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Matthias Goerne, Nunc dimittis et good bye Staline

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 10-XII-2009. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Der Friede sei mit dir divertimenti BWV 158  ; Ich will den Kreutzstab gerne tragen BWV 56 ; Ich habe genug BWV 82 ; Hanns Eisler (1898-1962) : Ernste Gesänge pour baryton et orchestre à cordes. Matthias Gœrne, baryton et direction artistique ; Musiciens de l’Orchestre National de France : Sarah Nemtanu, violon ; Norah Cismondi, hautbois ; Urszula Cuvellier, soprano ; Elodie Salmon, alto ; Pascal Bourgeois, ténor ; Patrick Radelet, baryton ; Raphaël Perraud, violoncelle ; Maria Chirokoliyska, contrebasse ; Christophe Henry, orgue.

Les solistes de l’

Quelques jours après avoir porté la bonne parole dans le Paulus de Mendelssohn, Matthias Gœrne revient au Théâtre des Champs-Elysées pour réciter en trois cantates, le «Nunc dimittis», une prière dans laquelle la mort est désirée comme une délivrance. La Cantate BWV 158 est donnée en formation minimale : un violon, un hautbois, quatre chanteurs pour le choral, et, pour la basse continue, un violoncelle, une contrebasse et un orgue positif. Les deux autres cantates, en revanche, sont présentées dans un effectif plus fourni : dix violons, quatre altos, quatre violoncelles, une contrebasse, trois hautbois et l’orgue. La clarté de l’ensemble est évidemment moins satisfaisante, mais ce son d’orchestre de chambre, dont on n’a plus l’habitude aujourd’hui dans Bach, ne déplaît pas.

Quand on connaît la subtilité expressive de Matthias Gœrne dans le lied, on peut être d’abord étonné de la robustesse presque artisanale qu’il emploie ici, sans chercher à dissimuler l’effort de souffle et de tenue qu’exige la ligne. Son chant s’appuie sur le registre grave et le balancement du corps entier pour s’alléger, à l’image de ces œuvres, qui s’élèvent patiemment de l’angoisse à l’espoir. Dépourvu des embellissements du spécialiste, il ravit finalement par son humilité et ne prend jamais le pas sur les autres voix instrumentales. A défaut d’une articulation énergique, les musiciens de l’Orchestre National surveillent vibrato et phrasé, et n’oublient jamais la pulsation vitale de cette musique. Un beau travail d’ensemble a visiblement été accompli, et il faut saluer et Norah Cismondi, confrontées à de difficiles solos, mais aussi les continuistes, qui évitent toute lourdeur inopportune.

Matthias Gœrne interprète ensuite un compositeur qu’il a déjà défendu au concert et au disque, . L’histoire n’a pas ménagé cet homme, que son engagement communiste a poussé deux fois à l’exil : après avoir fui l’Allemagne nazie, il fut expulsé des Etats-Unis au moment de la Chasse aux sorcières et s’établit à Berlin-Est. Son exigence artistique lui interdisait de se satisfaire d’œuvres de propagande. Il n’est donc pas étonnant que le désenchantement perce dans ce cycle de lieder créé peu après la construction du Mur de Berlin. L’espoir survit malgré tout dans des poèmes allégoriques (plusieurs sont de Hölderlin) ou contemporains (dont un sur le XXe congrès du Parti, où furent dénoncés certains crimes de Staline). La partie vocale s’organise en courtes séquences au débit rapide et assez linéaire, laissant les cordes jouer de sous-entendus pleins d’amertume ou de nostalgie. Très bien défendue, cette œuvre subtile et singulière est une intéressante découverte.

Crédit photographique : Matthias Gœrne © Marco Borggreve / Harmonia Mundi

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 10-XII-2009. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Der Friede sei mit dir divertimenti BWV 158  ; Ich will den Kreutzstab gerne tragen BWV 56 ; Ich habe genug BWV 82 ; Hanns Eisler (1898-1962) : Ernste Gesänge pour baryton et orchestre à cordes. Matthias Gœrne, baryton et direction artistique ; Musiciens de l’Orchestre National de France : Sarah Nemtanu, violon ; Norah Cismondi, hautbois ; Urszula Cuvellier, soprano ; Elodie Salmon, alto ; Pascal Bourgeois, ténor ; Patrick Radelet, baryton ; Raphaël Perraud, violoncelle ; Maria Chirokoliyska, contrebasse ; Christophe Henry, orgue.

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