafonov, B. F. Pinkerton ; Katarina Bradic, Suzuki ; Victor Torres, Sharpless ; Eduardo Santo Maria, Goro ; Milcho Borovinov, Bonzo ; Thorsten Buettner, Il Principe Yamadori ; Hanne Roos, Kate Pinkerton ; Jung-Kun Oh, Il Commissario imperiale ; Maarten Heirman, L’ufficiale di Stato Civile ; Yvonne Van Bree, La madre di Cio-Cio-San  ; Min Pauwels, La Cugina ; Martine de Winter, La Zia. Chœur du Vlaamse Opera (chef de chœur : Jef Smits), Orchestre du Vlaamse Opera, direction : Muhai Tang.

Une représentation de Madama Butterfly, voilà qui à priori ne devrait pas bousculer le mélomane averti. Pourtant, le Vlaamse Opera est parvenu à susciter notre curiosité en nous proposant la version telle que créée à la Scala de Milan en 1904 : l’œuvre concentrée en deux actes donc, au lieu de trois. Cette œuvre condensée, groupant après l’entracte les actes II et III qui nous sont familiers, nous fait davantage ressentir l’attente pesante de Cio-Cio San : Pinkerton étant presque absent de cette seconde partie. Puccini a d’ailleurs par après rééquilibré la partie ténor, en y ajoutant judicieusement la romance «Addio fiorito asil». Musicalement, on note que cette première version compte un nombre important de mesures supplémentaires : près de six cents. Leur écoute nous permet immédiatement de réaliser l’intérêt du remaniement de la partition par Puccini. Sitôt passé l’échec cuisant de la création imputé à la claque de la Scala de Milan, chèrement acquise par les détracteurs du compositeur, Puccini s’est remis au travail. Tout d’abord, il a remanié le thème propre à Cio-Cio San. On ne peut qu’admettre que la mélodie initiale présente en effet un défaut dans sa structure, donnant trop vite à l’auditeur une impression de conclusion. Les quelques notes modifiées troquent les accents napolitains plutôt faciles pour un parfum oriental en adéquation avec l’atmosphère de l’opéra. Les mesures supprimées permettent à la musique de gagner en fluidité, sans que la dramaturgie n’y trouve à perdre. Au final, on constate simplement que jouer cette version de 1904 pourrait se justifier pour la prise de conscience suscitée chez le public de la plasticité d’une composition sous les mains de son compositeur. Cependant, dans le cas présent, en aucun cas n’y aurons-nous trouvé une quelconque valeur ajoutée pour ses qualités intrinsèques : musicales ou théâtrales.

est un habitué de la scène flamande. Ses cycles Puccini et Janàček y ont en effet rencontré de vifs succès. Sa production ne souffre d’aucun défaut majeur, si ce n’est son plateau fort statique fermé par des cloisons légères typiques de l’architecture japonaise. Au sol, des plateformes suggèrent le tracé des îles japonaises et du continent américain. L’imposante proue du navire de Pinkerton permet enfin de remplir cet espace. A l’acte II, le sol américain disparaît du plateau ainsi que le navire de Pinkerton, laissant Butterfly abandonnée évoluer dans sa solitude sur l’étroite plateforme japonaise.

Musicalement, la distribution est dominée par et . Lee compose une Butterfly très musicale. Fragilité et caractère se mêlent à merveille à travers son timbre de voix chaud aux aigus relativement stables. , tragique, incarne une remarquable servante. La justesse du jeu théâtral s’associe chez cette interprète à de remarquables qualités musicales. est moins convaincant : son timbre métallique et le manque cruel de nuances qui caractérise son chant en font un Pinkerton plutôt rude. Heureusement, chez les hommes, d’autres performances retiennent notre attention : le Bonze et Sharpless trouvent ainsi en Milcho Borovinov et des interprètes charismatiques.

Dans la fosse, Muhai Tang tire de belles choses de l’orchestre. Sa direction est efficace et lorsqu’elle perd en lisibilité, c’est surtout dans les passages propres à cette version inhabituelle qui déstabilisent aussi les chanteurs, ayant bien évidemment leurs automatismes par rapport à la version commune.

Crédit photographique : (Cio-Cio-San), (Pinkerton) © Vlaamse Opera

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Gand, Vlaamse-Opera. 06-XII-2009. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madame Butterfly, opéra en 2 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Version originale de 1904. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Paul Steinberg. Lumières : Jean Kalman. Avec : Yunah Lee, Cio-Cio-San ; Mikhail Agafonov, B. F. Pinkerton ; Katarina Bradic, Suzuki ; Victor Torres, Sharpless ; Eduardo Santo Maria, Goro ; Milcho Borovinov, Bonzo ; Thorsten Buettner, Il Principe Yamadori ; Hanne Roos, Kate Pinkerton ; Jung-Kun Oh, Il Commissario imperiale ; Maarten Heirman, L’ufficiale di Stato Civile ; Yvonne Van Bree, La madre di Cio-Cio-San  ; Min Pauwels, La Cugina ; Martine de Winter, La Zia. Chœur du Vlaamse Opera (chef de chœur : Jef Smits), Orchestre du Vlaamse Opera, direction : Muhai Tang.

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