Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Pollini Perspectives, l’art de choisir la difficulté

Plus de détails

Paris. Salle Pleyel. 07-XII-2009. Luciano Berio (1925-2003)  : Sequenza I pour flûte ; Sequenza VII pour hautbois ; Sequenza XII pour basson ; Altra Voce, pour flûte alto, mezzo-soprano et live électronique. Arnold Schœnberg (1874-1951)  : Trois Pièces pour piano op. 11. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 29 en si bémol majeur « Hammerklavier » op. 106. Michele Marasco, flûte  ; Didier Pateau, hautbois  ; Pascal Gallois, basson  ; Monica Bacelli, mezzo-soprano  ; Tempo Reale, live électronique : Francesco Giomi, Damiano Meacci, Kilian Schwoon ; Maurizio Pollini, piano.

La série de concerts «Pollini Perspectives» approche de sa conclusion prévue le 22 juin 2010 avec le London Symphony Orchestra et un programme Bach, Lachenmann, Brahms. Ce soir c’était l’instrument soliste (à une exception près) qui était la vedette avec des œuvres à la difficulté technique ou musicale très élevée, chronologiquement de Beethoven, Schœnberg et Berio, données dans l’ordre exactement inverse lors de ce concert.

Ainsi donc ouvrit le bal avec trois de ses Sequenze où plus d’une fois nous nous sommes demandés si le compositeur avait voulu torturer ses interprètes ou au contraire leur donner le moyen de montrer toute l’étendue de leur talent virtuose. Car ces trois premières pièces exigent de chacun une très grande maîtrise de leur instrument avec lequel il fallait produire des sons très classiques mais aussi toute une série de sonorité très éloignées de ce qu’on attend habituellement d’une flûte, d’un hautbois ou d’un basson. La Sequenza I pour flûte jouée par Michele Marasco était sans doute la plus «classique» voire aujourd’hui banale si on la replace dans son contexte de modernité des années cinquante. On y retrouve l’écriture en petites cellules qui semblent se bousculer plus que s’enchainer, alternance soudaine de forte piano, de ralentissements et précipitations, et de changements abrupts de sonorité. Michele Marasco sembla s’y mouvoir avec un étonnant naturel, même pas perturbé par le concert de toux qui accompagna le début de sa prestation, et qui heureusement, se fit plus discret par la suite. Lui succéda le hautboïste , membre de l’Ensemble Intercontemporain, pour une Sequenza VII où l’exploitation de l’instrument était poussée très loin. Le plus étonnant était à coup sûr la Sequenza XII jouée par son dédicataire , également membre de l’Intercontemporain. Exécutée dans une immobilité quasi totale, sur un plateau éclairé au minimum, le visage constamment dans la pénombre, cette pièce de loin la plus longue des trois Sequenza, est bâtie, au moins dans sa première partie, sur d’immenses et interminables glissandos où l’instrumentiste doit tenir la note alors qu’il recharge sa réserve d’air, sur le principe de la respiration continue. Très impressionnant, en même temps que flirtant avec la limite du bluffant sinon un peu gratuit numéro de virtuosité. Le dernier morceau, Altra Voce était à la fois le plus complexe techniquement, car faisant appel à une flûte, une voix de mezzo et un accompagnement électronique réalisée en live (ce n’est pas une bande préenregistrée) et le plus simple musicalement. Et clairement le plus facilement porteur d’une «classique» émotion musicale. Car cette fois-ci l’expressivité n’était pas dominée sinon sacrifiée à la virtuosité, quasi absente, et à l’originalité novatrice. Ainsi, même si le texte chantée n’était que peu compréhensible, avions nous la sensation que ça n’était pas le but tant la musique était elle-même hypnotique et expressive.

En seconde partie, prit le clavier pour les courts opus 11 d’ et l’immense opus 106 de Beethoven dans lesquels il s’est déjà illustré de nombreuses fois par le passé, y compris dans des enregistrements qui font référence depuis trente ans. Mais le temps ayant passé il ne joue plus comme alors, frappant moins fort et clairement son clavier au profit d’une fluidité plus grande, usant d’un ambitus dynamique de fait moins étendu (accentué par l’effet étouffoir à dynamique inévitable des grandes salles comme Pleyel). Son Schœnberg reste exemplaire de naturel et de phrasé mais son Beethoven a perdu sa respiration, en particulier dans le premier mouvement qui vit Pollini enchainer le thème piano sans marquer le silence surmonté d’un point d’orgue après les quatre vigoureuses mesures d’introduction ff, reproduisant ce modèle sur tout le mouvement et presque toute la sonate, jouée de fait avec une urgence accrue mais, à nos oreilles, une force expressive légèrement diminuée. Vrai regret car pour le reste, et même si parfois les doigts ne semblent pas aussi infaillibles qu’autrefois, ce fut du bel ouvrage.

Crédit photographique : photo © DR

Plus de détails

Paris. Salle Pleyel. 07-XII-2009. Luciano Berio (1925-2003)  : Sequenza I pour flûte ; Sequenza VII pour hautbois ; Sequenza XII pour basson ; Altra Voce, pour flûte alto, mezzo-soprano et live électronique. Arnold Schœnberg (1874-1951)  : Trois Pièces pour piano op. 11. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 29 en si bémol majeur « Hammerklavier » op. 106. Michele Marasco, flûte  ; Didier Pateau, hautbois  ; Pascal Gallois, basson  ; Monica Bacelli, mezzo-soprano  ; Tempo Reale, live électronique : Francesco Giomi, Damiano Meacci, Kilian Schwoon ; Maurizio Pollini, piano.

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.